« Un pour Tous et Tous pour Un ! » Qui ne connaît pas la célèbre devise des Trois Mousquetaires ?! Adapté maintes fois au cinéma dans des versions bien souvent hautes en couleur, les héros d’Alexandre Dumas ont eu droit cette année encore à un nouveau portage sur grand écran : Les Trois Mousquetaires – Milady, dirigé cette fois par Martin Bourboulon. Après une première partie assez enlevée sortie en avril, la seconde nous est offerte depuis quelques jours. Complète-t-elle de manière efficace le diptyque ?
Alors que Constance Bonacieux est toujours portée disparue et que le jeune D’Artagnan la recherche en vain, les trois mousquetaires que sont Athos, Porthos et Aramis sont sur le sentier de la guerre. Chacun vivant ses propres déboires de son côté, les frères d’armes finiront par unir leurs forces pour contrer le complot qui vise à renverser le roi. Alliances contre-nature et révélations fracassantes s’enchaîneront sans temps mort dans cette nouvelle aventure.
~ Lien vers la Bande-annonce ~
Entamons le sujet par ce qui est le plus évident : non, cette deuxième partie n’a pas le même ton que la première. Bien que quelques scènes d’action parsèment le récit ici et là, on sera plus dans cet opus sur une intrigue faite de manigances et de faux-semblants. Ce n’est pas pour rien que le premier film accole à son titre un « D’Artagnan » tandis que le deuxième affiche quant à lui un « Milady« .
On retrouve donc Eva Green dans le rôle de l’intrigante qui use et abuse de ses nombreuses capacités pour semer les embrouilles et chercher querelle à quiconque s’oppose à ses plans machiavéliques. Plans auxquels d’ailleurs on ne saisit pas grand-chose soit dit en passant.
Pourquoi cherche-t-elle à assassiner cette personne ? Pourquoi se fait-elle passer pour telle autre ? On n’en sait fichtrement rien et on ne parvient pas à se décider si cela est à ranger dans la colonne des incohérences ou bien dans celle du développement (raté) de personnage. Des explications plus fournies sur ses actes auraient été plus que bienvenues.
Ce qu’on comprend en revanche, c’est son extraordinaire habileté à se sortir des pires situations en manipulant son entourage, qu’il soit allié ou ennemi. Une leçon que D’Artagnan apprendra à ses dépens.
Pour ce qui est du jeune mousquetaire et de ses compagnons, leurs mésaventures sont donc en retrait dans cette séquelle. Les péripéties les mettant en scène tourneront principalement autour d’Athos et de sa famille. C’est donc Vincent Cassel (voix du nouveau combattant français pour le futur hit Tekken 8) qui tient la dragée haute parmi les hommes de la Maison Militaire du Roi de France. Ce qui lui donne droit à plus de profondeur d’écriture, surtout quand on le compare au reste de la distribution.
Malgré tout, Romain Duris en Aramis et Pio Marmaï en Porthos auront tout autant droit à leurs séquences marquantes, que ce soit l’épée à la main ou le verbe aux lèvres. François Civil de son côté court dans tous les sens – et parfois avec déraison – pour retrouver sa belle. Seul bémol, sa noble quête de preux chevalier semblera parfois tourner en rond. Et pour cause ! (on ne révélera rien)
Le reste du casting étant le même que dans le film précédent, il est donc tout autant au diapason. Éric Ruf incarne toujours un Cardinal de Richelieu plus vrai que nature tandis que Louis Garrel reste un Louis XIII subjuguant. On notera l’arrivée remarquée de Ralph Amoussou, un protégé du Roy (en personne) qui apportera son aide à notre quatuor en maintes occasions.
De l’autre côté de la caméra se trouve toujours Martin Bourboulon qui donne à son deuxième acte les mêmes traits que son premier, à savoir une atmosphère poisseuse et très terre à terre, loin de l’imagerie conventionnelle que l’on se fait de ces héros romanesques. Ici on sent le quotidien d’une vie rude, les vêtements usés puis rapiécés plus que de raisons et les mines fatiguées de gens dont l’époque ne leur épargne aucune peine. En clair, ça ne sent pas la joie.
Ce point de vue artistique assumé est LE sujet qui divise le plus les spectateurs et cela peut se comprendre. Mais si on adhère à cette vision rappelant par beaucoup « Le Pacte des Loups » de Christophe Gans, on ne peut que se délecter de cette énième relecture de l’ancien feuilleton éditorial.
Point intéressant tout de même, le réalisateur a revu la colorimétrie jugée trop terne par le public sur « D’Artagnan » pour la rendre plus lumineuse, plus contrastée dans cette suite. Pas certain que beaucoup le remarquent et encore moins certain que cela soit justifié par le ton général de l’œuvre. Surtout lorsque – contre toute attente – le film suit à la lettre (ou presque) le tragique destin de personnages secondaires, empêchant de fait un quelconque « Happy End ».
Il faut toutefois reconnaître que les différents lieux sont habilement mis en images et que châteaux et autres forteresses ont une allure qui en impose. Les décors naturels ne sont d’ailleurs pas étrangers dans cette sensation abrupte qui se dégage de tout le métrage.
La musique participe aussi à cette ambiance en apposant des sonorités lourdes qui font fortement penser au travail d’Hans Zimmer. C’est d’ailleurs un de ses disciples, Guillaume Roussel, qui en signe la composition.
Alors ? Il y aura-t-il un troisième épisode ou pas ? Sachant qu’il y a largement de quoi faire si l’on suit les écrits de Monsieur Dumas. Pour notre part on l’espère, même si ce n’est de toute évidence pas pour tout de suite, les équipes étant engagées sur d’autres projets cinématographiques (dont notamment l’adaptation du Comte de Monte-Cristo pour le dernier trimestre 2024) et des séries spin off à cet univers encore à l’état de préproduction (des préquelles sur Milady et Hannibal pour ce qu’on en sait). On aura quand même remarqué la fin plus qu’ouverte qu’offre ce deuxième volet, laissant la voie plus qu’envisageable pour de nouvelles épopées sur grand écran…








