Films phares des années 90, les deux premiers Terminator restent des valeurs sûres du cinéma d’action et d’anticipation, gardant leur aura d’excellence même des décennies plus tard. Malheureusement la saga a connu depuis bien des difficultés, produisant des suites parfois avec quelques pointes de réussite mais qui bien souvent sombraient dans la facilité et l’indigence. Jusqu’à un Dark Fate (2019) n’ayant jamais aussi bien porté son nom, posant un dernier clou sur un cercueil déjà bien rempli.
C’est donc avec un certain étonnement que la plateforme de streaming Netflix annonçait il y a quelques mois un anime sur la saga, baptisé Terminator Zero. Sorti en ce 29 août nous avons pu visionner l’ensemble de cette série d’animation et fort de cela nous vous proposons ici même un retour sur ces huit épisodes.
SOUS LES CENDRES DU FEU NUCLÉAIRE
Tokyo, 1997. Malcolm Lee est directeur de recherche à la société Cortex, spécialisée dans l’intelligence artificielle. Il consacre tout son temps et toute son énergie à Kokoro, une IA très en avance sur son temps. Ce faisant, il délaisse ses trois enfants, mise sous tutelle d’une gouvernante charmante mais naïve du nom de Misaki. Cette petite famille vit sous le drame de la mort de la femme de Malcolm, survenu quelques années plus tôt.
Tokyo, 2022. La guerre contre les machines fait rage. Eiko parvient après une rude mission d’où elle est la seule à se sortir vivante à récupérer des informations précieuses de Skynet. De retour à sa base, parmi les siens qui se terrent sous la surface, elle se voit très rapidement confier un nouvel objectif par la Prophète, une femme mystérieuse qui semble pouvoir prévenir l’avenir. Elle doit remonter le temps et protéger coûte que coûte un homme ainsi que ses recherches, un certain Malcolm Lee…
Voilà pour le pitch de départ, qui évoluera énormément au cours du récit, avec parfois des surprises de taille.
Première chose à savoir, c’est que bien qu’écrit par un américain – en l’occurrence Mattson Tomlin – tout le reste emprunte les codes visuels et narratifs de l’animation japonaise. C’est en effet les studios IG (principalement connus à travers le monde pour la série animée Ghost in the Shell Stand Alone Complex) qui se sont chargés de la réalisation des épisodes. Et ce dans leur style très caractéristique. Skydance et Netflix ont aussi mis la main à la pâte, mais plus en terme de financement et de diffusion.
Deuxième chose qu’il est bon de préciser, bien que le dessin animé soit évidemment inspiré de l’univers créé par James Cameron, il n’est pas forcément nécessaire de connaître la saga de John Connor pour suivre cette série. Aucun élément – autre que Skynet, les terminators et la guerre du futur – ne provient des films. Terminator Zero se concentre de bout en bout sur l’archipel nippon et sur son destin particulier lors du « Jugement Dernier ».
Enfin, dernier point à mettre en exergue, la version française (celle que nous avons visionnée en grande partie) se veut bien plus calme et posée que les autres doublages proposés. En effet que ce soit en anglais ou en japonais, c’est vocalement bien plus «enlevé» et expressif. Ce qu’on pourrait juger positif de prime abord, mais cette énergie vocale finit par nuire au bout d’un moment par son côté trop «surjoué» qui peut franchement agacer. Ce fut en tout cas notre cas lors de nos visionnages dans ces autres langages. Entre la trop grande froideur de la VF et l’exubérance des VA et VO, il semble qu’il y ait un juste milieu à trouver…
Pour ce qui est de la partition musicale, elle est dans le ton et il lui arrive même parfois, au détour de quelques notes, de faire résonner quelques thèmes d’antan…
VIENS AVEC MOI SI TU VEUX VIVRE
Cette première saison qui en appellera peut-être d’autres se divise en deux parties clairement dissociables : les quatre premiers épisodes et les quatre derniers. Car un événement survient au cours de la série qui relance les dés de toute la narration et surprend autant les héros que nous autres spectateurs.
C’est donc avec un certain intérêt mêlé d’une légère suspicion qu’on se laisse guider dans cette seconde partie prenant à contre-pied total les attentes.
La première moitié nous narre donc un récit très « à la Terminator », reprenant les codes de la franchise et les adaptant à la sauce manga : un cyborg qui vient pour tuer et un soldat qui vient pour protéger. Néanmoins plus les épisodes avancent et plus les révélations s’enchaînent plus on comprend que d’autres enjeux bien plus grands se cachent derrière cette façade convenue.
Survient alors ce fameux « événement » qui va faire basculer la traque à un tout autre niveau, se permettant même l’ajout d’un nouvel antagoniste qui n’a rien à envier à Skynet. Un choc narratif de taille qui nous permet de contempler le Jugement Dernier depuis le point de vue japonais, à la fois pour le pire et pour le meilleur. On n’en dira pas plus pour ne rien gâcher mais c’est vraiment déconcertant.
Les personnages qui vont se croiser au cours de cette aventure sont plutôt bien campés, même si tous ne sont pas forcément utiles ou sont parfois un peu trop caricaturaux. On pense notamment à ce trio constituant la jeune fratrie qui peut de temps en temps faire chauffer les oreilles par leur comportement exaspérant. Chacun des trois enfants est cantonné à un rôle précis (le sceptique, la jeune fille pleine de candeur et le lourdaud) et s’y tiendra jusqu’au bout.
