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TEST : Grandia – La licence référence ?

Mérode
Amateur de Rpg et de tout ce qui dispose de près ou de loin d'une barre d'expérience et d'un scénario. Fasciné également par la Jap'anim de l'ancien temps, où les celluloïds s'agitaient devant une caméra pour raconter des histoires.

Découvrir le bout du monde, explorer des cités cyclopéennes érigées par des civilisations oubliées et disparues, comprendre les mystères du passé… Bien des questions taraudaient jadis les explorateurs et les auteurs du XIXe siècle. Parvenus jusqu’à nous, des récits tels que les écrits de Jules Verne ont inspiré de nombreux créateurs, et le Japon n’est pas resté insensible à cette littérature. C’est sous cette influence que sont nés Le Château dans le ciel de Hayao Miyazaki ou encore Nadia, le Secret de l’eau bleue des studios Gainax. Ces mêmes studios ont tenté, au début des années 90, de s’imposer dans le milieu du jeu vidéo avec des titres comme Götzendiener ou encore Alisia Dragoon.

Alisia Dragoon, jeu d’action-plates-formes sorti en 1992, est le fruit de la collaboration entre Gainax et un studio du nom de Game Arts. C’est donc assez logiquement que Game Arts a également orienté ses productions vers ces influences, d’abord avec Lunar: The Silver Star et Lunar 2: Eternal Blue, puis, en 1997, avec Grandia. C’est sur ce RPG emblématique de la génération 32 bits, et plus particulièrement sur sa version Sega Saturn, que nous allons porter notre attention.

Grandia intro screen

Jusqu’au bout du monde et même au delà

Le rêve de Justin est de devenir aventurier. Il vit avec sa mère, une ancienne pirate devenue tenancière d’une auberge dans une ville portuaire. Son père, qui était un ancien explorateur, est quant à lui décédé. Toujours prêt à s’aventurer dans des endroits empreints de mystère, c’est avec son amie Sue qu’il se lance dans l’exploration d’anciennes ruines situées près de leur ville natale. Ces vestiges constituent également le centre d’intérêt de l’Empire de Garlyle, une puissante organisation militaire qui cherche à percer les secrets de la civilisation d’Angelou. Selon la légende, cette dernière serait capable d’apporter prospérité et évolution au monde. Évidemment, cette soif de connaissances va également éveiller la curiosité de notre aventurier aux cheveux roux, qui décide de quitter son pays pour partir à la découverte du bout du monde.

Le bout du monde, là où se dresse un immense mur dont on raconte que personne n’a jamais réussi à le franchir. Mais avant d’atteindre cette destination, le voyage commence par une traversée en bateau, et d’aventuriers, Justin et Sue passent au rang de grouillots, chargés de laver le pont du navire. C’est au cours de cette traversée que la vie du jeune homme va radicalement changer, puisqu’il fait la rencontre du personnage le plus emblématique, et probablement le plus réussi et le plus touchant du jeu : Feena. Cette jeune fille au tempérament de feu, vêtue d’une tenue inspirée des peuples amérindiens, est une aventurière chevronnée. C’est véritablement à partir de ce moment, après quelques heures de jeu, que débute un voyage merveilleux pour ces deux adolescents, destinés à vivre une épopée inoubliable.

Grandia screen 04

Les mystères oubliés

L’univers de Grandia est un mélange de mystique et de technologie. Il est constitué de diverses machines, certaines à vapeur circulant sur des rails et d’autres capables de voler. Les villes sont souvent bâties en pleine nature, et les rapports entre l’homme et son environnement oscillent entre conflit et harmonie, selon les lieux visités. On y retrouve ainsi des structures très anciennes côtoyant des machines inspirées de la Révolution industrielle, chères à Hayao Miyazaki. Le duo Justin-Feena rappelle beaucoup celui formé par Nadia et Jean dans la série de Gainax, et la quête initiatique de ces deux jeunes aventuriers est teintée d’animisme et de questionnements écologiques, à la manière du Château dans le ciel. Le scénario de Grandia est cependant un peu plus enfantin dans son ton et ne possède pas forcément la même résonance ni la même profondeur émotionnelle que les productions du Studio Ghibli ou de Gainax. Cela s’explique aussi par le fait que Game Arts, à cette époque, ne disposait pas encore des artifices de mise en scène propres à l’animation, ou alors en quantité très limitée. En effet, le jeu est entrecoupé de quelques scènes animées et de séquences en 3D, mais elles restent rares et servent principalement à présenter des plans larges ou à mettre en valeur certains décors.

