Il se passe quoi après la fin du monde ?
Cette simple question sonne comme le début de ce qu’est Fallout, une saga de jeux vidéo entamée en 1997 avec un premier épisode qui marquera au fer rouge les joueurs PC de l’époque. Dans ce RPG exigeant nous sommes amenés à visiter un coin d’Amérique devenue désert radioactif, entouré de moustiques géants et de vaches à deux têtes. Plus de 25 ans plus tard (et quelques autres opus vidéoludiques sortis sur le marché) arrive une adaptation télévisée de cet univers un peu fourre-tout oscillant entre vintage clinquant et futur post-apo.
Produite par le développeur Bethesda et par Amazon – pour sa plateforme de streaming Prime Video – cette série parvient elle à retranscrire l’ambiance si particulière de cette franchise au ton profondément cynique ?
À l’instar des jeux dans lesquels chaque joueur aura un angle différent sur l’aventure en fonction de ses choix, nous vous proposons pour présenter cette première saison – constituée de huit épisodes d’une heure – trois appréciations distinctes. Histoire de bien couvrir tous les points de vue.
BIEN À L’ABRI
Depuis l’abri, notre monde se réduit à ces murs de béton, un refuge fragile contre les horreurs irradiées de l’extérieur. Chaque jour, nous scrutons les cieux grisonnants, espérant que le danger soit passé. Mais même ici, dans nos bunkers souterrains, la menace persiste, palpable, insidieuse. Chaque expédition hors de nos portes est un acte de bravoure, une tentative désespérée pour trouver les ressources nécessaires à notre survie, tout en affrontant les dangers qui guettent dans l’ombre radioactive. Nous sommes les gardiens de notre avenir, condamnés à lutter pour notre existence dans ce monde dévasté par le feu.
Je suis Masslamenace, un habitant de l’abri que nous appellerons « MEGA Force » pour des raisons évidentes de sécurité et afin de nous garantir contre la convoitise, la violence et le chaos. Comment en sommes nous arrivés à cette triste solution ? C’est en partie suite à l’alerte reçue de notre superviseur Negan, gardien et maître de l’Ordre de notre communauté.
Ce message d’avertissement faisait suite à sa découverte d’archives vidéo provenant du groupuscule Amazon, sous le nom de « Fallout ». En visionnant celles-ci, il fut choqué, interloqué, apeuré… Il prit la décision de nous en faire part tant les similitudes avec notre monde actuel lui sautèrent aux yeux. Qu’il y a-t-il de si inquiétant dans ces images pour qu’il nous en parle avec un ton aussi grave ?
Fallout la série, comme l’appelle notre chef, nous raconte l’histoire de trois destins croisés, de trois visions différentes d’un monde post-apocalyptique dévasté par une guerre atomique 200 ans plus tôt. Une terre hostile où cohabitent trois mentalités que tout oppose.
Le monde souterrain des abris tout d’abord, construit par la société Vault-Tec, avec ses habitants qui se sont réfugiés là afin de construire une nouvelle société basée sur des valeurs bienveillantes, presque naïves. Terrés dans ces bunkers régis par des tâches quotidiennes dont le but est de survivre, former, rechercher et même pérenniser la colonie mais aussi fFiers d’être les élus qui seront présents pour reconstruire le monde d’après.
C’est ici qu’on découvre Lucy MacLean (Ella Purnell), fille émérite du superviseur Hank MacLean (Kyle Maclachlan). C’est un peu notre idéaliste aux valeurs très ancrées, avec un sens des usages et du bien paraître qui n’est pas sans nous déplaire. Anonymisé par une tenue bleue aux liserés jaunes avec le numéro de l’abri dans le dos, cette pratique vestimentaire démontre pour ma part la qualité et la symbiose de cette communauté coopérative efficace et sincère.
Le second monde est celui de la Confrérie de l’Acier, une faction guerrière ultra violente dont la seule aspiration, arrogante et présomptueuse, est de prendre le contrôle de toute l’Amérique du Nord. Pour ce faire, cette coalition militaire ayant survécu à l’hostilité des Terres Sauvages ne voit qu’une manière et une seule pour parvenir à ses fins : nettoyer la surface de toutes ses bestioles et autres mutations répugnantes issus des radiations, ainsi que récupérer les technologies d’avant-guerre que nous possédons dans nos abris. Et ainsi, pensent ils, ils parviendront à cette domination ultime. (Ndlr: Notre technologie de fission froide est très convoitée mais nous en avons impérativement besoin pour faire fonctionner nos abris !!).