Pour ce qui est des adultes ils sont plutôt appréciables avec là aussi chacun sa propre fonction narrative. Il y aura toutefois plus de nuances dans leur caractère au fur et à mesure qu’on apprendra à les connaître. Tout spécialement pour l’une d’entre eux qui cache bien son jeu et rappelle par beaucoup d’aspects d’autres personnages de la franchise (Cameron de la série Sarah Connor’s Chronicle – Summer Glau – ou Marcus Wright incarné par Sam Worthington dans le film Renaissance/Salvation de 2009).
Du côté du Terminator, nous avons affaire à une machine aussi impitoyable que les précédentes itérations. Elle sera soumise toutefois à d’autres épreuves qui la forceront à improviser et à s’adapter pour mieux se fondre dans la masse. Là encore son parcours en deuxième partie aura son lot de péripéties qui amèneront de la fraîcheur tant au traitement du tueur du futur. Quoi qu’il en soit il commettra comme ses ancêtres de véritables massacres, notamment au sein d’un commissariat, en résonance avec le film de 1984.
PARADOXE TEMPOREL
Terminator Zero soumet comme idée fondatrice de son scénario que le futur fluctue dès lors qu’un voyageur temporel part dans le passé. Honorable tentative de recoller les morceaux d’une franchise partie en miettes.
Cette théorie est mise en application dans le show lui-même quand on comprend que les différentes trames du temps futuriste que l’on entr’aperçoit ne collent pas les unes avec les autres. Pour expliciter cela plus en avant il va nous falloir spoiler, et nous passons donc sous le bandeau adéquat pour mieux en parler.
Pour les autres qui ne veulent pas en savoir plus, nous nous retrouvons après ces paragraphes de divulgâchage.
Donc allons-y. Malcolm Lee finit par avouer la vérité : il vient lui-même du futur. Né en 2025, sa mère n’est nulle autre qu’Eiko en personne. Sauf que la guerrière du futur, comme précisé plus haut, fera un voyage dans le temps – et sans retour possible – en 2022. On comprend alors que Mère et fils proviennent de deux branches du temps différentes. Mais que pourtant les deux existent bel et bien en 1997, dans le présent d’aujourd’hui , mettant d’ailleurs à mal au passage la fameuse « Théorie du grand-père »…
Chaque voyage annule le futur d’où part le voyageur. Le simple fait de partir, ajouté aux actions qu’effectuera ce même voyageur dans le passé, modifie profondément ce qu’il adviendra.
Le cours des événements de la série transforme lui aussi en profondeur le destin du Japon, qui ne connaît donc pas le « Jugement Dernier » contrairement au reste du monde. Le pays se retrouve tout de même confronté à une autre menace, tout aussi dangereuse et sournoise. Là encore, cela signifie clairement que ni le futur de Malcolm ni le futur d’Eiko ne subsiste, mais qu’un nouveau destin se met en place, un destin dont on ne connaît rien…
« Pas de Destin, juste ce que nous faisons de nous-même » comme disait l’autre…
Au-delà de son audace formelle, l’anime nippon souhaite clairement s’éloigner du récit de John Connor pour mieux tracer sa propre voie. On évoquera bien « un sauveur », figure messianique évoluant au fil du temps, faisant alors référence à Dani Ramos la nouvelle – et ridicule – cheffe de la Résistance humaine présentée dans le douloureux Dark Fate (et plus globalement au bordel scénaristique de la licence) mais en ne se focalisant pas sur cette figure héroïque connue – et trop étriquée désormais – la série japonaise peut se permettre bien plus de choses, tenter des « sorties de route » qui lui permettent de se forger sa propre identité, ses propres péripéties, sa propre histoire.
Maintenant une mise en garde : la série met en scène beaucoup de séquences sanglantes. Elle n’est pas du tout faite pour tous les publics, loin de là ! De nombreux morts surviennent au cours des huit épisodes, avec parfois des plans plus qu’explicites qui à n’en pas douter ne conviennent pas aux plus jeunes esprits. Gaffe donc !
Et autant le préciser également, elle n’est pas non plus pour les réfractaires à la philosophie. Une bonne partie de Terminator Zero est effectivement consacrée aux discussions sur la condition humaine entre Malcolm le chercheur et Kokoro l’intelligence artificielle. Des passages plus verbeux qui clairement ne pourront convenir à tout le monde (dont votre humble serviteur).
Les deux derniers épisodes se focalisent d’ailleurs beaucoup trop sur ces considérations philosophiques, ce qui alourdit tristement ce qui devrait être le climax du show.
Sinon, et malgré l’excellence de la qualité graphique de l’ensemble, on note tout de même des couacs ici et là. Comme des traits de visage pas très détaillés pour des personnages de seconds plans ou surtout des modèles 3D « copier-coller » qui amènent parfois à certaines outrances (les voitures de police, les robots domestiques etc.). Mais soyons honnête cela reste du chipotage car dans l’ensemble on reste nettement au-dessus de la moyenne du monde de l’animation sérielle actuelle.









