Les règles sont constantes et le resteront : dans l’univers du jeu vidéo, le shmup est un pilier et la saga R-Type un fier représentant du genre ! Voilà, c’est dit. De quoi susciter férocement notre curiosité lors de l’annonce de cette édition “Evolved”, après un opus sur PS4 particulièrement intéressant. De plus, lorsque nous avons appris que le concepteur Kazuma Kujo était à la barre des niveaux exclusifs de cette mouture PS5, la hype a atteint son paroxysme ! De quoi jubiler avant l’heure et une excuse valable pour se relancer dans l’aventure nécessitant dextérité et réflexes parfois surhumains afin de triompher des nombreux dangers présents sur votre route. Si le retour de la saga en 2021 avait été une bénédiction, nous étions en droit d’attendre de pied ferme ce nouveau cru, d’autant plus que l’utilisation de l’Unreal Engine 5 avait de quoi faire saliver. Une nouvelle façon d’aborder un style ancien paré d’une nouvelle robe dévoilant ses meilleurs atouts ; tel semble être le deal proposé par les développeurs, bien décidés à nous faire râler de temps en temps à cause d’une exigence de chaque instant. Bref ! Après avoir cravaché comme des dingues, nous avons affûté notre agilité pour faire le tour d’un jeu au contenu certes riche mais avec quelques accrocs qui auraient pu aisément être évités. Plus une minute à perdre ! Enfilez votre casque et rejoignez-nous dans le cockpit : la bagarre de l’air ne fait que commencer…
Type m’en cinq !
Si comme nous, vous êtes déjà d’un certain âge, nul doute que vous n’ignorez pas que la série R-Type est un monument du jeu vidéo et que cette production ne déroge pas à la règle. Cependant, autant commencer par plusieurs points qui fâchent, ternissant un tableau qui aurait pu être idyllique sans ces petites gênes. Tout d’abord, il faut reconnaître que le premier contact donne clairement la nausée ! Le menu est tout sauf accueillant ; au contraire, il est juste bordélique et un peu kitsch. Difficile de s’y retrouver dans ce trop-plein d’informations : nous avons la sensation que tout nous explose à la tronche sans vraiment chercher à nous faire entrer dans le trip. Par chance, vous pourrez basculer les menus en français. Puis au fur et à mesure de vos allées et venues, vous commencerez à vous familiariser avec l’ensemble puisque vous aurez un tas d’options, comme le passage par le magasin pour customiser vos vaisseaux ou monter en puissance !
Vous pourrez aussi faire valoir votre talent grâce au scoring et aux défis afin de prouver à la Terre entière que l’as des as du pilotage, c’est vous. En outre, avant tout cela, il faudra passer par le mode histoire et c’est là que le bât blesse : les cinématiques sont juste immondes et laissent présager le pire. Mal foutues, mal montées et mal mises en scène, elles procurent l’impression déplaisante d’appartenir à une autre époque, sachant que les graphismes de celles-ci (à l’inverse des phases in-game) sont infâmes.
De surcroît, une fois les surprises passées, on se rend vite compte qu’une chose cloche : R-Type Final 3 Evolved n’est en aucun cas une véritable suite. Il s’agit d’une refonte du Final 2, dont il reprend tout le contenu tout en affinant ses contours, agrémenté de 7 niveaux exclusifs. Si le tout permet au titre d’atteindre une durée de vie gargantuesque, le nom est trompeur d’autant plus que, comme souvent, il faudra payer, payer et encore payer afin prolonger l’expérience au travers de DLC.
S’il serait vicieux de notre part d’accuser R-Type Final 3 Evolved de tous les maux, il faut reconnaître que l’éditeur ne fait rien pour endiguer cette pratique honteuse et fallacieuse ! Ce constat est donc à prendre en compte pour le gamer désirant acquérir le produit. Au-delà de la douche froide consécutive à l’absence de véritable épisode original, le soft n’est pas complet et ce sera votre carte bancaire qui en fera les frais. Injuste.
Type land
Bien sûr, tout n’est pas à jeter, loin de là, mais il fallait que vous soyez prévenu. Toutefois, nous ne pouvons que louer le travail des développeurs : si le premier niveau nous aura fait un peu peur, les biomes sont vraiment très jolis et la rétine sera flattée ! La Direction Artistique est véritablement un des points forts de ce R-Type et le moteur graphique fait son office. La colorimétrie est juste dingue et le studio parvient à diversifier les ambiances, de l’obscurité enneigée au ciel ensoleillé. Le tout est sublimé par des explosions de grande qualité et des effets efficaces à défaut d’être toujours originaux. Qu’importe finalement puisque le jeu exploite bien les capacités de la console grâce à un framerate solide à 60 FPS, ce qui est indispensable pour le genre, qui ne faiblit qu’à de très rares occasions.
Côté OST, celle-ci fait le café pour peu que vous accrochiez à la proposition très électronique. Clairement, la partition ne siégera pas au panthéon des plus grandes musiques du jeu vidéo mais le rythme et le dynamisme des pistes vous pousseront à vous arracher afin d’obtenir la victoire ! Les moments de tension seront aussi bien préparés grâce au sound-design, extraordinaire lorsqu’il s’agit de rendre sur les ondes les tirs, impacts et déflagrations.
