Certainement poussé par les succès inattendus des films Sonic au cinéma et celui de Détective Pikachu, c’est en 2023 que Nintendo, allié au studio Illumination, propose une adaptation cinématographique de Mario. A l’occasion de la sortie du film en blu-ray au mois d’août 2023, MEGA Force propose sa critique du long-métrage.
Produit par Chris Meledandri, à qui l’on doit des films comme Tous en scène ou Comme des bêtes, et par le très célèbre Shigeru Miyamoto, le papa de Mario et Zelda, le film a pour mission de faire oublier le premier long-métrage sur l’univers du plombier moustachu sorti en 1993. Bien qu’ayant acquis le statut de film culte pour toute une génération, le film de 1993 n’a en revanche pas réussi à s’imposer par sa qualité globale. Qu’en est-il pour ce nouveau film Mario Bros ?
Avec 1,35 milliard de dollars de recette à l’heure où ces lignes sont écrites, Super Mario Bros le film est déjà le deuxième plus gros succès en salle de tous les temps pour un film d’animation, juste derrière la Reine des Neiges 2 qui a généré 1,45 milliard de dollars. Alors que depuis quelques temps les grosses licences habituelles comme Star Wars, Marvel ou encore Indiana Jones (toutes détenues par Disney), ne semblent plus déchaîner les passions et qu’on pensait que le cinéma attirait de moins en moins les foules. Deux films cette année sont venus déjouer la malédiction et redonner un peu de couleurs aux salles obscures : Barbie et Mario.
Ne voulant surtout pas reproduire les erreurs du film de 1993, Nintendo a sorti l’artillerie lourde pour cette adaptation. Premièrement, avec Miyamoto à la production, Nintendo s’est assuré que sa licence était entre les meilleures mains. Deuxièmement, en s’alliant avec le studio Illumination, Big N s’est associé avec l’un des plus grands studios d’animation actuel. Le pari est réussi.
Cet article ne contiendra pas de spoils néanmoins voici l’accroche du film présente sur le verso de la jaquette du blu-ray.
« Alors qu’ils tentent de réparer une canalisation souterraine, Mario et son frère Luigi, tous deux plombiers à Brooklyn, se retrouvent plongés dans un univers féérique à travers un mystérieux conduit. Mais lorsque les deux frères sont séparés, Mario s’engage dans une aventure trépidante pour retrouver Luigi. Il va pouvoir compter sur l’aide du champignon Toad et de la Princesse Peach, guerrière déterminée ! ».
Un récit fidèle aux jeux vidéos qui ne prend aucun risque
L’histoire du film est clairement une adaptation de celle des jeux vidéos. Bowser est le grand méchant bien que ses intentions se situent plus sur un plan sentimental que sur la conquête d’un territoire. Ne souhaitant visiblement pas prendre de risques, Nintendo propose un scénario qui rentre complètement dans le cadre de sa licence en opposition aux films Sonic qui prennent énormément de liberté, ce film Mario navigue en terrain connu.
Malgré leur succès, Sonic 1 et 2 ont clairement dérouté une grande partie des fans de Sega. On sent que le but de Nintendo était de mettre tout le monde d’accord. Le géant japonais a toujours été très exigeant et très perfectionniste quant à l’utilisation de ses licences, Super Mario le film ne fait pas exception. Tout est calibré et formaté afin que rien ne sorte du cahier des charges (sûrement conséquent) fourni par Nintendo.
Cela dit, au regard de la richesse de l’univers du plombier, il y avait suffisamment de contenu à utiliser pour ne pas avoir besoin d’amener de l’inédit. A l’exception des passages du film se déroulant dans « le monde réel » représenté par New-York, le reste du film s’appuie en intégralité sur les jeux vidéos.
Il est évident que Super Mario Bros le film s’adresse directement aux personnes ayant joué aux jeux car une fois arrivé dans le royaume champignon, rien est expliqué. Les plateformes volantes, les blocs « ? », les tuyaux de déplacement, les champignons et fleurs magiques… font complètement partie du fonctionnement de cet univers. Si vous êtes un joueur de Mario vous n’aurez effectivement besoin d’aucune explication, dans le cas contraire vous devrez accepter que ce monde fonctionne d’une façon complètement dingue.
Ce faisant, le succès du film confirme que Nintendo a eu raison de fonctionner ainsi. La fan-base étant suffisamment grande, nul besoin pour Big N d’expliquer l’univers de Mario, les spectateurs le connaissent déjà. Ce film est avant tout fait pour les fans du plombier.
Un film pour les fans de la première heure
S’inspirant des jeux, Super Mario Bros le film ne laisse quasiment rien de côté. Les références à l’univers du plombier et des jeux sont tellement nombreuses et tellement bien placées, c’est un régal. Chaque seconde le film nous renvoie à nos souvenirs et à notre nostalgie. D’ailleurs lorsque l’on aperçoit le plombier jouer à la NES, on comprend que l’intrigue du film se passe dans les années 80, et qu’il s’adresse aux fans de la première heure.
Presque tous les personnages de l’univers de Mario sont présents, les koopas, les maskas, les boo, les fleurs, les yoshis etc… et l’on ne peut s’empêcher d’avoir un sentiment très nostalgique lors de leurs apparitions.
Bien qu’il ait dorénavant son propre univers, Donkey Kong est également présent. Même s’il fait partie intégrante des personnages de Mario Kart ou de Mario Smash Bros, n’oublions pas que sa première apparition aux côtés de Mario date de l’époque des légendaires Game & watch où il était l’ennemi du plombier. Le film nous fait d’ailleurs comprendre que les origines de Mario Kart viennent sans doute du royaume des Kongs.
