Like a Dragon: Ishin! a été testé sur Playstation 5.
La marque des Empereurs se mesure à la longévité mais aussi à la dissemblance. Et si Like A Dragon Ishin se différencie du canon de la saga Yakuza, il dispose de son aura ainsi que de sa prestance. En effet, du saké a coulé sous les ponts depuis la Playstation 2 avec quelques curiosités comme une traduction française initiale disparue avant de revenir (tardivement) par la suite, et ce pour notre plus grand bonheur. Si Yakuza : Like a Dragon modifia la formule en exploitant le terrain du J-RPG traditionnel, Ishin, remake d’un épisode très populaire n’ayant pas débarqué dans nos contrées, conserve un système plus classique malgré une temporalité s’éloignant de l’univers contemporain.
Ici place au XIXème siècle, époque de fin de claustration séculaire du Japon.
Un choix finalement osé de la part des développeurs de Ryu ga Gotoku Studio malgré une certaine alchimie maintes fois acclamée ! Une transposition habile qui permet d’explorer de nouveaux horizons tout en se (re)posant sur des bases solides. En outre, n’y-a-t-il pas un risque de se retrouver face à une impasse, le matériau d’origine ayant pour support la PS3 et la 4ème ? La question est ouverte et hantera nos lignes tant Like A Dragon Ishin souffle le très chaud et le tiède, voire le tiédasse, pour nous plonger dans sa diégèse singulière.
Bref, il est temps pour nous d’aiguiser nos lames et de reprendre les bases de l’Hagakure afin d’assainir notre corps et notre âme. La brise caresse nos visages et un long silence orne les plaines. Fichtre ! Voilà que nous ressortons les clichés du pays du Soleil-Levant ! A nous d’être dignes de nos pairs…
Et comme le dit un célèbre film de 1954 : “Les Samouraïs arrivent. Ils sont dangereux”.
Ishin son arrêt de mort
Venons-en de suite aux faits : Like A Dragon Ishin pose la question de la limite entre le remaster et le remake, d’autant plus que cette nouvelle itération est également sortie, à l’instar du jeu d’origine Yakuza Ishin !, sur PS4…
Oui, un soft et sa relecture sur la même console, ça en jette, non ? Coupons cependant nos langues de vipère : comme cela fut annoncé dans notre introduction, la structure de base se situe sur PS3 et seulement sur sa terre natale. Quoi qu’il en soit, chaque qualité de Like A Dragon Ishin sera contrebalancée par une tare en raison du poids des années (Yakuza Ishin ! datant de 2014) malgré un coup de polish véritablement appréciable.
Toutefois, avant de s’aventurer dans les méandres de la production, il convient de vous évoquer la narration. Point original, comme vous l’aurez remarqué lors de la publication des trailers, les protagonistes ont le même visage et sensiblement la même personnalité que ceux évoluant dans l’orbite de Yakuza. Ainsi le protagoniste principal, Sakamato Ryoma, partage les traits de Kazuma Kiryu et ainsi de suite. Une loufoquerie appréciable, sans parler des belles surprises qui jonchent l’épopée. Nous n’en dirons pas plus, refusant la tentation fallacieuse du spoiler !
Concernant le contexte, vous voilà face à une époque où les samouraïs ont perdu de leur superbe et où le Japon est en proie au déchirement. Le chaos ne demande qu’à se produire pendant que la vengeance ronge notre héros. Beaucoup d’éléments sont historiques mais, et c’est un gage de qualité indéniable, ceux-ci bénéficient d’une vision romancée. Nul besoin de vous en dire plus, sachant que pour les vétérans, la structure de l’exposé reste identique, mixant discussions sans doublage et cinématiques qui bénéficient d’un jeu des acteurs exquis (en jap’ s’il-vous-plaît) tandis que la traduction française est bien présente, pour le pire et le meilleur même si le tout reste parfaitement compréhensible !
En parlant de mise en scène, celle-ci transpire l’essence du 7ème art nippon ; entendre par-là des mouvements de caméras lents et permanents, même sur les plans de face, et un montage atypique. En ressort une alternance entre apathie maîtrisée et violence des accélérations dignes des meilleures productions cinématographiques du genre. La marque de la série Yakuza en somme, parfaitement respectée dans Like a Dragon Ishin ! La plume est en tout cas de qualité avec des échanges virant parfois dans le stéréotype avec pertinence et la douceur de la tonalité des voix nous rappelle le travail monstrueux réalisé au-delà du gameplay.