Cependant, le jeu est sincère et, puisqu’il ne peut de toute façon pas, compte tenu de son époque et des contraintes technologiques, prétendre à la même puissance de mise en scène, il s’illustre autrement, souvent avec beaucoup d’intelligence. De magnifiques panoramas sont dévoilés à des moments clés de l’aventure et créent un véritable impact au fil de la progression. Quelques séquences de gameplay particulièrement marquantes, ainsi que des affrontements contre des boss parfaitement amenés, servent également à raconter certains événements, notamment lors de moments de tension comme la chute d’un vaisseau ou la séparation du groupe. Sans dévoiler une intrigue qui mérite d’être découverte tout au long de cette aventure riche en rebondissements, il faut souligner que Grandia bénéficie d’un scénario solide et bien construit. Malgré quelques longueurs à mi-parcours, ce RPG s’envole vers un dernier quart particulièrement intense et prenant, où l’attachement du joueur au duo Justin-Feena sera véritablement mis à l’épreuve.

Grandia paysage 01

Un voyage sans retour

Dans sa progression, Grandia est un RPG assez linéaire et dirigiste. Si les zones d’exploration sont, de manière générale, assez vastes dans les environnements extérieurs et complexes dans les différents dédales intérieurs, l’aventure, elle, est dictée par le rythme du scénario. Lors de votre départ d’un continent, ou même d’une région, la possibilité de revenir en arrière est souvent quasi nulle et, lorsque le jeu le permet, ce n’est que de manière temporaire. Chaque coffre ou objet laissé derrière vous est, dans la grande majorité des cas, perdu à jamais. Il est donc recommandé de fouiller le plus possible chaque lieu. La carte du monde n’est pas non plus librement explorable en fin de partie et, une fois entré dans le dernier acte du jeu, tout retour en arrière devient quasiment impossible. Un parti pris assez radical en matière de game design, mais qui reste logique au regard du rythme narratif. Il est également évident que des contraintes techniques entrent en jeu, une bonne moitié de l’aventure tenant sur le premier CD.

Grandia screen 01

Combats, équipe et figurants

Le système de combat est, quant à lui, très agréable et offre de belles sensations. Une fois dans la zone d’affrontement, une barre de progression affiche les icônes représentant les protagonistes engagés dans le combat, alliés comme ennemis. C’est la gestion de votre positionnement sur cette barre, votre capacité à repousser les actions des adversaires en plaçant les bonnes attaques, ainsi que le choix du bon moment pour vous défendre face à une charge inévitable, qui seront les clés d’une victoire facile. Cet aspect rend les affrontements particulièrement tactiques. Il introduit des phases de charge pouvant être aussi dévastatrices pour vous que pour vos adversaires. Si le jeu est solide grâce à un système de combat riche, offrant une belle diversité d’actions, la caméra est, en revanche, moins convaincante lors des affrontements. Elle secoue énormément à cause de zooms et de dézooms intempestifs. Le jeu propose également un grand nombre d’armes différentes, chacune possédant ses propres avantages et inconvénients face à certains monstres. Le système de magie repose, quant à lui, sur le schéma classique des quatre éléments.

Ces dernières doivent cependant être utilisées régulièrement afin de gagner des niveaux et de devenir plus puissantes. Leur utilisation permet également d’apprendre de nouveaux sorts toujours plus efficaces. Le maniement des armes est, lui aussi, important et dispose de son propre système de progression. Plus vous les utilisez, plus leur niveau augmente, débloquant ainsi de nouvelles techniques spéciales. Un élément intéressant, mais qui pousse également au farm. Le point le plus décevant du jeu reste toutefois la gestion très verrouillée de son casting. Si, au cours de l’aventure, vous pourrez incarner un total de huit personnages, l’équipe, composée de quatre membres, est systématiquement imposée par le jeu. La dernière partie aurait pourtant pu, sans bouleverser le scénario, permettre de choisir au moins trois des quatre personnages restés en retrait au fil de l’aventure. Mais l’équipe finale est imposée, laissant une partie du groupe dans un simple rôle de figurant. Un choix de game design assez décevant.

Grandia combat 01

Progression et pièges

Si Grandia dispose d’un système de combat vraiment passionnant, il a aussi pour lui de procurer un véritable sentiment de mérite et de progression au fil de l’aventure. La maniabilité durant les phases d’exploration, sans être désagréable, n’est quant à elle pas toujours facilitée par une caméra, encore une fois, un peu rudimentaire et par des environnements intégralement en 3D qui se ressemblent parfois un peu trop (le jeu date tout de même de 1997). Il n’est donc pas toujours simple de repérer d’où l’on vient ni où il faut aller. Cependant, on finit par s’y habituer et ce n’est finalement pas si gênant. L’autre élément, beaucoup plus casse-pieds, réside dans l’aggro des ennemis, c’est-à-dire le système de rencontre et de déclenchement des combats. Ces derniers sont visibles à l’écran, ce qui évite les affrontements aléatoires. Un choix très appréciable, d’autant qu’ils ne réapparaissent plus une fois éliminés, ou seulement après avoir quitté la zone pendant un certain temps.

