En 1996, Bandai fait entrer Dragon Ball Z dans une nouvelle génération de consoles avec un jeu de combat pensé pour miser sur le spectacle. Au Japon, le titre sort sur PlayStation et Sega Saturn, deux machines capables de donner plus d’ampleur aux affrontements, aux attaques spéciales et à l’ambiance explosive de la série.
Mais en Europe, le parcours du jeu devient plus singulier. La version PlayStation reste réservée au marché japonais, tandis que les joueurs occidentaux doivent se tourner vers la Sega Saturn. En France, le jeu arrive sous le nom Dragon Ball Z Legends, un titre qui parlera immédiatement aux fans de l’époque, surtout dans un contexte où la console de SEGA cherchait encore à défendre sa place face à la machine de Sony.
Cette sortie française a aussi un vrai argument : une traduction intégrale en français. Dans les années 90, ce n’était pas encore systématique, surtout pour les adaptations venues du Japon. Pouvoir naviguer dans les menus et comprendre les textes sans barrière de langue donnait au jeu une accessibilité précieuse, notamment pour un public jeune déjà bercé par les aventures de Son Goku et de ses compagnons.
C’est justement cette combinaison qui rend Dragon Ball Z Legends intéressant à replacer dans son époque : un jeu disponible officiellement en France, uniquement sur Sega Saturn, avec une localisation complète et une licence déjà culte. Plus qu’une simple adaptation de plus, il représente aussi un petit morceau de l’histoire européenne de Dragon Ball Z sur consoles.
Fighting Powaa !
Commençons donc par l’aspect le plus déroutant du titre, à savoir le gameplay, qui rompt radicalement avec la jouabilité traditionnelle des jeux de baston.
En effet, vous aurez beau frapper votre adversaire avec acharnement, sa jauge de santé ne bougera pas d’un millimètre. Mais vos ennemis ne seront pas invincibles pour autant, puisque les attaquer fera varier une jauge appelée Power Balance, située en bas de l’écran.
Si vous parvenez à rendre cette jauge entièrement bleue, votre personnage déclenchera une Meteor Attack, différente selon le protagoniste que vous aurez choisi (elle sera sélectionnée aléatoirement parmi celles disponibles pour ce personnage). Cette attaque, totalement imparable, aura pour effet d’entamer la jauge de vie de l’adversaire.
Seulement, soyez prudent, car votre ennemi peut très bien rendre la jauge complètement rouge s’il vous a porté davantage de coups et ainsi vous envoyer au tapis.
Pour remplir votre jauge, vous disposerez de tout un panel de coups spéciaux et d’enchaînements d’une vitesse tout à fait remarquable.
Ce principe fondamental du jeu a ses détracteurs, mais aussi de fervents défenseurs. Certains diront qu’il est dommage d’avoir abandonné la jouabilité parfaite des opus sortis sur Super Nintendo, mais, à titre personnel, je trouve que ce nouveau système retranscrit parfaitement le dynamisme des combats de l’anime ainsi que le rapport de puissance entre les différentes attaques.
En effet, vous verrez rarement dans le manga un combattant succomber à un simple coup de poing (à l’exception de l’incontestable champion Hercule Satan), contrairement à ce que l’on retrouve dans des jeux comme les Budokai ou les Budokai Tenkaichi.
Autre particularité totalement inédite : certains combats ne se déroulent pas en un contre un, mais voient plusieurs antagonistes s’affronter simultanément à l’écran. Encore une fois, cela renforce la fidélité du jeu par rapport à l’œuvre d’origine, car ce type d’affrontement est très fréquent dans le manga.
Vous contrôlez alors un personnage tandis que les autres sont dirigés par la console. Libre à vous, toutefois, de switcher à tout moment entre les différents protagonistes, ce qui est fortement conseillé lorsque le héros que vous contrôlez se retrouve en grande difficulté.
Pour ce qui est de la jouabilité de base, elle est on ne peut plus simple : une touche pour effectuer une attaque au corps à corps, une pour parer, une pour lancer des boules d’énergie (que vous pouvez envoyer en rafale en maintenant le bouton correspondant enfoncé) et une pour recharger votre barre de ki. Et du ki, vous allez en avoir besoin, puisque le moindre mouvement en consomme, même un simple coup de poing.
Vous êtes en mesure de combiner ces différents boutons avec les touches directionnelles afin d’effectuer des enchaînements dignes de l’anime, en rouant votre adversaire de coups avant de le projeter dans les airs pour le poursuivre et continuer à le frapper.
Vous disposez également de toute une panoplie d’esquives et d’autres mouvements défensifs qui vous permettront de vous sortir de n’importe quelle mauvaise situation, à condition de savoir les utiliser.
La gâchette gauche, quant à elle, sert à changer de personnage, tandis que la droite permet de cibler un guerrier en particulier lorsque plusieurs combattants sont présents à l’écran.
Au niveau des déplacements, il faut appuyer sur la touche haut de la croix directionnelle pour se rapprocher de son adversaire et sur la touche bas pour s’en éloigner. On peut d’ailleurs regretter que les développeurs n’aient pas jugé bon d’exploiter les touches gauche et droite afin de permettre des déplacements libres dans l’espace en 3D, par exemple.