C’est là que nous rencontrons Maximus (Aaron Moten) , une jeune recrue de l’Ordre qui convoite le poste ultime de Chevalier. De par son ambition et sa rage de réussir, il sera obligé de faire des choix abjects et répugnants, au-delà de ma compréhension et de mes valeurs humaines. Comment peut-on faire passer sa Gloire personnelle au détriment de l’intérêt de tous ?
Et enfin, le monde des goules, derniers vestiges des survivants originels de la Grande Guerre qui, irradiés, se sont adaptés à cette nouvelle condition. Seuls témoins du passé et du Jugement Dernier ayant conduit au chaos atomique, ils sont une des clés de compréhension de la violence exacerbée du monde extérieur, entre désir de vengeance pour avoir été abandonnés, trahis, trompés et la volonté de faire transparaître leur « vérité », leur « vision » d’un monde oublié !
Représenté à l’écran par Cooper Howard (le charismatique Walton Goggins) dit « La Goule », c’est un personnage captivant que l’on déterre littéralement des terres irradiées où il était emprisonné, enchaîné. Véritable monstre froid, chasseur de primes percutant, machine à tuer impitoyable, et homme qui ne jure que par la violence pour survivre !!! Tel un cowboy solitaire et sanguinaire, il erre sans fin dans ce monde dans le but de trouver sa place.
Nous avons donc ici , après de multiples recherches sur l’ordinateur central, le schéma classique du western, qui était un genre apprécié du réalisateur Jonathan Nolan (par ailleurs frère d’un autre réalisateur non moins célèbre). Le scénario rappelle lui par beaucoup un film de Sergio Leone : «le Bon, la Brute et le Truand». On y retrouve les valeurs de l’honneur, de la volonté de se venger ou de s’enrichir… De plus, les étendues arides des plaines désertiques de l’Ouest Américain correspondent bien au monde apocalyptique.
Nous avons aussi trouvé dans notre base de données des jeux Fallout. Des aventures vidéoludiques de type action-Rpg initiées par Black Isles Studios à la fin des années 90 puis reprise plus tard par Bethesda Softwares. On y retrouve tous les codes de ces archives vidéo que l’on a visionnés, à savoir l’utopie d’un monde meilleur dans un univers rétro-futuriste aux graphismes inspirés des années 50.
Un monde régi par la peur du nucléaire et des communistes et qui partage énormément de points communs avec la série que nous venons d’évoquer. La tenue de l’héroïne, l’atmosphère post-apocalyptique, beaucoup de références évidentes aux jeux tout en sachant garder aussi une certaine liberté créative pour ceux qui ne les ont pas connu (un peu comme nous, habitant de l’abri MEGA Force).
Fort heureusement, ce n’est pas la réalité ! Juste une série filmée qui vaut le détour ! Nous avons cependant eu très peur que ce soit le monde réel.
Et si….
UN SEMBLANT D’ESPOIR…
On ne sait pas vraiment quand le monde est parti en vrille mais je sais qu’il n’y a qu’un seul moyen pour le relever : l’Ordre et la Puissance de la Confrérie de l’Acier !
Bon, il y a quand même du boulot parce que l’Humanité est franchement descendue bien bas. La confiance est un vœu pieu sur ces terres radioactives remplies d’âmes damnées prête aux pires extrémités pour quelques pomates. Si ce n’est pire…
Restons tout de même honnête, notre environnement – bien que malsain – offre parfois de bien beaux panoramas, rappelant notre bon vieil Utah voire parfois le désert de Namibie. Visuellement nous avons clairement quelque chose à défendre, fièrement attaché que nous sommes à l’univers qui nous à vu naître.
Ces derniers temps on jase beaucoup au sujet de certaines personnes qui ont récemment fait parler d’elles. Parmi celles-ci, il y a bien sur Maximus, le Héros loyal et droit qui nous éclaire nous, pauvres hères égarés, de sa lumière et de son sens de la justice. Je ne crois pas un mot des colporteurs qui mettent en doute sa fidélité envers ses frères et sœurs de la Confrérie, et encore moins ceux qui prétendent qu’il est un adepte fréquent de la trahison et du mensonge.
