Black/Matrix, Tactical RPG développé par Flight Plan et publié par NEC Interchannel, est un jeu qui a pour le moins bénéficié d’une sortie étrange puisqu’il débarque sur Sega Saturn, le 26 août 1998, dans un premier temps uniquement en vente par correspondance.
Suite au bon accueil réservé au titre, une deuxième édition emprunte cette fois la voie classique des magasins et s’installe dans les rayons des revendeurs de jeux vidéo de l’archipel nippon (où le titre est encore exclusif à ce jour), affublée d’une jaquette différente.
Plus tard, le 30 septembre 1999, pour être exact, une version Dreamcast nommée Black/Matrix Advanced voit le jour avec de nombreux changements, dont certains pouvant s’apparenter à de la censure ou, tout du moins, à un allègement évident de certains détails caractéristiques de Black/Matrix. Cette version bénéficie également d’une refonte visuelle des portraits et des dialogues des personnages lors des scènes scénarisées.
À noter enfin l’existence d’une version PlayStation, qui débarque quant à elle aux alentours de l’année 2000.
Une longue descente au enfer
L’histoire et le contexte de Black/Matrix sont pour le moins originaux et ont de quoi surprendre avec cette étonnante réappropriation de toute une symbolique biblique, créant de fait un univers unique. À ces nombreuses références vient se greffer un univers visuel gothique, soutenu par un chara-design très années 80-90 jouant avec les codes de l’apocalypse céleste.
Au cours d’une guerre passée, Méphistophélès (l’un des nombreux noms donnés au diable) terrasse Dieu et instaure un nouvel ordre, celui des anges noirs. Les anges blancs sont quant à eux condamnés à un triste destin : celui d’être réduits en esclavage. Dans Black/Matrix, vous incarnez le jeune Abel, un ange aux ailes blanches retrouvé inconscient et amnésique par une jolie jeune femme appartenant au clan adverse. L’identité de cette dernière dépend d’ailleurs de votre choix effectué au début de l’aventure.
S’ensuit une phase de rééducation de notre berger gothique (Abel étant berger dans la Bible) prenant la forme de plusieurs mini-jeux consacrés à la lecture, au travail et à la pêche. Vous serez ensuite emmené de force en prison par les autorités locales pour avoir commis l’un des sept péchés capitaux : l’amour.
Derrière les barreaux débute alors une longue phase d’enfermement dans les geôles lugubres de la cité de Golgoda. Seul et loin de la chaleur de votre bien-aimée, vous ferez la connaissance de Rebrobus et Gaius. Vous rencontrerez également Yohane, un prêtre déchu aux ailes noires, ainsi que Pilipo, après que celui-ci eut été roué de coups par les gardes de la prison.
De ces alliances naissantes et de cette ambiance particulièrement dure et singulière se construira votre inévitable évasion de ce trou à rats. Une fuite qui deviendra le véritable point de départ de votre longue épopée.
Du sang frais !
Comme tout bon Tactical RPG classique, vous évoluez au tour par tour sur une grille en plan fixe, sans possibilité de rotation de la caméra. Nous sommes ici purement dans le style de la série Summon Night sur PlayStation. Une fois sur le champ de bataille, il faudra bien sûr éliminer vos adversaires, mais également dépouiller leurs cadavres afin de récupérer leur sang. Une mécanique indispensable, sans laquelle vous aurez bien du mal à terminer un combat.
Mais pourquoi ? Et surtout, que faire de tout ce sang ? À la fin de chaque affrontement, une note vous est attribuée. Celle-ci détermine la quantité de sang récoltée, comptabilisée sous la forme de points appelés Blood Points. C’est uniquement par l’intermédiaire de ce système que transitent les principales actions de combat. Ces points doivent être répartis au début de chaque bataille afin de vous permettre de lancer des sorts, des invocations et d’utiliser les nombreuses mécaniques proposées par le jeu. Vous aurez notamment la possibilité d’imprégner vos armes de sang afin de débloquer des attaques spéciales appelées Talents.
Concernant l’équipement des personnages sur le terrain, on retrouve les grands classiques du genre avec des épées, des arcs, des fléaux, des haches, des dagues ou encore des baguettes de sorcier. Pour la défense, le jeu met également à votre disposition toute une panoplie d’objets permettant d’équiper vos personnages de la tête aux pieds. Ces équipements pourront être récupérés sur les champs de bataille ou achetés dans les différents villages traversés au cours de votre aventure.
Dans ces localités, vous pourrez également vous adresser à une étrange figure de prêtre vêtu d’une soutane noire afin d’accéder à des combats annexes. Une excellente manière d’améliorer les statistiques de votre équipe en dehors des affrontements principaux. En résumé, Black/Matrix nous propose un gameplay plus riche et plus original qu’il n’y paraît, articulé autour de dix chapitres particulièrement généreux, débouchant sur cinq fins différentes selon la jeune femme choisie au début de l’aventure. À noter également la présence de deux niveaux de difficulté, Normal et Advanced, qui renforcent considérablement la rejouabilité du titre. En mode normal, comptez entre 20 et 30 heures de jeu pour venir à bout de cette étonnante épopée.
Un visuel d’enfer !
Black/Matrix
, c’est un concept construit autour du sang, mais aussi un univers particulièrement singulier, flirtant avec le style gothique grâce à une atmosphère sombre et torturée. Le rendu visuel fourmille de détails et offre un pixel art particulièrement soigné, du plus bel effet. On sent clairement l’apport de la génération 32 bits. De plus, le jeu bénéficie d’une excellente fluidité et l’ensemble s’enchaîne sans le moindre accroc.
Pour accompagner cette esthétique travaillée, Flight Plan nous gratifie d’une bande-son excellente et variée composée par Hiroshi Taniguchi. On y retrouve aussi bien des morceaux hip-hop pour les affrontements classiques que du death metal survitaminé pour les combats les plus importants. Quant aux villages, ils profitent de compositions plus paisibles et enjouées. Dans tous les cas, les musiques collent parfaitement aux différentes ambiances proposées par le jeu.
Le titre comporte également un grand nombre de scènes doublées et tire pleinement parti du format CD démocratisé avec la génération 32 bits. Enfin, aucune difficulté particulière n’est à signaler pour naviguer dans les différents menus, à condition bien sûr de maîtriser le japonais ou d’avoir recours à une traduction disponible sur Internet.






