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Critique Cinoche : Breaking Bad (Saison 3) – La machine infernale passe à la vitesse supérieure

Après avoir déjà passé au crible les saisons 1 et 2, il était temps pour Mega Force Magazine de retourner à Albuquerque. Et autant le dire immédiatement : la troisième saison de Breaking Bad ne cherche pas à refaire exactement ce qui fonctionnait avant. Elle appuie sur l’accélérateur. Plus de tension, plus de violence, plus de conséquences et quelques scènes capables de vous faire lâcher votre café devant l’écran.

La saison 2 avait placé la barre particulièrement haut avec une construction presque parfaite et un fil rouge remarquablement maîtrisé. La troisième saison prend une autre direction. Elle est plus explosive, plus imprévisible et parfois même plus spectaculaire. En contrepartie, elle perd légèrement de cette mécanique parfaitement huilée. Certains personnages évoluent très vite. Peut-être même un peu trop vite. Mais lorsque Vince Gilligan décide de sortir l’artillerie lourde, difficile de regarder ailleurs.

Et pendant que Walter White tente désespérément de récupérer sa famille, un autre problème vient frapper à sa porte. Enfin, plutôt deux problèmes. Ils sont chauves, silencieux et transportent des haches. Voilà qui devrait suffire à vous faire comprendre que les vacances à Albuquerque vont encore être reposantes.

Walt contre le monde entier

Au début de cette saison, Walter White n’est plus exactement le même homme. Son cancer est en rémission. Il possède désormais suffisamment d’argent pour assurer l’avenir de sa famille. Sauf qu’il a perdu cette fameuse famille.

Skyler sait désormais que son mari est impliqué dans la drogue. Elle le quitte, demande le divorce et lui interdit de revenir à la maison. Walt refuse évidemment de disparaître tranquillement.

C’est tout le paradoxe du personnage. Il affirme constamment agir pour sa famille. Mais plus il veut la protéger, plus il devient dangereux pour elle.

Bryan Cranston continue ici de démontrer pourquoi il est exceptionnel. Walt peut passer de la colère à la vulnérabilité en quelques secondes. Il peut être pathétique dans une scène et terrifiant dans la suivante.

Et parfois, il fait simplement… n’importe quoi.

La scène de la pizza en est le parfait exemple. Après une tentative désastreuse de réconciliation avec Skyler, Walt balance littéralement une pizza entière sur le toit de la maison. Parce que pourquoi pas ? Quand votre mariage est en ruines et que votre épouse refuse de vous parler, jeter une pizza sur le toit semble évidemment être la solution diplomatique.

Skyler change de camp

La véritable surprise de cette saison vient pourtant de Skyler.

Après avoir découvert la double vie de Walt, elle ne se contente plus d’être la femme inquiète qui attend son mari à la maison. Elle commence à prendre des décisions. Elle impose ses limites. Elle cherche à comprendre comment elle peut reprendre le contrôle de sa propre existence.

Anna Gunn gagne énormément en importance et propose une interprétation beaucoup plus forte.

Le problème, c’est que son évolution semble parfois trop rapide. En quelques épisodes, Skyler passe de l’épouse qui découvre l’existence du trafic de drogue à une femme capable de composer avec cette réalité, puis de s’en servir à son avantage.

L’idée est excellente. La progression manque simplement parfois de respiration.

La série aurait peut-être gagné à prendre davantage de temps pour montrer cette transformation. Mais difficile de reprocher à Breaking Bad de vouloir avancer. Cette saison n’a clairement pas envie de rester garée devant la maison.

Jesse cherche encore son identité

De son côté, Jesse Pinkman continue son chemin de croix.

Après la mort de Jane, il revient de désintoxication et tente de remettre sa vie sur les rails. Il achète même la maison de ses parents. Le gamin paumé des premières saisons semble enfin vouloir devenir adulte.

Enfin… presque.

Jesse reste Jesse. Il oscille constamment entre culpabilité, colère, dépendance et besoin de reconnaissance. Son rapport avec Walt devient de plus en plus compliqué. Les deux hommes sont partenaires, amis par moments, ennemis à d’autres.

Aaron Paul est remarquable dans cette saison. Jesse commence à comprendre ce qu’il est devenu. Il finit même par déclarer qu’il est « le méchant ».