Déjà deux pauvres cadets que j’ai dû recadrer suite à leurs propos suspicieux. Malheureusement, l’un d’eux ne pourra plus servir la cause, il rejoindra la fosse pour nourrir nos bêtes. J’ai eu droit à un savon de la part de mes supérieurs et je suis bon pour trois tours consécutifs de corvées de latrines, mais c’est peu cher payé pour mon acte dévot.
Autre motif de discussion autour des feux de camp, le retour de La Goule. Pas une goule quelconque, non. LA Goule ! Ce sale vaurien sans honneur qui ne laisse que mort et désolation dans son sillage. Comme si nous n’en connaissions pas assez comme ça sans ses interventions. Redouté de tous, j’ai déjà eu l’occasion de le voir à l’œuvre. Une abomination assoiffée de sang qui se cache sous des oripeaux vaguement humains. Laid à l’extérieur comme à l’intérieur. Nul ne sait après quoi exactement court ce monstre qui selon les rumeurs aurait plus de 200 ans.
On prétend même qu’il aurait connu le monde avant sa chute, mais je ne pense pas que la chose soit possible. Je lui reconnais cependant, je le concède, un talent indéniable dans le maniement des armes à feu. Véritablement impressionnant.
Mais le cas qui me paraît le plus curieux vient de cette frêle jeune femme qui prétend sortir d’un abri. Balivernes ! Tout le monde sait que ces cages ne renferment que des créatures féroces qui dépassent nos pires cauchemars. Je ne lui donne pas plus que quelques lunes avant de trépasser d’une quelconque manière. On me rapporte qu’elle est d’une grande candeur, à la limite d’être une nigaude. Ce qui lui sert de cerveau serait ce « Pip-Boy », un bracelet électronique connecté qui semble lui dicter tous les aspects de sa vie. Pathétique.
Pourtant elle semble savoir se sortir des pires situations sans encombres, ce qui me rend d’autant plus suspicieux à son égard. Son but serait de retrouver son père, kidnappé par ce qu’il reste de ces lâches sécessionnistes de la Nouvelle République de Californie. Une histoire sans queue ni tête. Elle aurait également un frère, resté bien planqué sous terre. Un type malingre et peu avenant qui cacherait bien son jeu. Plus intéressant qu’on ne pourrait le croire au premier abord. Un cas à surveiller de près.
Il semble bien que leurs destins puissent marquer à jamais la région. Il se peut même qu’ils parviennent à résoudre des mystères restés sans réponses depuis bien des années, apportant un peu d’espoir et d’union à tous ces pauvres gens. Ramenant un peu de confiance des uns envers les autres, la base de toute relation durable. La base de ce qui fonde une société. Un bon début pour refonder une civilisation digne de ce nom.
Seul l’avenir le dira. En espérant d’ici là des enjeux et des révélations plus impactantes qui mériteront vraiment d’en faire un rapport aux hautes instances. Ce qui est loin d’être le cas présentement. Il ne s’agit que de récits certes accrocheurs et bien menés, mais qui ne méritent pas non plus de rester dans les mémoires pour des générations.
En attendant, leurs aventures actuelles suivent de manière remarquable la trame classique des Terres Désolées, alliant références inspirées et choix narratifs cornéliens. La forme et le fond sont donc fidèles à leur matériel source. Et la fidélité, il n’y a que ça de vrai.
Malgré tous ces commérages et ces turpitudes musclées les accompagnants, et alors que j’écoute sur ma radio rafistolée à base de jus de cafard et de pièces détachées d’armures – si je me fais choper pour ça, c’est direct le peloton… – des vieux airs d’avant-guerre auxquels se mêle parfois un violon aussi mélancolique que patriotique, je me rends compte qu’il manque des choses dans le coin. Non pas que je les regrette, notez bien.
