Une fois n’est pas coutume, cette critique laissera l’objectivité sur le bas-côté. Il faut dire que là on s’attaque à du lourd, du monumental, du gravé dans le marbre de ma mémoire de quarantenaire : Shenmue. Il s’agira donc ici d’un avis à la subjectivité bien marquée qui, nous l’espérons, trouvera écho chez vous, chers lecteurs. Inutile cette fois d’allumer votre Dreamcast pour vous replonger dans ce Japon des années 80, un abonnement suffira. Mais pour quel résultat ?
DESTINS
Après avoir assisté au meurtre de son père dans le dojo familial, Ryo Hazuki consacre sa vie à retrouver le coupable, un certain Lan Di, membre éminent d’une mafia chinoise. Une enquête vengeresse qui le mène des rues de Yokosuka à la métropole tentaculaire de Hong Kong. Mais cette quête de vengeance se mue petit à petit en périple initiatique pour le réservé japonais.
Ceux qui me connaissent le savent, je suis un très grand admirateur de Shenmue. Et je dois être l’un des 10 gus au monde à attendre le quatrième épisode (sans grand espoir cependant). Lorsque fut annoncé en 2020 un dessin animé qui reviendrait sur ce chef-d’œuvre vidéoludique, j’avoue avoir été farouchement opposé à cette idée, que je trouvai absurde au possible. En effet pourquoi produire un dessin animé en lieu et place de Shenmue IV ?
Si vous réussissez à établir un budget sur un projet lié à une licence, ne vous dispersez pas dans des choses superflues qui ne font en rien avancer le schmilblick ! Que de temps et d’argent perdu…
Mais bon, l’anime a tout de même fini par sortir sur Crunchyroll. J’avais personnellement fait connaissance avec cette plateforme quelques mois plus tôt grâce à Vox Machina , une série inspirée de Donjon & Dragon avec un ton fortement décalé. Et me voilà donc presque malgré moi à regarder cette adaptation du chef d’œuvre vidéoludique de Yu Suzuki, qu’en tant que fan je ne peux laisser passer. J’apprends au passage que cette version animée est composée de 13 épisodes d’une durée d’environ 25 minutes chacun. Voyons voir ce que ça donne…
SCÈNES BONUS
En soi le dessin animé n’est en rien mauvais. L’animation est correcte et les graphismes oscillent entre le très beau et le minimum acceptable sur certains plans moins travaillé. Cependant mes craintes premières se confirmèrent : à quoi sert cette adaptation ? Ma réponse personnelle et qui n’engage que moi : À RIEN.
Plusieurs points toutefois sur lesquels j’aimerais revenir. Déjà grosse surprise quand je me suis rendu compte que les 13 épisodes recouvraient Shenmue I ET Shenmue II. Je pensai que cela ne développerait que le chapitre 1 (la partie japonaise), en élargissant au maximum ce que l’on voyait dans le jeu.
Erreur monumentale, et c’est même exactement l’inverse. La partie à Yokosuka se déroule sur 5 épisodes seulement, et dire qu’elle est expédiée serait un léger euphémisme. L’intrigue globale reste identique mais tellement expurgée qu’il n’en reste que la portion congrue. Pour ce qui est de Shenmue II, c’est un peu plus large mais là aussi des coupes importantes ont été faites.
À dire vrai le dessin animé n’est ni plus ni moins que l’équivalent d’une récap’ quand on parle de série.
Voilà c’est ça : Shenmue The Animation, c’est les jeux en mode « la saison précédente dans…».
Alors forcément quand on est fan, on est un peu éberlué de voir ça. J’ai totalement conscience que le média n’est pas le même et que le narratif entre un jeu vidéo et un anime ne peut se calquer l’un sur l’autre ; mais tout de même, le show ne doit même pas contenir plus de 15% de tout ce que l’on trouve dans les jeux !
