CRITIQUE PLAY-ANIME : NINJA TURTLES : TEENAGE YEARS
Les Tortues Ninjas en auront connu des itérations différentes depuis leur première apparition télévisée en 1987. Au moins une bonne dizaine, partagée entre le petit et le grand écran.
De l’animation classique, du long métrage en costume puis plus récemment en CGI, du dessin animé en 3D et même une série Live style Power Rangers du pauvre qui fait encore cauchemarder les enfants témoins de cette terrible époque.
Autant de versions qui auront amené autant de relecture du mythe, l’adaptant à leur époque et leurs auteurs d’alors. C’est là qu’on en arrive à 2023 et le dernier film en date, « Mutant Mayhew », habilement traduit par un magnifique « Teenage Years » en bon français…
GO NINJA GO !
Tout le monde connaît l’histoire mais on la refait quand même ensemble, pour synchroniser nos montres : quatre tortues mutantes vivant dans les égouts de New-York souhaitent sortir des tréfonds de la ville pour enfin explorer la surface. Mais Splinter, leur paternel Senseï et accessoirement un rat tout aussi mutant qu’eux le leur interdit formellement.
La raison : les humains qui s’ils étaient amenés à les découvrir les traqueraient sans relâche. Pour parer à cette éventualité, le maître leur a inculqué les arts martiaux et le ninjutsu. Las, les êtres d’écailles acceptent leur sort et s’entraînent sans relâche jusqu’à ce qu’un jour elles croisent par hasard le chemin d’une certaine April O’Neil…
Schématiquement voilà comment commencent toutes les versions des Tortues Ninjas. Mais le moins que l’on puisse dire c’est que pour cette vision moderne, les surprises sont de taille. Car bien que globalement la trame soit suivie, c’est bel et bien dans tous les « menus détails » que vont se jouer les énormes différences.
Mais n’allons pas trop vite en besogne et commençons par signaler une très bonne approche lors du premier tiers du métrage, laissant à voir nos jeunes tortues frustrées de ne pouvoir vivre une adolescence normale. Malgré un ton que l’on sent déjà trop goguenard on perçoit le fond d’une bonne idée qui ne demande qu’à s’épanouir. Et d’une certaine manière elle le sera, mais faut voir comment.
Tout d’abord parlons de qui saute aux yeux dès lors qu’on se penche un chouia sur ce métrage, les graphismes. Très clairement dans la mouvance du « Spiderverse », le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils divisent. Tantôt jugés sublimes tantôt qualifiés d’atroces, nous tenterons une approche nuancée en posant le fait qu’ils donnent un certain caractère qui dénote de l’animation classique actuelle (à l’exception des aventures de Miles Morales sur grand écran donc).
Parfois proche du croquis, voire du gribouillage, d’autres fois hyper stylisé et très « Cel Shadding », ils sont en tout cas toujours très colorés dans leurs oppositions clairs-obscurs. Il faut ajouter à cela l’animation en saccade volontaire qui pourra rappeler le principe du stop-motion cher au studio Aardman par exemple. Là encore selon les goûts on appréciera ou pas.
Singularité artistique qui passe aussi par la création d’un univers très « freak », très sombre, que ce soit par les décors, les véhicules, les êtres humains ou les anthropomorphes. Tout est obscur, tordu, asymétrique comme pour montrer New-York telle une créature monstrueuse ne demandant qu’à se réveiller. Une cité à la fois effrayante et fascinante pour des tortues adolescentes qui ne rêvent que de la découvrir.
CARAPACE CABOSSÉE
Qu’on adhère ou pas à l’aspect visuel, il faudra quoi qu’il arrive s’accorder ensuite au ton du film. Et là aussi se sera assez compliqué. Question de génération sans doute mais de toute évidence on s’adresse ici à la jeunesse Tiktokeuse avide de vidéo courtes pas très finaudes. Ajoutez des références toutes les trente secondes aussi diverses que variées pour se donner un air cool et dans le coup et on finit par obtenir une succession de scènes certes énergiques et même parfois drôle mais sans réel profondeur.
Il y a bien le fil rouge sur les mutants sur lequel nous reviendrons plus bas pour lier l’ensemble mais l’absence totale de dramaturgie – un problème par trop récurrent à Hollywood ces temps-ci – empêche de réellement s’investir dans l’aventure. Le plus gros exemple pour illustrer la nonchalance de l’ensemble, c’est de souligner l’absence totale de tout l’aspect japonais – pourtant primordial dans la licence ! – sans doute jugé trop lourd ou tragique. Une coupe aberrante vu de notre fenêtre.