Concernant les levels, ceux-ci sont très chargés mais conçus intelligemment. Brillamment, la 2D est exploitée pour qu’à l’écran, vous soyez confronté à de multiples pièges. L’environnement est donc tout aussi important que les ennemis ! D’ailleurs, le bestiaire est très divers et globalement superbe, à l’instar des boss gigantesques qui nous régalent par leur majestuosité tout comme ils nous rendent fous furieux. Beaucoup de choses s’affichent devant vos yeux et il faut reconnaître que cela engendre une chute de lisibilité occasionnelle, R-Type 3 ne vous laissant que trop rarement l’occasion de souffler, vous obligeant à tout scruter perpétuellement.
R-Type’N’Retry
Ces considérations prises en compte, place à l’essentiel : le gameplay !!! Et de ce point de vue, il n’y a pas à dire : R-Type Final 3 Evolved tient toutes ses promesses. Même si, au début, l’inertie et une certaine lenteur (toute proportion gardée) agacent légèrement, la richesse de la jouabilité et l’absence d’input lag nous ravissent. Tout est bien articulé et contrôler notre bolide aérien relève du bonheur, quand bien même la difficulté est parfois rebutante, surtout pour les nouveaux-venus ! Mais c’est le principe même du shoot’em up. Plusieurs modes de difficulté sont à votre disposition et même en normal, vous allez mordre la poussière à de multiples reprises, sachant que les adversaires sont très ingénieux dans leurs attaques et qu’une seule touche fait voler en éclats votre bolide volant.
Vous devrez aussi vous y faire : votre hitbox est conséquente, il faudra vous adapter. Les actions sont simples et la première d’entre elles est évidente (et vile) : tirer, en choisissant entre le shoot auto ou celui qui vous pousse à la charge afin de balancer un rayon dévastateur, qui change selon la bécane des airs choisie. L’offensive spéciale, qui nécessite aussi de remplir une jauge grâce aux assauts de votre pod, fera un ménage non négligeable ! En parlant de ce satellite, celui-ci représente l’originalité des R-Type et il est indéniable que la mécanique est parfaitement huilée. Il permet donc de servir de bélier, de protection avant et arrière ainsi que d’élément indépendant faisant office de soutien.
Bref, utilisez l’option avec parcimonie sous peine d’enchaîner les échecs. La stratégie prend ici tout son sens en plus de vos réactions instinctives. Et comme les vilains n’hésitent pas à vous encercler, il faudra donc jouer des espaces pour espérer survivre !
Même si R-Type est punitif, le grand choix des vaisseaux (3 au début mais rassurez-vous, ça se multiplie au fur et à mesure !) vous permet de choisir votre style, sachant que le tas de ferraille de base dispose d’un équilibre acceptable et appréciable. Il sera possible de les customiser et si vous mourrez souvent, l’accumulation des points vous offre la possibilité d’augmenter vos chances, via l’obtention de vies et crédits supplémentaires par exemple. Cela engendre un peu de répit même si le vieil adage prend ici tout son sens : “répétition fixe la notion”.
R-Type : et vole Vai
En tout cas, comme nous le disions précédemment, il faut impérativement gérer les espaces et c’est en cela que R-Type vous propose une courbe d’apprentissage intéressante. D’ailleurs, pour subsister, il faut prendre des risques afin d’obtenir des bonus bien utiles pour faire face à la frénésie de l’action. Ceux-ci vous donnent en direct des améliorations essentielles, comme le tir augmenté afin de dégommer les filous bien décidés à vous faire suer en vous balançant toutes les sortes de projectiles possibles ou vous foncer dessus.
Cependant, achtung ! Si vous perdez, vous serez privé de ces upgrades, vous laissant une seconde chance mais quasiment en slip. A vous aussi de gérer votre vitesse (jusqu’à 4 braquets !) pour vous faufiler entre boulettes et belligérants. Au reste, lors d’un trépas, la sanction est irrévocable : il faut reprendre dès le début du niveau ou à des checkpoints, mal placés malheureusement. Là est une autre tare de R-Type 3 : quitte à créer des zones de respawn, autant bien le faire ou se passer de la feature. De toute manière, comme nous l’évoquions, l’intérêt est de réussir les levels d’une traite, le scoring étant le maître-mot du shmup !
Ces évidences ne feront pas oublier que R-Type ne propose que peu de concessions (ce qui est finalement un mal pour un bien) évitant de galvauder la proposition ou, pire, tourner le dos à ce qui fait l’essence du genre. En prenant en compte cet état de fait, il est certain que vous prendrez le jeu pour ce qu’il est, à savoir le digne représentant de ses prédécesseurs. Il est juste dommage que l’austérité apparente prenne parfois le dessus, empêchant les novices de s’accrocher suffisamment avant de découvrir un plaisir incommensurable. Il est néanmoins dommage de passer à côté de R-Type Final 3 Evolved, production qui démontre qu’il est possible de transformer le retro afin de le moderniser sans perte ni fracas.
C’est aussi cela la préservation du patrimoine vidéoludique.









