Speedy court-il vraiment assez vite pour convaincre ?
Sorti en Europe en 1995 sur Master System, Cheese Cat-Astrophe Starring Speedy Gonzales fait partie de ces jeux qui arrivent à un moment particulier dans la vie d’une console. Alors
que la Mega Drive est déjà bien installée et que les machines 32 bits commencent à attirer les regards, la petite 8 bits de SEGA continue pourtant de recevoir des titres capables de démontrer qu’elle a encore de beaux arguments à faire valoir.
Avec un héros aussi populaire que Speedy Gonzales, Cryo Interactive avait entre les mains une licence idéale pour proposer un grand jeu de plateforme.
La souris la plus rapide du Mexique semblait naturellement destinée à un gameplay basé sur la vitesse, les réflexes et la nervosité. Pourtant, Cheese Cat-Astrophe prend une direction différente.
Ici, il ne suffit pas de foncer vers la sortie.

Chaque niveau demande d’explorer les décors, de retrouver des clés, de libérer des souris capturées et d’éviter les nombreux pièges laissés par Sylvestre.
Un choix surprenant qui donne au jeu une identité particulière, mais qui pose également une question importante : peut-on proposer un bon jeu avec Speedy Gonzales sans réellement mettre la vitesse au centre de l’expérience ?
Des couleurs dignes d’un cartoon
Dès les premières secondes, Cheese Cat-Astrophe impressionne par sa fidélité à l’univers des Looney Tunes. Speedy Gonzales est immédiatement reconnaissable, avec des animations expressives qui retranscrivent parfaitement le caractère du personnage.
Cryo Interactive a clairement fait attention à ne pas simplement utiliser une licence célèbre : le jeu cherche à retrouver l’esprit du dessin animé.
Les sprites sont grands, colorés et particulièrement réussis pour une Master System.

Les différents environnements proposent suffisamment de variété pour éviter la monotonie, avec des décors vivants qui fourmillent de petits détails.
La lisibilité de l’action est également très bonne. Même lorsque plusieurs ennemis ou éléments apparaissent à l’écran, on comprend rapidement ce qui se passe. Un point important sur une
console où l’espace d’affichage reste limité.
On pourra simplement regretter un manque d’ambition dans certains décors qui restent parfois assez classiques. La Master System montre ici une belle maîtrise technique, mais sans atteindre les sommets des meilleures productions de la console.
Speedy est plus vivant que jamais
C’est probablement l’un des plus grands points forts du jeu.
Speedy Gonzales bénéficie d’une animation particulièrement réussie. Sa manière de courir, ses déplacements et ses réactions donnent vraiment l’impression de contrôler un personnage
issu directement des cartoons Warner.
Les ennemis profitent également d’animations soignées et les différentes situations renforcent le côté vivant de l’aventure.

Le travail réalisé est d’autant plus appréciable que Cheese Cat-Astrophe sort à une époque où beaucoup de jeux sous licence se contentent souvent du minimum. Ici, chaque mouvement
contribue à donner de la personnalité au jeu.
Quelques animations restent cependant limitées par les capacités de la machine, mais l’ensemble demeure largement au-dessus de la moyenne des jeux de plateforme Master
System.
Une souris qui répond au doigt et à l’œil
La prise en main est immédiate. Speedy répond rapidement aux commandes et les déplacements sont agréables dès les premières minutes.
Le personnage saute avec précision et l’action reste toujours contrôlable, ce qui est essentiel dans un jeu de plateforme. L’attaque avec les sombreros apporte également une petite touche
stratégique en permettant d’éliminer certains ennemis à distance.
Cependant, c’est ici que le principal paradoxe du jeu apparaît, Speedy Gonzales est censé être un personnage rapide, mais Cheese Cat-Astrophe encourage davantage l’exploration que la vitesse.
Le joueur doit régulièrement ralentir, chercher des éléments cachés et revenir sur ses pas.

Ce choix n’est pas mauvais en soi, mais il peut surprendre les joueurs qui attendaient une aventure plus proche d’un Sonic.
Quelques collisions approximatives viennent également légèrement ternir l’expérience, notamment lors des passages plus techniques.
Une ambiance sonore qui accompagne l’aventure
La partie sonore accompagne correctement l’aventure sans véritablement marquer les esprits.
Les musiques respectent l’ambiance légère et humoristique de l’univers Looney Tunes. Elles apportent une bonne énergie aux différents niveaux et correspondent bien au personnage.
Les bruitages remplissent leur rôle, même s’ils restent assez classiques pour une production Master System.
La bande-son bénéficie également d’une particularité intéressante : elle est composée par David de Gruttola, qui deviendra plus tard connu sous le nom de David Cage dans l’industrie
du jeu vidéo.
Malgré cela, les compositions restent davantage efficaces qu’inoubliables. Elles accompagnent l’action mais ne rejoignent pas les grands thèmes mémorables de la ludothèque
SEGA.
Un jeu qui mérite qu’on lui donne sa chance
C’est probablement le critère le plus difficile à juger pour Cheese Cat-Astrophe.
Le jeu possède de nombreuses qualités : une réalisation solide, un personnage attachant et une vraie volonté de proposer autre chose qu’un simple jeu de plateforme classique.
Mais son principal problème vient directement de son concept.
En choisissant de privilégier la recherche et l’exploration, Cryo Interactive propose une aventure qui ne correspond pas
forcément à l’image que l’on se fait de Speedy Gonzales.
Les joueurs qui accepteront cette approche découvriront un titre agréable et assez original.
Ceux qui espéraient une course effrénée risquent en revanche de rester sur leur faim.
Avec une durée de vie correcte et une progression suffisamment variée, Cheese Cat-Astrophe reste néanmoins une expérience intéressante, particulièrement pour les amateurs de Master
System et les collectionneurs de jeux sous licence.
Speedy Gonzales manque parfois de vitesse
Certains passages demandent trop d’allers-retours
Quelques problèmes de collision
Une bande-son efficace mais peu mémorable