Comment ne pas évoquer les nombreux petits soucis de cohérence qui pullulent un peu partout ? Voir Michelangelo avec un appareil dentaire reste très surprenant (Qui lui a installé ? Il existe un dentiste au courant de l’existence des Tortues ? Il leur sert de médecin traitant ? S’agit-il d’un vétérinaire ?).
Pour les lunettes de Donatello on sera plus indulgent, une paire adaptée à la morphologie et à la vue d’une tortue mutante, nous ne doutons pas un seul instant que cela se trouve dans les égouts new-yorkais. Et on le dit sans ironie (ou presque). Et ce genre de petites choses un peu lunaire vous en verrez tout le long de ce dessin animé 3D, jusqu’à plus soif. Quant à cette fixette sur le vomi, nous préférons ne pas revenir dessus…
Cependant tout cela reste bien anodin face au traitement honteux – osons le mot ! – octroyé à Splinter. Fini le vieux mentor sage et racé ayant appris les arts martiaux depuis sa jeunesse (humaine ou non selon les versions), place à un surmulot trouillard se plaignant de finir vieux garçon qui a assimilé les techniques de combat orientales en visionnant des vidéos sur YouTube (véridique).
Entre son look ni fait ni à faire et cette relecture consternante du personnage, c’est la sidération qui nous animait face à ce rongeur pathétique. Et ce n’est pas le fait qu’il soit doublé en VO par Jackie Chan en personne qui sauvera quoi que ce soit…
Par pure décence nous ne collerons aucun adjectif à sa conclusion narrative, tout bonnement aberrante. Quel mépris pour cette figure emblématique de la pop-culture…
Revenons sur ces fameux mutants, dont nous garderons l’objectif final sous silence car cela fait partie intégrante de l’intrigue. En attendant pour vous de la découvrir, apprenez donc que désormais toutes les créatures soumises au mutagène ont la même origine : l’accident de laboratoire d’un certain Baxter visible dans le prologue.
Et ceci inclut des personnages très étonnants. Bebop et Rocksteady pour ne citer qu’eux. Fini leur passé de petites crapules, ils sont désormais nés mutants. Ah ? OK !… Mais le truc vraiment « chelou » c’est une fois de plus dans les scènes conclusives, qui vont à l’encontre totale de ce que devrait être la relation entre les deux compères et les quatre frères.
Signalons Leatherhead qui passe de mâle à femelle pour on ne sait quelle obscure raison…
TURTLES MANIA (ou pas)
On peut noter cependant une bande son incroyable qui vient rythmé certaines scènes avec brio comme celle de la camionnette où les mutants reprennent « what’s up » de 4 non blondes ou encore lors de l’apprentissage des tortues au self défense où l’on entend « scarface » de Paul Engemann. Un vrai deezer plein de nostalgie et de souvenirs , mais qui sait se faire tout en respectant les codes des gangstas de la East Cost (Tribed called quest, M. O. P, Gangstarr…).
Et, semi-nouveauté, par une bande originale incroyable de Trent Reznor & Atticus Ross, rappelant le son des Nine Inch Nails tout en le modernisant. Au passage, sachez que deux célèbres rappeurs, Ice Cube et Post Malone pour ne pas les citer, font partie du casting vocal VO.
Le plus surprenant dans ce projet, c’est quand on apprend que la réalisation et l’écriture sont censées avoir été faites par des « grands fans » de la licence (Seth Rogen le revendique clairement). On n’ose imaginer si cela n’avait pas été le cas !
Jeff Rowes qui officiait déjà en tant que metteur en scène sur « Les Mitchell contre les machines » (2021) se voit donc confier la tâche de relancer une nouvelle fois la franchise et il semblerait bien que le but ait été atteint car à notre grand désarroi ce « TMNT Mutant Mayhew » est un succès qui va certainement définir l’avenir des tortues pour la décennie à venir.
Une suite est d’ores et déjà sur les rails et une série d’animation télévisée semble également en chantier (« Tales of the Teenage Mutant Ninja Turtles »). En sachant que les ennemis récurrents historiques sont introduits presque discrètement ici, cela semblait acté d’avance. Nul doute que le public contemporain sera au rendez-vous, ce qui ne sera clairement pas notre cas.

Les mutants sont dans la place !
Article co-écrit avec Masslamenace (pour ce qui concerne la partie musicale)