Et derrière cette phrase se cache probablement l’un des éléments les plus intéressants du personnage : Jesse veut croire qu’il est mauvais parce que cela lui permet de supporter tout ce qu’il a fait.

Mais est-il réellement mauvais ?

La série prend justement plaisir à ne jamais donner une réponse simple.

Deux types en costume noir

Et puis arrivent les cousins.

Deux personnages quasiment muets. Crâne rasé. Costume impeccable. Regard vide. Marche lente.

On pourrait presque croire qu’ils sortent d’une publicité pour une marque de chaussures particulièrement sinistre.

Ils sont chargés de retrouver Heisenberg. Leur présence apporte immédiatement une nouvelle menace à la série. Mais surtout, elle donne à Hank l’un de ses moments les plus impressionnants.

Après plusieurs épisodes où l’intrigue semblait s’éloigner de lui, Hank se retrouve directement dans la ligne de mire.

Et là, Breaking Bad nous sert « One Minute ».

La scène de l’affrontement est exceptionnelle. Elle arrive presque sans prévenir. La tension monte. Puis tout explose.

Pendant quelques minutes, la série oublie presque Walt et Jesse pour nous rappeler que les conséquences de leurs actes touchent désormais tout le monde.

Hank n’est plus seulement le beau-frère encombrant. Il devient une cible.

Et ça change tout.

Une minute de folie

L’épisode « One Minute » est probablement l’un des sommets de cette saison.

La réalisation est sèche. Violente. Brutale.

On ne sait pas exactement qui va survivre. Et c’est précisément ce qui rend la scène aussi efficace. Les cousins semblent invincibles, mais Hank n’est pas du genre à demander gentiment qu’on lui laisse une seconde chance.

La série avait préparé cette confrontation, mais pas de manière suffisamment évidente pour nous permettre de deviner exactement quand elle allait arriver.

C’est une grande force de cette saison : les explosions narratives ne sont pas systématiquement annoncées trois épisodes à l’avance.

Quand ça tombe, ça tombe.

Et généralement, quelqu’un passe une très mauvaise journée.

Autre grand moment : « Half Measures ».

Mike y raconte à Walt une histoire sur les décisions incomplètes et les conséquences qu’elles peuvent provoquer. Sa fameuse philosophie des demi-mesures résume parfaitement l’évolution de Walt.

Parce que Walt ne fait plus vraiment dans la demi-mesure.

Lorsqu’il comprend que Jesse est menacé, il agit. Et quand il agit, il ne demande pas l’autorisation.

La scène finale est encore une fois totalement folle. Un événement que l’on n’attend pas arrive brutalement et change immédiatement la situation.

C’est ce mélange entre calme et violence qui fait la force de Breaking Bad. La série peut passer plusieurs minutes à parler tranquillement autour d’une table avant de transformer la scène en cauchemar en quelques secondes.

« Fly », l’épisode qui divise

Et puis il y a « Fly ».

L’épisode le plus étrange de la saison. Une bouteille. Un laboratoire. Une mouche. Walt. Jesse. Et beaucoup trop de temps passé à essayer d’attraper un insecte.

Sur le papier, ça ressemble à une mauvaise blague.

En réalité, c’est probablement l’un des épisodes les plus importants de la saison.

Derrière son côté presque comique, « Fly » permet à Walt de laisser apparaître quelque chose qu’il dissimule habituellement : sa culpabilité.

Il évoque notamment le moment où il aurait pu mourir et reconnaît indirectement le poids de la mort de Jane.

La mouche devient alors une sorte de manifestation de son obsession. Walt veut contrôler quelque chose. N’importe quoi. Parce que sa vie entière est en train de lui échapper.

Et pour une fois, il parle.

Pas beaucoup.

Mais suffisamment.

Gus sort les griffes

La saison 3 permet également à Gus Fring de prendre une place beaucoup plus importante.

Et quel personnage.

Calme. Poli. Impeccablement habillé. Toujours posé.

Le genre de type qui vous remercie avant de vous expliquer comment il va vous faire disparaître.

Giancarlo Esposito est formidable dans le rôle. Gus comprend parfaitement le fonctionnement de Walt. Il sait qu’il est talentueux, mais instable. Il veut exploiter son génie tout en gardant le contrôle.

