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Critique Cinoche : Rebel Moon Partie 1: Enfant Du Feu – Un univers prometteur mais imparfait

Yaeck [Rédacteur]
Je lis, je joue, je regarde. Puis j'écris. Et parfois, j'arrive même à être drôle.

REBEL MOON PARTIE 1 – ENFANT DU FEU

S’il y a bien un réalisateur qui a connu quelques remous à Hollywood ces dernières années, c’est Zack Snyder. Après la débâcle puis la renaissance de sa version de Justice League, l’homme s’est rapproché de Netflix avec qui il collabore désormais pour aider à la production et à la distribution de ses œuvres cinématographiques (qui du coup ne le sont plus, même si le métrage qui nous intéresse aujourd’hui est sorti dans quelques rares salles de par le monde).

C’est donc après « Army of the Dead » qu’il s’est attelé à un lourd projet, qui, s’il trouve son public, lancera une nouvelle et ambitieuse franchise de science-fiction. Cette saga naissante commence avec un diptyque dont la première partie est désormais disponible. Voyons voir ce que cela donne…

FLY ME TO THE MOON

Alors qu’une puissante nation galactique étend son pouvoir sur l’Univers, une petite communauté sans histoire vit tranquillement loin du tumulte en subsistant grâce à son travail agricole. Mais leur existence paisible prend fin quand un croiseur du Monde-Mère apparaît au-dessus de leurs têtes. L’implacable armée réclame rien de moins que l’ensemble de leur prochaine récolte, ce qui condamnerait à coup sûr le village.
Perturbés et perdus, les habitants s’en remettent à Kora, une ex-militaire réfugiée parmi eux. Pour elle, il n’y a qu’une seule solution pour sauver les villageois : il faut que la rébellion leur vienne en aide.

Rebel Moon : partie 1 – Enfant du Feu est donc le premier jalon de ce qui a pour ambition de devenir une grande licence « à la Star Wars ». Sauf que posons cela dès le départ, Zack Snyder – auréolé de tout un tas de talent indéniable – n’est pas George Lucas. Là où le créateur de la Galaxie très lointaine est un fin connaisseur des Mythes, des systèmes politiques et possède une éducation littéraire assez poussée, le réalisateur de 300 lui est plus un gars élevé au cinéma indépendant, aux comics et à l’art visuel.

Nous ne pousserons d’ailleurs pas plus loin la comparaison avec « La Guerre des Étoiles«  que beaucoup de commentateurs semblent mettre en avant pour on ne sait quelles raisons, car en dehors de quelques plans évidents et d’une séquence dans un saloon, rien de ce que l’on trouve dans cette « Lune Rebelle » ne ressemble de près ou de loin au Space-Opera lucasien. Ou alors – et on se refuse à le croire – ces fameuses critiques n’ont que peu de références en matière de science-fiction sur grand écran (et au-delà).

Ici on sent une inspiration bien plus proche de l’univers de Warhammer 40 000 (sans les armures si caractéristiques des Spaces Marines, sortes de Stormtroopers survitaminés. On en revient toujours à Star Wars finalement…) mélangée avec d’autres références très pop-culture de ces dernières décennies. Ce premier plan sur ce vaisseau spatial ne semble-t-il pas sortir tout droit d’Albator ? Ce ciel orangé très nuageux ne ferait-il pas penser à Pitch Black ? N’y a-t-il pas un peu de Matrix dans cette technologie de communication neuronale inter-spatiale ?

De plus chaque planète visitée s’inspire de plusieurs cultures terriennes et s’amuse à les mélanger pour donner vie à un « joyeux bordel » qui semble exister par-delà ce qu’on nous montre. Un griffon dans un décor de western, une guerrière féodale coréenne dans un environnement à la Blade Runner, un grand général devenu gladiateur…

Toutefois, et c’est tellement évident qu’on s’étonne que tout le monde ne le relève pas, le modèle premier du réalisateur sur ce projet, c’est « Les 7 Samouraïs » de Kurosawa. À tel point qu’on pourrait presque prétendre à un remake à la sauce SF. Certes bien moins subtil, certes bien moins ambivalent, certes bien moins solide sur tous ses aspects. Snyder n’étant pas plus le maître japonais qu’il n’est Tonton Georges…

LES 7 MERCENAIRES DE L’ESPACE

Alors donc, Kora part à la recherche d’une bande de porte-flingues assez courageux – ou désespérés – pour affronter rien de moins qu’un croiseur stellaire et ses myriades de soldats dans le but un peu vain de protéger un village perdu d’une lune insignifiante. La demoiselle ne quittera pas seule son fief et sera accompagnée d’un villageois un poil roublard et pas très au fait des grandes manœuvres pernicieuses qui régissent l’univers loin de ses terres.

Pour jouer notre héroïne, on retrouve Sofia Boutella qui, petit à petit, se fraye un chemin bien pavé à Hollywood. Ce n’est cependant pas avec ce rôle de « Bad Ass » assez renfermée faisant la plupart du temps les gros yeux qu’elle gagnera un Oscar. Le pauvre bougre qui lui sert de bras droit est interprété par l’acteur Michiel Huisman et il faut bien dire qu’avec sa belle tête à claques se croyant plus malin qu’il ne l’est il colle parfaitement au rôle.

