CRITIQUE JAP-ANIME : RESIDENT EVIL DEATH ISLAND
Aah ! Resident Evil. La licence d’horreur si chère à Capcom. D’abord un jeu vidéo à succès ensuite décliné sous toutes les formes : films, romans, comics, mangas, figurines, restaurants, paires de chaussettes, slip de bain… j’en passe et des meilleures.
Ce qui va nous intéresser aujourd’hui, c’est la déclinaison en film d’animation 3D, et plus particulièrement le dernier en date : Death Island.
NO MORE HEROES
1998, Raccoon City. Une escouade militaire privée de la firme pharmaceutique Umbrella passe un mauvais quart d’heure dans la ville en perdition. Submergée par un virus qui transforme la population en zombies mangeurs d’hommes, la cité est sur le point de disparaître. Les deux derniers survivants de l’équipe d’intervention tentent de s’en sortir comme ils peuvent mais leur hiérarchie va les lâcher seuls dans cet enfer…
À San Francisco en 2015, L’agent spécial Leon Kennedy est en charge de retrouver le professeur Antonio Taylor, un ingénieur en microrobotique spécialistes des bio-drones en passe de vendre ses découvertes à un pays étranger. Malheureusement pour l’ancienne bleusaille de Raccoon, il se fait coiffer au poteau quand l’individu se fait enlever par une mystérieuse organisation.
Au même moment sur une plage non loin, Claire Redfield découvre le cadavre d’une orque visiblement tué par un requin à la taille hors normes. De leur côté, Chris, Jill et Rebecca du BSAA enquêtent sur une série de contamination au virus-T à la propagation très étrange.
Ni morsure ni contact entre les différentes victimes. Seul élément qui fait le lien entre toutes ces personnes : elles ont toutes récemment visité l’île d’Alcatraz…
Cinquième film du genre après Degeneration (2008), Damnation (2012), Vendetta (2017) et Infinite Darkness (découpé en série pour Netflix, 2021), on retrouve pour la première fois réunie dans une seule œuvre toute la fine équipe héroïque de Resident Evil : Chris Redfield, sa frangine Claire, l’intrépide Jill Valentine, le beau Leon S. Kennedy et la scientifique Rebecca Chambers.
Voilà pour le principal argument de vente de cet énième métrage qui, il faut le souligner, est aussi canonique que les autres dans la chronologie officielle Resident Evil.
Autre élément qui pourra susciter la curiosité des fans : c’est la première fois que l’on retrouve Jill Valentine après les événements de Resident Evil 5, ce qui n’est pas rien.
Pour rappel, dans cet épisode en Terre d’Afrique, l’experte du BSAA était supposément morte suite à une chute mais un twist digne des plus grandes œuvres hollywoodienne nous révélait qu’elle était en fait sous le contrôle mental du plus charismatique des vilains du jeu vidéo : Albert Wesker (oui c’est du spoil, pour un jeu de 2009. Faut vivre avec son temps).
Bien entendu son coéquipier Mister je-tape-sur-des-cailloux Redfield la libérera de cette maléfique emprise et elle sera même jouable pour un DLC aussi court qu’intense (Une Fuite Désespérée). Mais depuis lors on ne la revit jamais suite à ces événements dans la chronologie de la licence (le personnage réapparaîtra dans d’autres jeux, mais antérieurs à l’histoire de Resident Evil 5).
C’est donc en 2015, soit 6 ans après sa tragique manipulation mentale, que Miss Valentine retrouve le terrain et son affectation au BSAA (l’organisation sous l’égide de L’ONU chargée de gérer les attaques bioterroristes dans le monde) pour une enquête qui la mènera avec ses compagnons d’armes sur The Rock*, dans la baie de San Francisco.
Toujours tourmentée par ses vieux démons, elle devra se ressaisir et se réaffirmer si elle veut venir en aide à ses amis dans la panade.
Car comme de bien entendu, un méchant pas gentil souhaite répandre un virus sur le monde entier pour se venger des afflictions que lui a fait subir la société. Un de plus. Les motivations des antagonistes depuis Degeneration n’ont pas évolué d’un iota et, à l’instar de ses prédécesseurs, le scénario de cet opus ne volera pas bien haut.
Pour le dire autrement, c’est de la série Z bas de gamme. C’est véritablement cliché dans des proportions gargantuesques, c’est téléphoné à outrance… en clair c’est ringard.
Pour ne citer qu’un exemple, l’ensemble des « PNJ » ne serviront que comme chair à canon, les héros tentant mollement de les sauver tout en les regardant se faire décimer sans la moindre once de compassion – la séquence des SWATS débarquant avec Rebecca sur l’île est à ce titre presque hilarante tellement elle est caricaturale du genre (ce plan final sur le requin puis la chercheuse qui s’éloigne, c’est presque beau tellement c’est outrancier).