En plus des références à l’univers Mario, le film se permet également de proposer des clins d’oeil à d’autres licences bien connues de la Pop-culture telles Matrix ou Mad Max.
Un film où tout est calibré. Rien ne dépasse
Calibré est peut-être le maître mot du film. On a vu que ce terme était parfaitement approprié pour définir la retranscription de l’univers de Mario. C’est aussi ce mot qui semble le plus judicieux pour décrire le rythme du film. On a rarement vu un long-métrage avec aussi peu de temps morts. On passe 1h30 à enchaîner les scènes d’action, les références nostalgiques et les moments d’humours. C’est incroyable, on ne voit pas le temps passer et on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Comme à l’époque de Game & Watch, Mario devra d’abord affronter Donkey Kong
Du début à la fin le spectateur est pris dans un enchainement qui va lui en mettre plein les yeux, plein le cœur et plein les oreilles. Alors c’est vrai qu’on peut avoir l’impression à certains moments d’assister à une publicité longue durée pour la licence Mario, ce qui n’est pas le cas dans les films Sonic, mais on aime ça et on en redemande.
Difficile d’imaginer l’effet que ce film aurait eu sur nous s’il était sorti dans les années 90. Cette réflexion ne sert pas à grand chose car les technologies de l’époque n’auraient pas pu donner ce résultat.
Un régal pour les pupilles
En effet, d’un point de vue technique et visuel, le film est une claque graphique. Wouah ! Il fait clairement partie des plus beaux films d’animation en images de synthèse qu’il nous ait été donné de voir. Les textures sont parfaitement réussies, que ce soit au niveau des paysages, des personnages, de l’eau ou des vêtements, le niveau de détail impressionne. De même, les effets visuels sont incroyables. Le moment où les deux frères deviennent invincibles, après avoir mis la main sur l’étoile, est juste sublime. Ça donne sincèrement des frissons.
La colorimétrie est elle aussi à tombé par terre. L’animation, les mouvements de caméras, l’action, tout frôle la perfection. On sent que le studio Illumination maîtrise parfaitement son sujet et Nintendo a bien eu raison de s’associer à eux.
Un régal pour les tympans
La bande son du film finit de nous achever. On retrouve régulièrement les musiques des jeux, de façon réorchestrée et à chacune de leur apparitions elles réussissent à nous faire frissonner. Elles sont comme la cerise sur le gâteau. Mention spéciale pour le remix du thème d’invincibilité lorsque Mario et Luigi trouvent l’étoile, il y a de grandes chances que les larmes vous montent pendant ce passage. Honnêtement la réinterprétation des musiques des jeux laisse sans voix.
En plus d’utiliser les principaux thèmes des jeux Mario, le film emprunte quelques chansons connues et leur utilisation est encore une fois extrêmement bien pensée. De L’amour est un oiseau rebelle de Georges Bizet à Take on me de A-ha en passant par Bonnie Tyler et son Holding out for a hero (quoique très souvent utilisé au cinéma), la B.O. est époustouflante. Le film arrive à nous surprendre en nous faisant également découvrir le talent de musicien de l’un des personnages principaux et c’est très drôle.
La VF a la classe
L’histoire est une réussite, la réalisation est grandiose, la bande son est parfaite. Que dire des dialogues ? Tout d’abord il faut préciser que le film est évalué en version française. Comme souvent avec les films d’animation notamment pour les grands classiques Disney pour ne citer qu’eux, la version française est extrêmement bien écrite, il n’en fallait pas moins pour le pays de Molière et de Victor Hugo. L’humour fait partie intégrante du film, et aucune blague ou formule de phrase ne tombe à l’eau
Les doubleurs font également un travail incroyable, leurs voix correspondent parfaitement à la personnalité des différents protagonistes. C’est une chance pour nous petits Français quand on sait la polémique qui a eu lieu sur le choix de Chris Pratt en tant que doubleur de Mario en VO.
Le soin apporté au traitement des personnages rend le tout très cohérent
Le traitement des personnages est aussi vraiment réussi, leur caractère est complètement cohérent à l’idée que nous pouvions en avoir. Mario est plutôt casse-cou, on sent que c’est lui le leader entre les deux frères. Luigi est un peu plus peureux mais n’hésite pas à prendre des risques pour se sortir de situations délicates ou pour porter main forte à son frère.
2023 oblige, la Princesse Peach ne se dit pas qu’un jour son prince viendra. Elle est forte, courageuse et vaillante. Elle est sans aucun doute la caution féministe du film. Cependant, contrairement à la tendance actuelle où le féminisme est exacerbé en piétinant presque le masculin, Super Mario Bros le film propose une représentation plus équilibrée des genres et autant vous le dire : ça fait du bien !
Quant au personnage de Bowser, malgré son rôle d’antagoniste, le film réussit à le rendre tout à fait drôle et touchant. Il n’y a vraiment rien à dire de négatif sur le traitement des personnages. En même temps, avec le papa de Mario aux manettes et le cahier des charges de Nintendo, ça ne pouvait finir que comme ça.
Nostalgique, drôle, magnifiquement beau et parfaitement bien calibré, ce film est une totale réussite. Etant l’un des événements de l’année avec le film Barbie et dans une moindre mesure Oppenheimer, Super Mario Bros le film vaut largement l’achat d’une place de cinéma et encore plus d’un DVD.