Cependant, ils sont souvent regroupés par trois ou quatre et, si vous en touchez un, le combat s’engage immédiatement. Une fois celui-ci terminé, les autres monstres continuent de tourner autour de vous. Après chaque affrontement, vous bénéficiez de quelques secondes d’invincibilité. Si celles-ci sont, sur le papier, censées être salvatrices, elles deviennent souvent la source de nombreux problèmes. En effet, les monstres qui vous repèrent se lancent immédiatement à votre poursuite et, le tout n’étant pas toujours très lisible, il arrive fréquemment qu’ils vous attaquent et vous piègent si vous vous dirigez dans la mauvaise direction ou si vous passez à travers leur trajectoire. Le statut « Piège » a alors pour conséquence de vous faire subir une charge parfois très violente dès le début du combat. Cet élément, présent durant toute l’aventure, peut rapidement devenir agaçant. Pour finir, malgré un inventaire un peu étroit et un bestiaire un tantinet limité, les menus sont simples, lisibles et très bien habillés par une belle iconographie.

Grandia screen 02

Un jeu visuellement impressionnant pour son temps et à la bande son audacieuse

D’un point de vue technique, Grandia est un jeu de 1997 et, en ce sens, il a marqué son époque. Face à Final Fantasy VII, le RPG de Game Arts a fait honneur à la Saturn grâce à son univers riche, sa réalisation portée par de nombreuses scènes marquantes et ses séquences animées colorées. Le chara-design est élégant, coloré, et les différents personnages sont réussis tout en paraissant vivants. Ils sont entièrement animés en 2D, leurs sprites bénéficient d’animations très fluides et s’intègrent parfaitement à une 3D plutôt réussie, qui conserve encore aujourd’hui beaucoup de charme. Les nombreuses textures travaillées, dont le rendu rappelle les décors des dessins animés, apportent énormément de cachet au jeu.

Si le jeu original a indiscutablement vieilli dans sa version native et que le lissage permet de mieux s’adapter aux résolutions actuelles des téléviseurs, le résultat reste néanmoins parfois grossier et manque cruellement de polissage. La résolution des différentes cinématiques a, elle aussi, été réadaptée aux standards actuels. L’avantage majeur de cette version, au-delà d’une refonte visuelle perfectible mais malgré tout bienvenue, surtout si l’on ne dispose pas d’un téléviseur CRT ou d’un bon émulateur, reste la possibilité d’y jouer officiellement avec les voix japonaises tout en profitant de la traduction française, qui est, elle aussi, celle d’époque et demeure assez approximative. Un portage donc assez décevant.

Grandia art 01

Un mot sur la HD Collection

Avant de conclure, quelques mots sur la version retravaillée sur Switch et PC. Autant le dire, cette dernière est en demi-teinte et ne rentrera pas en compte dans la notation du titre. Cependant, il est important de préciser qu’on y décèle pas mal de bugs de textures, des sprites coupés en deux, comme on peut le voir sur certains jeux mal émulés, ou encore des voix qui passent de l’anglais au japonais pendant les combats, et ce malgré la langue sélectionnée dans les options. Le jeu aurait également gagné à être plus fluide, et le choix d’activer ou non le filtre de lissage aurait dû être laissé au joueur, tant le rendu est parfois discutable.

AVIS DE LA REDAC

En guise de mot de la fin, Grandia est donc un classique de la Saturn, un jeu riche et agréable malgré une certaine linéarité dans la progression et l'agencement de son équipe. Ce Rpg de la fin des années 90 au système de combat fort intelligent, est porté par l'inspiration de ses créateurs pour des œuvres cultes de la Jap'anim, étant elles-mêmes inspirées d'une branche riche de la littérature occidentale. Le voyage en compagnie de Justin et Feena est encore aujourd'hui une aventure dépaysante, magique et Grandia reste un jeu étendard de son support d'origine la Saturn et apporte sa pierre à l'édifice des grands RPG des années 90.

CONCLUSION DU SCHMURZ

Son
90
%
Graphisme
90
%
Animation
90
%
Maniabilité
95
%
Intérêt
95
%
Son
90
%
Graphisme
90
%
Animation
90
%
Maniabilité
95
%
Intérêt
95
%
LES PLUS
  • Une direction artistique unique
  • Un récit simple et touchant
  • Un système de combat solide
  • Le dernier quart de l'aventure
LES MOINS
  • Une traduction française perfectible
  • Une équipe imposée
  • Vraiment très dirigiste
92
%
MEGAHIT DE LA REDAC

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