Vous pouvez toutefois profiter de cette 3D en activant votre aura, qui vous permet de vous déplacer beaucoup plus librement et rapidement. Attention cependant, car cette capacité consomme énormément de ki.
Autre petit bémol à signaler : les combats à trois contre trois sont extrêmement confus et brouillons, au point d’être parfois difficilement jouables, tant il est compliqué de distinguer son propre personnage.
Malgré cela, ce gameplay original se montre convaincant et témoigne d’une réelle volonté d’innover de la part des développeurs.

La puissance du contenu
C’est la fête, il y a du monde puisqu’il n’y a pas moins de 35 personnages jouables. Pour les débloquer, rien de plus simple : il suffit d’avancer dans le mode Histoire.
Pour les plus curieux, voici la liste : Goku (normal, Super Saiyan, Super Saiyan 3), Gohan enfant (normal, Super Saiyan), Gohan adolescent (normal, Super Saiyan), Goten, Piccolo (Satan Petit Cœur), Krilin, Trunks enfant, Trunks adolescent, Gotenks, Vegeta (normal, Super Saiyan, Majin), Nappa, Ginyu, Jeice, Barta, Recoome, Guldo, Freezer, C-16, C-17, C-18, C-19, C-20 (Dr Gero), Perfect Cell, Cell Jr., Dabra, Boo (Majin, Super, Kid) et enfin Vegetto.
Le jeu propose un mode Histoire, qui permet de revivre la saga, un VS Battle (seul contre le CPU, à deux joueurs ou CPU contre CPU), ainsi qu’un SP Battle regroupant 30 combats spéciaux avec des personnages imposés, mode débloqué une fois le mode Histoire terminé.
On peut simplement regretter, dans le mode deux joueurs, la gestion parfois difficile des équipes de trois combattants, les affrontements basculant rapidement vers du un contre un. Mais le principal défaut du mode Versus reste la fidélité du jeu à la saga : la puissance des combattants est identique à celle de l’œuvre originale et il n’existe aucun équilibrage. N’espérez donc pas venir à bout de Kid Boo avec Gohan enfant, par exemple.

La différence entre les versions Sega Saturn et PlayStation
Les deux versions peuvent sembler similaires au premier abord. Cependant, il n’en est rien !
Techniquement, la version PlayStation est supérieure sur le plan graphique, mais la Saturn possède un avantage considérable : le dynamisme. Tout va plus vite, les combos s’enchaînent et les combats sont particulièrement intenses. Cela confère au jeu une dimension plus agréable et bien plus fidèle à la série.
Cette version signée Sega offre ce que les fans attendaient le plus à l’époque : l’envie d’y être, de rejoindre Son Goku et ses amis au cœur de la bataille.
Chaque attaque, mais surtout chaque impact, se ressent lorsque l’on projette un ennemi au sol. On a vraiment l’impression de lui avoir infligé de lourds dégâts.
Du côté de la bande-son, le résultat est positif. En effet, si les musiques ne sont hélas pas les véritables thèmes du dessin animé, elles ont au moins le mérite de parfaitement rythmer l’action et de rester dans un registre adapté à l’œuvre de Toriyama.
Les bruitages sont, quant à eux, directement issus de l’anime et raviront les oreilles des fans.
Enfin, saluons le choix de Bandai d’avoir conservé les magnifiques voix japonaises au lieu de les remplacer par d’horribles voix anglaises, comme dans certains jeux relativement récents.
Nous sommes donc ici en présence d’une bande-son de grande qualité, qui ne pourra que vous satisfaire.
Une durée de vie basique mais suffisante
Ce mode Histoire vous prendra, au total, environ sept heures, ce qui peut paraître peu. Cependant, il y a fort à parier que vous le referez volontiers si vous êtes fan de l’anime.
Au fil de vos victoires, vous débloquerez une véritable avalanche de personnages, puisqu’ils seront 35 au total en comptant les différentes transformations (Ultimate Battle 22 est bien loin derrière avec ses 27 personnages !). Certains d’entre eux sont particulièrement inhabituels, comme les cinq membres du Commando Ginyu, tous jouables, ou encore l’ensemble des cyborgs, du n°16 au n°20.
Deux autres modes de jeu sont également disponibles. Le mode Versus vous permet de combattre le CPU, l’un de vos amis ou simplement de regarder l’IA s’affronter.
Cependant, l’aspect brouillon des combats à trois contre trois vous poussera rapidement à abandonner cette possibilité, réduisant ainsi une grande partie de l’intérêt des parties à deux.
Il est intéressant de remarquer que, contrairement à un Budokai, ce système de jeu demande un véritable temps d’adaptation. Ce défi est donc particulièrement intéressant à relever, mais il s’adresse avant tout aux joueurs les plus acharnés.
Une fois le mode Histoire terminé, vous débloquerez le SP Battle, qui viendra encore prolonger la durée de vie du titre.
Malheureusement, les combats deviennent assez vite répétitifs (frapper, frapper, déclencher sa super-attaque, frapper…) et pourront lasser certains d’entre vous, qui finiront par ranger ce jeu bien au chaud dans leur placard, en regrettant d’avoir acheté un titre bourrin de plus.