La relation entre les deux hommes devient progressivement une véritable partie d’échecs.

Et lorsqu’un joueur commence à comprendre que l’autre pourrait devenir inutile, les choses deviennent forcément compliquées.

Gale et la fin de l’innocence

Le véritable fil rouge de cette saison apparaît finalement avec Gale.

Au premier regard, Gale semble être l’un des personnages les plus innocents de la série. Un scientifique passionné, discret, cultivé, amoureux de son travail et parfaitement heureux de produire une méthamphétamine de qualité.

Oui, il fabrique de la drogue.

Mais dans sa tête, il ne fait presque rien de mal.

C’est précisément ce qui rend son personnage fascinant.

Gale représente une forme d’innocence dans un univers qui n’en possède presque plus. Il veut croire que son travail est simplement scientifique. Walt, lui, voudrait retrouver une existence où il pourrait cuisiner dans un laboratoire sans devoir tuer qui que ce soit.

Mais cette époque est terminée.

Lorsque Jesse tue Gale, quelque chose se brise définitivement.

Gale n’est pas seulement une victime supplémentaire. Il représente ce que Walt aurait aimé devenir : un scientifique brillant, respecté, capable de travailler dans un laboratoire moderne sans se salir les mains.

En faisant tuer Gale, Walt perd également cette illusion.

Et là, Breaking Bad frappe très fort.

Plus violent, moins parfait

Alors, cette saison est-elle meilleure que la deuxième ?

Personnellement, non.

La saison 2 possède une cohérence et une maîtrise du rythme exceptionnelles. La troisième saison est plus spectaculaire, plus ambitieuse et certainement plus impressionnante sur certains épisodes, mais elle donne parfois l’impression de courir après ses propres idées.

L’évolution de Skyler est un bon exemple. Celle de Jesse également.

Mais le gain en intensité est énorme.

Les scènes d’action sont plus marquantes. Les personnages secondaires prennent de l’épaisseur. Mike, Gus, Hank et Saul deviennent de véritables éléments centraux de l’univers.

Et surtout, la série ose prendre des risques.

Elle peut consacrer un épisode entier à une mouche. Puis nous offrir l’une des scènes les plus violentes de la saison quelques épisodes plus tard.

C’est ça, Breaking Bad.

Une série capable de passer du rire au malaise en quelques secondes.

DCX [Directeur de Publication]
Que la Méga Force soit avec vous !!!

CONCLUSION DU SCHMURZ

La troisième saison de Breaking Bad n'est peut-être pas aussi parfaitement construite que la deuxième, mais elle prouve une chose : la série est désormais capable de changer de vitesse sans perdre son identité. Walt devient de plus en plus inquiétant. Jesse cherche désespérément à comprendre qui il est. Skyler entre véritablement dans le jeu. Hank découvre que la menace est beaucoup plus proche qu'il ne l'imaginait. Et pendant ce temps, Gus avance ses pions avec le calme d'un joueur d'échecs qui sait déjà comment la partie va se terminer. La saison 3 est donc moins chirurgicale que la précédente, mais beaucoup plus explosive. Elle contient plusieurs des scènes les plus mémorables de toute la série et prépare un affrontement qui ne demande qu'à devenir encore plus violent. Une saison exceptionnelle. Pas parfaite. Mais suffisamment brillante pour rappeler que, lorsqu'on pense avoir compris où va Breaking Bad, la série adore nous envoyer une pizza sur le toit.
97
%
MEGAHIT DE LA REDAC
LES PLUS
  • Bryan Cranston, toujours exceptionnel
  • Aaron Paul gagne encore en puissance
  • L'arrivée au premier plan de Gus et Mike
  • Des scènes d'action mémorables
  • « One Minute » et « Half Measures »
  • L'excellent épisode « Fly »
  • Une tension permanente
  • Une fin de saison particulièrement forte
  • Une réalisation toujours aussi inventive
LES MOINS
  • Certaines évolutions de personnages paraissent trop rapides
  • Le rythme est parfois moins maîtrisé que celui de la saison 2
  • Quelques intrigues donnent l'impression de devoir être résolues rapidement
  • Skyler aurait mérité davantage de temps pour évoluer naturellement

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