LE FOND ET LA FORME
Le schéma narratif est identique aux précédents films et ne laisse place à aucune surprise ou innovation scénaristique. On est clairement sur les rails d’une formule dont il ne faut pas dévier d’un centimètre. Tant et si bien que les différents métrages finissent par être trop semblables les uns des autres.
Sans la moindre identité propre ils finissent par devenir un amas d’images commun et indissociable dans les souvenirs des spectateurs. Même direction artistique, même colorimétrie, même décors fadasses…
À la limite seul l’épisode se déroulant dans un pays de l’Est en pleine guerre civile sort un peu du lot de par son contexte particulier, ce qui fait dénoter certaines de ses séquences. Mais au global c’est assez maussade d’un point de vue réalisation.
On constate cependant cette fois une volonté de mise en scène plus crédible et pragmatique qu’à l’accoutumée. Fini les chorégraphies de combat invraisemblables et les scènes de bravoures digne du Cirque du Soleil, même s’il en subsiste toujours des réminiscences pour quelques plans spécifiques. Pour le style on va dire.
Le réalisateur Eiichirō Hasumi avait déjà initié ce virage dans Infinite Darkness, la « série » vendue à Netflix (en fait un film redécoupé en quatre parties quand le deal a été fait avec la plateforme de streaming), une tendance à la vraisemblance qu’il accentue donc ici.
En revanche, là où Death Island gagne ses véritables galons, c’est sur le plan purement technique de ce qu’il nous propose à voir. Certes l’imagerie est cafardeuse et baigne dans des tons perpétuellement marronnasses et grisâtres mais cela n’empêche en rien une belle prouesse de la part des animateurs en ce qui concerne la qualité brute des décors.
Et c’est encore plus impressionnant sur les personnages principaux, modélisés à la perfection. Surtout Jill Valentine, qui est la seule ici bénéficiant de la technologie de « scan » (le modèle russe Sasha Zotova pour le Remake de Resident Evil 3, dont les assets sont clairement réutilisés ici sans le moindre doute). On voit clairement le cap technologique entre son faciès et celui des autres protagonistes.
D’ailleurs c’est assez déstabilisant cette différence de traitement entre les différents visages des héros. Car si Jill, pour son apparition dans la franchise d’animation, débarque avec sa dernière itération connue, ce n’est pas le cas pour Leon qui garde sa tronche héritée de Resident Evil 6 (auparavant du 4 avant la sortie du jeu).
Pareil pour Chris Redfield. Pour Claire, c’est la bouille du Veronica qui évolua au fil des différents opus (elle et Leon sont présents depuis Degeneration). Aucun d’entre eux n’a donc l’apparence actuelle des personnages dans les derniers jeux vidéo. En dehors de Jill donc.
Attention, précision : bien que Jill possède les traits de Mademoiselle Zotova, ce n’est nullement elle qui a procédé à la capture de mouvement nécessaire à la réalisation de ce long-métrage numérique ! Cette utilisation de l’image d’une vraie personne pour des fins mercantiles sans ladite personne est d’ailleurs au centre des revendications des acteurs actuellement en grève à Hollywood.
Le top-modèle russe a en effet vendu son image sans qu’elle ne puisse rien dire sur son utilisation par l’entreprise lui ayant acheté son « apparence ». On voit les dangers de telles pratiques. Quant à savoir si elle touche des droits d’utilisation de son visage, bonne question.
Les vilains eux jouissent d’un chara-design plutôt bien vu, notamment Maria Gomez, une ennemie qui faisait son apparition dans Vendetta. Passons rapidement sur les nombreux figurants, qui eux sont modélisés de manière extrêmement basique. Cela reste potable pour la plupart d’entre eux mais certains sont tout de même assez moches (le type de la mairie qui attend Claire sur la plage).
SUIVRE UNE MEILLEURE VOIX
Atteignant son heure et demie réglementaire, le film ne souffre pas de temps mort et surtout ne semble pas trop long (ce qui n’est pas le cas de tous). Son rythme assez soutenu permet de ne pas s’endormir lors du visionnage, en dehors de quelques scènes de monologues interminables qu’on passera volontiers en x2 sans que cela ne nuise une seconde au récit (l’éternel discours du méchant qui dure trois plombes pour rien).
La version française que nous avons vue était d’assez bonne qualité avec des répliques qui tenaient la route. Entendez par là qu’elles ne sonnent pas fausses ou s’articulent de manière ridicule et forcée. La fameuse évolution globale de la mise en scène améliorant les interactions entre les personnages permet également aux comédiens de doublage d’incarner au mieux leurs lignes de dialogues. Un plus indéniable.
Question musique, elle ne restera pas dans les annales du cinéma, d’animation ou non. Elle est purement fonctionnelle et sans la moindre note de génie. Parfaitement oubliable. D’ailleurs nous l’avons déjà parfaitement oubliée.
* pas l’ancien catcheur Dwayne Jonhson ! C’est le surnom de l’île d’Alcatraz.