Ishin dans la colle
Tout cela ne serait rien sans une Direction Artistique de qualité et sur ce point, aucune contestation n’est envisageable ! Like A Dragon Ishin se pare d’une colorimétrie particulièrement fine qui sublime les couchers de soleil tout en mettant en valeur la noirceur de la vie nocturne. On notera aussi ce délicieux filtre à sélectionner dans le menu pour donner un effet carrément rétro sublime. Une attention particulière est apportée à la reproduction de la ville de Kyoto et, il faut bien le reconnaître, si la réussite est de mise, Ishin porte les premiers stigmates de ses origines.
En effet, la cité est moins impressionnante que celles des derniers opus des jeux Yakuza. Une fois sortis du trip, nous nous rendons compte de certains artifices ! Malgré une profusion de la population, certaines (loooooongues) rues laissent quasiment penser à un temps de chargement camouflé. D’ailleurs, quelques loadings entachent la progression bien que, soyons honnêtes, la next-gen (ou current, on ne sait plus à force…) permet de diminuer cet écueil.
Toujours est-il que la sensation de vie reste très présente et en dépit de quelques bugs, habituels pour les conceptions de cet acabit, tout fonctionne à merveille. Certes, voir des PNJ disparaître de temps à autre ou encore se coincer dans des éléments du décor a de quoi décontenancer mais, par bonheur, cela n’est pas trop récurrent. Alors évidemment, les anciens pourront pester contre l’étroitesse de certains lieux mais de notre côté, ce ne fut en aucun cas une gêne même si la majestuosité en prend un coup dans les gencives.
Si nous n’évoquerons pas ici l’entièreté du sound-design, force est de constater que l’ambiance sonore apporte une réelle plus value qui pousse la crédibilité au summum. Cela assure un effet palliatif aussi astucieux qu’habile qui permet d’être moins chagriné face aux quelques défauts de la technique, comme ce clipping qui casse un peu l’immersion. Oscillant entre le Yin et le Yang, Like A Dragon Ishin se loupe parfois sérieusement, comme en témoignent certains visages affreux qui dépareillent avec ceux des leaders, toujours aussi impeccables.
Seulement, les spin-off Judgment sont passés dans le coin depuis…
Jalap Ishin
Si la progression est plutôt classique, elle ravira les amateurs du genre. Oui, Like A Dragon Ishin demeure moins long et dense que les dernières prod’ mais il va sans dire que la durée de vie est plus que correcte ! D’autant plus que même si vous vous rendez à un point qui fera avancer le scénario, il y a de fortes chances que vous soyez alpagué en route par un personnage qui vous mènera vers une quête improbable. Celles-ci sont d’ailleurs parfois bien barrées et vous détourneront de l’histoire à de multiples reprises.
Dans la plus pure des traditions de la saga, et en quelque sorte en hommage à Shenmue, Like A Dragon Ishin vous incite à flâner et à découvrir les moindres recoins de la ville entre coffres camouflés, bonus et rencontres avec des PNJ. Vous en faire la liste complète serait une faute de goût tant les activités sont exhaustives ! En ce sens, pour ceux qui ne sont pas habitués, vous aurez peut-être la sensation d’être perdu car les possibilités sont nombreuses, très nombreuses. A titre d’exemple, à peine avez-vous eu le temps de faire connaissance avec une “milice du bien” que vous serez propulsé (au sens figuré) à l’autre bout de la carte pour des besoins scénaristiques.
Il faudra donc régulièrement revenir sur des lieux déjà visités en s’orientant via une carte correcte mais à la lisibilité souvent en berne. Heureusement, le système de fast-travels assure son rôle et vous facilitera les déplacements, ce qui évitera les bougonneries et l’attitude flegmatique lors d’un demi-tour nécessaire ! Cela n’empêche pas, à notre grand dam, quelques allers-retours fastidieux ponctués de rencontres assez nombreuses avec des vilains, ce qui déstructure l’avancée. Ne soyons pas chauvins : cela fonctionne tout de même plutôt bien et sans ses activités annexes, Like A Dragon Ishin passerait à côté de son sujet. Voire même de son concept !