Mais. Mais. Mais. On y trouve malgré tout quelques scènes intéressantes. Commençons par le fait qu’on y découvre Ryo AVANT les événements de l’introduction du jeu, lors d’un tournoi inter-lycée de judo. Néanmoins la rumeur qui disait que c’était là que notre héros ‘gagnait’ son iconique pansement sur la joue était fausse. C’est bel et bien suite au combat contre Lan Di dans le dojo familial qu’il gagnera cet accoutrement, qu’il tripotera d’ailleurs de manière caricaturale à chaque fois qu’il pensera au mafieux chinois.
Autre ajout et de taille celui-ci, on voit en parallèle la vie de Shenhua avant notre rencontre avec elle lors de l’orage et la scène tumultueuse du fleuve. On aperçoit alors des lieux et des personnages que l’on côtoyait seulement dans Shenmue III. Je concède avoir été grandement surpris par ces séquences aussi inattendues que bienvenues. Par contre, concernant la jeune paysanne, la séquence emblématique du chant près du feu de camp est totalement absente. C’est tout simplement impardonnable.
Autre désagrément, le coche a été totalement manqué en ce qui concerne le Chapitre 2 – celui qui se déroule sur le bateau menant Ryo du Japon à Hong-Kong. L’occasion était belle d’enfin voir ce passage autrement que dans la maigre BD peu convaincante ayant été faite pour combler ce manque. Décidément je ne comprends rien du tout au monde des médias audiovisuels…Ils font systématiquement tout de travers !
Maintenant un détail important qui m’a beaucoup interloqué. L’action de Shenmue se déroule fin 1986/début 1987. Pourtant quand il débarque à Hong Kong il est clairement établi par plusieurs gens du cru que la rétrocession de la ville à la souveraineté chinoise a déjà eue lieu, alors que celle-ci ne se déroulera qu’une décennie plus tard, en 1997. Honnêtement seules des considérations politiques modernes peuvent expliquer cet anachronisme primaire fort malvenu.
Une petite note sur la musique. Dans la série elle-même on retrouve les thèmes et les airs connus du jeu vidéo, et encore heureux. Par contre du côté de l’Opening et du générique de fin, c’est d’une faute de goût sans nom. Mais qu’est ce que c’est que ces morceaux de Pop totalement hors sujet ? Ce n’est rien de moins qu’ignoble, il n’y a pas d’autres mots pour le dire.
AND THE SAGA BEGINS…
Mon jugement est dur sur ce dessin animé car j’estime que non, il n’aurait pas dû voir le jour. L’argent consacré à sa production aurait dû servir à la création de Shenmue IV. Point Barre. Et je n’en démordrai pas.
Alors oui je sais les producteurs ne sont pas les mêmes, que les circuits de contacts sont différents Patati patata Blablabli blablabla… Mais un financement ça reste un financement et si tu peux l’investir à droite, tu peux tout autant l’investir à gauche à la place. Ce n’est qu’une question de choix.
Mais maintenant qu’il est là il faut faire avec. Et la question qui se pose désormais est la suivante : La fin de Shenmue passera-t-elle par cette série animée ?
Visiblement non et tant mieux. Car même si l’espoir est mince de voir un jour débarquer la suite sur console, je veux pouvoir jouer la fin de l’aventure si un jour la possibilité m’en est donnée.
Pour recentrer un peu le débat : est-ce que je conseille Shenmue the Animation ? Pour les fans des jeux, clairement non. Beaucoup trop de choses manquent. Pour les non-fans, pourquoi pas. Il reste un dessin animé de facture moyenne avec quelques moments de grâce. Je conseillerai toujours quand même d’y jouer mais ce n’est que mon humble avis de vieux joueur qui ne se trouve pas rebuté par le gameplay vieillissant des titres cultes de Sega et Suzuki.
Sinon, pour les joueurs ne souhaitant jouer qu’à Shenmue III, cette série fera parfaitement le boulot pour résumer à grands traits les événements des deux premiers épisodes vidéoludiques.