Mais où sont donc planqués les Super-Mutants et leurs horribles clébards ? Aucun fangeux ne fut répertorié dans aucun compte-rendu de mission, ce qui est ma foi fort étrange. Et pas un androïde, du moins personne qui se prétend comme tel (qu’on puisse les neutraliser encore plus facilement ! Gnark Gnark Gnark !). Il reste donc encore bien des choses à explorer pour la suite…
Quatrième Classe Rufus StoneButter, bataillon RiverBlood, section XIV. Devise « La Paix dans le Sang »

– Extrait d’un essai de l’auteur RetroFox, retrouvé 176 ans après l’effondrement –
*Note de l’auteur : j’ai pas encore fini de l’écrire, ce n’est qu’une ébauche. Je vise une sortie pour mes 200 ans, à New Vegas ! Vous êtes tous invités ! En espérant que vous ne finissiez pas tous en en-cas ! Ha ha ha !
Dans les méandres de la culture populaire se trouve une série de jeux vidéo captivante, Fallout, qui plonge les joueurs dans un monde post-apocalyptique marqué par la destruction, la survie et les vestiges d’une société autrefois prospère.
Mais derrière les ruines et les radiations, se cache un commentaire subtil sur la relation étroite entre le capitalisme destructeur et l’histoire humaine. Dès les premiers instants de la série, l’ombre du néolibéralisme plane. Les mégacorporations aux ambitions démesurées, les guerres pour les ressources, l’exploitation des travailleurs, tout cela constitue le tissu même de l’univers de Fallout.
Les sociétés pré-apocalyptiques, mues par la cupidité et le désir de puissance, ont précipité leur propre chute en exploitant sans vergogne les richesses de la terre et en ignorant les conséquences à long terme de leurs actions. L’histoire de Fallout est une réflexion sur les excès du capitalisme débridé, ce qui, je ne sais pas pour vous, me ramène étroitement à notre situation mondiale actuelle.
Les ruines des villes autrefois florissantes, les abris souterrains surpeuplés où règne la misère, et les terres désolées ravagées par les armes nucléaires servent de toile de fond à cette critique acerbe. Le capitalisme, dans sa quête incessante de profit et de croissance économique, a précipité l’humanité dans un gouffre dont elle peine à s’extirper, en spéculant sur la fin du monde. Pourtant, au cœur de ce désespoir, cette série nous offre également des lueurs d’espoir.
À travers les communautés renaissantes, les idéaux de coopération et de solidarité refont surface. Les habitants des terres désolées s’organisent pour reconstruire, pour créer un avenir meilleur loin des excès du passé. C’est là que réside la véritable leçon de Fallout : dans la capacité de l’humanité à surmonter les erreurs du passé et à forger un avenir plus juste et plus équitable.
En fin de compte, la relation entre le capitalisme destructeur et le lore de cet univers vidéoludique est indéniable. Et surtout, la série nous invite à réfléchir sur les conséquences de nos actions, sur les dangers d’une société mue par la seule recherche du profit. Et dans ces réflexions, peut-être trouverons-nous le chemin vers un avenir où les leçons du passé ne seront pas oubliées.
_____________________________________
Trois avis. Trois destins. Trois factions.
Fallout la série est une adaptation fidèle de son œuvre-mère, dont la causticité parvient même à dépasser l’écran quand on sait que c’est le conglomérat Amazon qui lui a permis de prendre vie, et que le contexte international est loin d’être au beau fixe. L’univers dépeint ici nous ramène donc à notre propre condition contemporaine, à ces interrogations un peu surréalistes du genre « Que ferai-je si les Bombes tombent demain ? » « Quelle sera ma participation au futur de l’Humanité ? » « Comment survivrai-je dans un monde sans foi ni loi ? » et « Dois-je manger le chien ou bien est-ce lui qui va me manger en premier ? ». De la haute philosophie donc.
Plaçons tout de même un mot sur la réalisation et les effets spéciaux. Si la mise en scène est sans grandiloquence, les FX eux sont assez surprenants, en dehors de quelques fonds verts assez grossiers. Mention spéciale aux armures, on croirait des vraies !
Petite mise en garde pour terminer, le show n’est pas à mettre devant d’innocents regards. C’est très cruel et très gore. Certes cela conserve un côté absurde et grand guignolesque la plupart du temps mais certaines séquences ont vraiment un côté assez malsain. En tout cas pas du tout adapté à un jeune public.