Néanmoins, certaines décisions auraient pu être revues, comme cette jauge d’endurance invisible qui empêche notre ami de sprinter trop longtemps, sous peine de s’essouffler…rapidement. Une restriction inutile au regard de l’étendue à parcourir, fut-elle moindre comme évoqué précédemment. Le fait également de vous mettre une animation longuette à chaque fois que vous ouvrirez un coffre casse un peu le rythme mais admettons-le : cette remarque est de l’ordre du détail.
Ishin hérisse
Comme nous l’évoquions, le sel des “Yakuza” et, dans ce cas précis, de Like A Dragon Ishin provient de la multitude de choses à faire. De facto, malgré quelques quêtes Fedex, vous aurez droit à des situations marginales et des phases variées, comme la course-poursuite teintée d’infiltration, les petites enquêtes ou la recherche de vertu, qui aura pour conséquence d’augmenter votre réputation (entre autres…mais vous le découvrirez !).
Il n’y a donc jamais la sensation de quitter l’aventure pour s’adonner à des stupidités ; ici, l’homogénéité est la règle et cela permet de ne pas trop s’éparpiller malgré la montagne de joyeusetés ! Autre élément à prendre en compte, signe de l’incroyable et cultissime héritage : la profusion des mini-jeux. Et il y en aura pour tout le monde ! Jeux de cartes, pêche, danse (du fun à l’état pur !)… la liste est particulièrement étoffée !
Mais rien ne vaut la course de poulets, un épisode basé sur le pari aussi débile que grisant qui nous aura fait perdre du temps sans aucun remord.
La course de poulets quoi ! Une trace indélébile de l’humour qui règne dans cet épisode sans que ce soit trop intrusif.
De plus, Like A Dragon Ishin offre une facilité d’accès pour chaque petit jeu annexe sans trop complexifier la donne. Même si cela oblige à ingurgiter des tonnes et des tonnes d’explications, la prise en main est tellement intuitive que s’adonner à ces plaisirs est indispensable, ne serait-ce que pour constater l’ingéniosité des créateurs. Evidemment, le temps fait sa basse besogne et la formule a évolué. C’est en ce sens qu’il serait aisé de considérer Like A Dragon Ishin comme un simple remaster.
Ce serait être dur sur l’homme et engorgé de peu de foi : oui, le dernier épisode canonique, en dépit de sa différence de genre pour les combats, explose tout ce qui est entrepris dans ce remake (oui, nous insistons !). En outre, il faut bien prendre en compte que le jeu de base est proche des 10 ans et qu’il ne serait en aucun cas choquant s’il sortait de nos jours. Surtout qu’il fait bien mieux qu’une grosse partie de la concurrence : oui, Forspoken, c’est toi qu’on regarde…
On arrive à pied par l’Ishin
Venons-en aux ultimes parties qui nous intéressent : le gameplay et ses subtilités ! Une grande force de Like A Dragon Ishin et, paradoxalement…c’est aussi là où le bât blesse. Avant d’entamer les combats, sachez que toutes les composantes RPG sont présentes sans pour autant vous encombrer : forge, marchands, cuisine, gestion d’équipement (très light) et des armes, bonus temporaires, soins… Personne ne sera surpris. Il aurait toutefois été appréciable de rendre le menu un peu moins austère puisque ce dernier nous donne l’impression de nous exploser à la tronche tant son agencement est parfois bordélique.
Si, globalement, cela permet de savoir où vous en êtes, il va sans dire que les chiffres et les ramifications donnent le tournis. Voire la nausée car si se promener dans l’inventaire ne pose guère d’énormes soucis, nous aurions apprécié une plus grande souplesse. Si nous sommes parfaitement conscients, une nouvelle fois, du constat stipulant que le procédé a pris quelques rides, repenser l’outil de Like A Dragon Ishin aurait fait taire les détracteurs.