Pour ce qui est de ces fameux mercenaires, on a droit à du beau monde : Charlie Hunnam (de Sons of Anarchy), Djimon Hounsou qu’on ne présente plus, Ray Fischer (Victor Stone/Cyborg de Justice League), Bae Doo-na (Sense 8), le charismatique Staz Nair (Krypton) et plus en retrait mais qui aura certainement un plus grand rôle dans la deuxième partie, Cleopatra Coleman, qui n’est autre que la sœur du personnage incarné par Ray Fischer.

Au poste du grand méchant nazi de l’espace qu’est vraiment pas gentil du tout, c’est Ed Skrein (également méchant dans le premier Deadpool). Tellement caricatural qu’il en devient fascinant. On est vraiment parfois à deux doigts de Rick Moranis dans « La Folle Histoire de l’Espace » ou de son comparse déjanté joué à l’époque par George Wyner. Pas une once de nuance dans cette enflure finie qui prend un plaisir sadique à cabosser des têtes avec son puissant gourdin du futur.

Tout autour de ce noyau dur gravitent d’autres personnages, principalement les villageois qui occupent une bonne part du récit durant les 40 premières minutes. Nul doute qu’ils retrouveront une place centrale dans la deuxième partie à venir en avril 2024.

C’EST BEAU DE LOIN MAIS…

Maintenant que les présentations sont faites, entrons dans le vif du sujet : il ressemble à quoi ce Rebel Moon ? Au chef-d’œuvre ultime de Snyder ? À un film culte incompris aujourd’hui mais qui gagnera ses galons avec le temps ? Ou bien est-ce une bouse infâme comme on peut parfois l’entendre ici et là ?

Et bien en fait c’est un peu tout cela à la fois. Car nous sommes ici – et c’est sans doute le point le plus important de tous – devant une SÉRIE B pure et dure qui flirte bien souvent avec le nanar à force de trop vouloir se prendre au sérieux.

Mais cela demeure une série B efficace, qui fonce dans le tas et qui pétarade à tout va. Ce film s’assume complètement, sans doute un peu trop d’ailleurs, et évite de justesse de sombrer dans le ridicule absolu grâce à ses plans stylisés à l’extrême et la sympathie de certains de ses personnages.

La bande-son soutient avec rigueur les images mais aucun thème ne sort du lot et on ne retient rien de la musique après pourtant plus de deux heures de métrage. C’est du pur fonctionnel sans la moindre profondeur.

Là où il se vautre complètement, c’est en forçant sur le « Style Snyder » sans raison ni sens. On aura donc droit à ses fameux ralentis, sauf qu’ici ils sont souvent cadrés sur des zones totalement sans aucun intérêt et ne servent donc strictement à rien. On avoue ne pas avoir compris le sens de ces plans passés à la moulinette du temps montrant des jambes ou des gerbes de sable

Discutons Effets Spéciaux à présent. Et que dire ?! Vous connaissez cette sensation de non-profondeur de champ surtout perceptible dans les productions Disney et de leur usage fréquent de ce qu’on appelle « le Volume » (des écrans très hautes définitions qui constituent des décors interactifs). C’est un peu le même ressenti que l’on trouve ici. On devine que c’est un décor numérique en toile de fond, et que le plateau n’était en vérité pas bien large.

Paradoxalement d’autres séquences passent à merveille, par exemple celle du vol à tire-d’aile au milieu des canyons ou bien le droïde qui reste bluffant de réalisme mais globalement on est face à des plans numériques de piètre qualité et pas toujours de bon goût. Les races aliens sont plutôt plausibles, même pour les plus bizarres tandis que d’autres ne se constituent que de pauvres masques couleur bleu-nuit assez peu convaincants. On varie vraiment du tout au tout en matière de qualité de maquillage

Par contre un point qui nous a pas mal déconcertés, pour ne pas dire profondément agacé – et cela même si on accepte une certaine forme de démarche artistique – c’est le fait que la focale ne se concentre QUE sur l’action principale (un personnage, un lieu, une zone précise) et laisse tout le reste de l’écran dans un flou constant (certes léger, mais permanent !). Un effet de style qui pourra plaire à certains mais qui pour nous est une horreur à visionner.

Particularité de la version française, un doublage particulièrement pénible à entendre dans notre belle langue. C’est vraiment pas fameux, surtout en ce qui concerne la personnage principale, dont l’actrice francophone s’est pourtant elle-même occupée. Une fois encore, c’est plat et sans le moindre relief, ce qui contribue au ressenti global d’acte manqué et de série B lorgnant vers la Série Z

AVIS DE LA REDAC

Conspué par les uns et plutôt apprécié par les autres, Rebel Moon n’a en tout cas rien du pinacle attendu. Film audacieux et un brin pompeux, il se révèle finalement être une série B friquée qui rêverait d’être plus. Il propose toutefois de belles images et tout autant de belles idées qui auraient sans doute méritées un meilleur traitement (à la fois en matière d’effets spéciaux et de réflexion). Reste à voir ce que donneront la version longue et la seconde partie de cette relecture spatiale un peu basse du front du chef-d’œuvre d‘Akira Kurosawa.

CONCLUSION DU SCHMURZ

LES PLUS
  • Une iconographie forte
  • Le mélange des cultures et des mythes
LES MOINS
  • Aurait mérité plus de développement
  • Trop caricatural et quasiment nanardesque
  • Les FX parfois vraiment limite
  • Un copier-coller moins bon que l'original
65
%
CA PASSE BIEN

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