Ah les studios Aardman ! La petite boîte d’animation devenue grande. De ses débuts avec ses courts-métrages mettant en scène les célèbres Wallace et Gromit, elle a su s’agrandir pour nous offrir des projets de plus en plus élaborés. En l’an 2000 la société spécialisée dans le « Stop-motion » nous offrait alors « Chicken Run », relecture farfelue et indiscutablement anglaise de la « Grande Évasion », remplaçant Steve McQueen par une poule aussi tenace que pleine de ressources. 23 ans plus tard, voici venir la suite des aventures de Ginger et ses copines, qui rempilent pour faire face cette fois à une terrible « Menace Nuggets »…
Alors que toute la troupe du premier film vit désormais paisiblement sur une île au milieu d’un lac bien loin du monde des humains, Ginger et Rocky voient leur vie chamboulée par l’arrivée de leur fille, Molly. L’intrépide enfant grandit bien vite et tout aussi rapidement trouve l’îlot bien trop petit pour son immense soif d’aventure. Rêvant de liberté la jeune poulette finit par mettre les voiles pour pouvoir explorer le grand monde. Ses parents et leurs amis se mettent alors à sa recherche, pour découvrir in fine que l’adolescente gallinacé a fini son parcours dans une bien étrange usine qui sous ses apparences idylliques cache un bien terrible secret…
C’est un peu sorti de nulle part que le studio anglo-saxon nous propose de retrouver nos amies les poules pour une nouvelle épopée cette fois-ci plus proche d’une parodie de Mission Impossible que d’un film de guerre. Inattendu certes, mais aussi un grand plaisir que de renouer avec ces personnages haut en couleur qui maniaient aussi bien l’humour que les calembours dans le premier opus sorti il y a près de 25 ans déjà !
Au-delà des personnages, le procédé d’animation reste toujours le même, du moins en grande partie. Des personnages en « pâte à modeler » qui sont pris en photo des milliers de fois pour leur donner l’illusion du mouvement. Un travail titanesque que certain pourrait qualifier de « fou » à l’ère de l’imagerie virtuelle mais qui fait montre de la passion du studio pour ce type d’artisanat très particulier. Il faut quand même préciser que le numérique est bien présent dans ce genre de métrage désormais et qu’il va surtout servir à peaufiner l’image ou à permettre une composition moins compliquée à mettre en place.
Pour ce qui est de la troupe en présence, on retrouve bien entendu Ginger toujours aussi entêtée en tant que protagoniste principale accompagnée du fantasque Rocky, le coq à roquette. Reviennent aussi Babette et ses éternels tricots, Bernadette qui ne tient pas sa langue dans son bec et Mac la tête d’ampoule à lunettes. Le fier et ancien membre de la R.A.F Poulard fait lui aussi son comeback, sans oublier Ric et Rac les rats magouilleurs aux grands cœurs.
Mais présentons plus en longueur la nouvelle venue, la petite Molly. Tenant bien plus de sa mère que de son père, elle ne supporte pas d’être emprisonnée sur cette petite île de malheur dont on fait bien trop vite le tour. S’échappant du lac, elle rencontre bien vite Frizzle, une poulette tendance hippie qui ne se fait guère de souci dans la vie. Les deux nouvelles amies rejoignent très vite « Fun Land Farm « , qui d’après les rumeurs serait un vrai petit paradis pour les poulets.
Mais les poules ne font pas des vers de terre et la jeune fugueuse va très vite comprendre que l’endroit où elle a atterri est loin d’être la villégiature qu’elle prétend être. C’est que derrière sa belle façade se tient en vérité une toute nouvelle usine de nuggets, dont la directrice n’est nulle autre que la perfide Mme Tweedy ! Horreur et Damnation, il faut vite se sortir de là !
Les péripéties s’enchaînent sans fléchir entre références diverses et répliques cinglantes. Tout cela donne un rythme et une atmosphère qui ne laisse guère le temps de s’ennuyer. Malgré tout quand on compare avec le premier film, on comprend que les moyens de production furent tout de même moindres mais sincèrement il n’y a rien de honteux dans ce second métrage. Au contraire on est plutôt époustouflé – comme à chaque fois – par le travail des animateurs pour obtenir un tel résultat à l’écran.
Le ton se veut bien moins sombre que dans le premier, qui proposait quelques plans vraiment très durs et une imagerie parfois lourde de sens (le poulailler comme un camp de prisonniers/concentration de 39-45). Dans cette nouvelle histoire, on pioche plus dans l’ambiance des sixties et des œuvres Pop de l’époque (James Bond, Chapeau melon et bottes de cuir, le prisonnier etc.). La colorimétrie ainsi que les décors sont au diapason de ces nouvelles inspirations.
Bon, il est temps maintenant de passer au plus gros changement entre les deux films : le casting vocal. Bien qu’il ait été également modifié en version originale, nous allons nous concentrer uniquement sur la VF. En 2000, ce n’était rien de moins que Valérie Lemercier, Gérard Depardieu et Claude Piéplu qui prêtaient leur timbre de voix à nos héros. Excusez du peu. Une distribution prestigieuse qui n’a pas pu rempiler pour diverses raisons et qui est de fait remplacer par une autre. Les nouveaux acteurs de doublage font parfaitement le job sans le moindre souci, disons simplement que le décalage est un peu rude quand on enchaîne l’un après l’autre les deux métrages.