D’autant plus que si du côté des combats, les sensations sont bonnes avec des bruitages et impacts relativement puissants, certaines choses ne collent pas tout à fait. A l’inverse du dernier Yakuza “principal”, Like A Dragon Ishin opte pour le retour du Beat’em Up (oui, “Beat’em Up » bon sang !) pur et dur. Et le plaisir est instantané, sachant que dans sa difficulté “classique”, le jeu vous demandera un minimum de skill sans être trop punitif (en mode supérieur, c’est une autre histoire). Il s’agira néanmoins de ne pas faire n’importe quoi puisque les arènes sont limitées : en cela, le choix du système de fight prend tout son sens.
En effet, 4 “classes”, interchangeables à la volée, sont disponibles : bagarreur, histoire de bien rappeler l’appartenance à la saga Yakuza, bretteur (duelliste si vous préférez), tireur et danseur endiablé (un combo sabre/pistolet). Cela présente de multiples avantages car essayer de maîtriser les 4 est un passage appréciable afin d’augmenter sa note en fin de combat. D’accord, un seul style utilisé suffit pour faire péter les scores mais autant se faciliter la tâche !
De surcroît, les actions sont complètement différentes : ainsi, le bretteur sera le seul à disposer d’une garde pendant que le cogneur se contentera d’une simple déviation tout en ayant le pouvoir d’harceler l’ennemi plus aisément. Le pistolero sera évidemment en danger de près tandis que le danseur demeure le prince de l’esquive stylée. A vous de penser votre approche, d’évaluer vos distances, d’éviter l’encerclement et de vous mettre en tête que chaque choix effectué modifie le cours des choses. Parer ou se dérober, telle est la voie ! Et cela permet des contres ravageurs…
Pour le meilleur ? Partiellement.
Courber l’Ishin
La première chose décevante proviendra du combattant au sabre : si celui-ci se montre équilibré, nous ne pouvons que pointer du doigt sa nonchalance et un certain manque de fun. Cela est agrémenté par le fait que le danseur est ultra-jouissif et que son évasion, bien trop pétée d’ailleurs, nous en met plein les mirettes. C’est pourquoi nous avons vite délaissé à long terme le bretteur et le bagarreur, même s’ils sont indispensables à un moment ou à un autre.
Like A Dragon Ishin se retrouve coincé dans un certain déséquilibre des styles, ce qui ne joue pas en sa faveur malgré la possibilité de débloquer des nouveaux combos ou des compétences actives/passives. Mais il est vrai que flinguer de loin avant de se jouer de l’adversaire entache un peu la notion de loyauté des rixes, ce qui ternit un peu le tableau. Ajoutons un switch (à la croix directionnelle) loin d’être aussi fluide qu’un Devil May Cry 4 ou 5 et il est certain que quelques puristes du BTU se sentiront lésés. Les finish-moves (asujettis à une jauge à remplir) et les quelques QTE bien placés épaississent cependant la sauce.
La caméra n’est d’ailleurs pas non plus irréprochable et il peut arriver de “tirer sur ce qu’on ne voit pas tout en faisant mouche”. Le lock est également obsolète et assez rigide. Par bonheur, tout cela est contré par la richesse des actions et l’extase de faire mordre la poussière à des mobs ou des boss récalcitrants. Du bon dans l’ensemble, mais peut mieux faire.
La bigarrure des belligérants vous fera passer outre ces petites déficiences et quelques « gardiens de niveau », en plus d’un style incroyable, représentent un instant de bravoure immuable.
L’évolution du gameplay est à prendre en compte car Like A Dragon Ishin ne se dévoile pas aussi facilement. Il faudra quelques heures pour entrapercevoir ne serait-ce qu’un soupçon des possibilités mises à disposition mais le level-up est clair et les 4 sphériers d’évolution classiques et efficaces. Vous avez des points à placer pour débloquer des combos, frapper plus fort, avoir plus de vie…pas de révolution mais ce n’est pas requis ! Sans parler de la magie et de la variation des engins de mort qui nous présentent la richesse sur un plateau.
Enfin, comment ne pas évoquer cette partition de haut vol nous faisant ressentir jusqu’à la moindre émotion qui semble anodine tout en étant paradoxalement indispensable. D’ambiance, légère, épique, discrète : l’OST saura vous enivrer avec justesse tant par la qualité de ses compositions que par son utilisation.
De la maîtrise et du talent : s’il n’est pas le doyen, Like A Dragon Ishin est sans conteste un des grands…

Oui, nous n’avons pas pu nous en empêcher !













