Slave Zero X ou comment se positionner face à la nostalgie ? C’est, grosso modo, le dogme qui colle à la peau de notre sujet du jour, toujours prompt à remuer les gamers (qui commencent à prendre de l’âge) que nous sommes. C’est ainsi que la production de Poppy Works éditée par Ziggurat se présente comme un hack and slash faisant office de préquel à Slave Zero, sorti sur la regrettée Dreamcast et plutôt oublié. Et pour une cause : le soft était assez loin de répondre aux standards de l’époque ! Toujours est-il que cette fois, l’essai semble bel et bien transformé en dépit de tares vraiment fâcheuses. Revêtons notre armure robotique et plongeons au sein de la Mégalopole S1-0, théâtre de l’inégalité sociale au parfum biopunk !
Un vrai Slave tôt
Dystopie. En un mot, voilà la définition de la Direction Artistique destinée à vous faire ressentir la mort et la souffrance d’une cité dirigée par un seigneur corrompu contre lequel notre héros, Shou, se dresse. En ce sens, et afin d’augmenter en lisibilité, les créateurs de Slave Zero X ont eu la bonne idée de conserver une esthétique purement rétro, tout en dissociant clairement les couleurs de l’avant-plan, qui lorgnent sur le flashy, et les décors, bien plus sombres. D’ailleurs, lors du premier tiers de l’aventure, un doute nous aura conquis : si l’atmosphère est bien retranscrite, les biomes ont tendance à se contenter du minimum syndical et tombent parfois dans le cliché du “monde d’après”.
Un revers oublié avant la moitié de nos pérégrinations grâce à une évolution, voire une certaine envolée des choix de conception qui vous marqueront à coup sûr, sans vous transcender toutefois. En revanche, le chara-design et les sprites ne sont soumis à aucune forme de contestation tant ils s’avèrent brillants ! Votre personnage, les mobs, boss et semi-boss sont tous réussis même si un sentiment de répétitivité s’installe à l’occasion.
Au moins, Slave Zero X ne vise certes pas la diversité mais esquive habilement l’écueil de la fadaise, chose qui n’est déjà pas aisée !
Slave Zero X : Shou blanc ?
En ce qui concerne le scénario, sachez que celui-ci est minimaliste, abscons et franchement peu mis en avant. Paradoxalement, nous comprenons de suite les enjeux de Slave Zero X, peu complexes, sans vraiment parvenir à nous amouracher de la diégèse. Mais peu à peu, tout devient évoqué brièvement, sans volonté de développement. Le lien entre Shou, le protagoniste principal comme nous le disions, et X (une machine “défectueuse”), n’est pas “organique” pour un sou, à l’inverse de ce que pouvaient proposer les Zone of The Enders à titre d’exemple. On ne distingue pas l’ensemble des subtilités par la suite ; en outre on se contente de suivre rapidement les événements et on tranche !
Plus sérieusement, il aurait été préférable d’opter pour une narration à la Dark Souls ou encore à la Blasphemous. Au moins, cela aurait justifié l’obscurantisme du propos sans réellement gêner notre progression. Remarque, Slave Zero X assume le rang de son genre. On déboîte des saligauds, ça pisse le sang de partout et on retrouve vos assaillants version « façon bouchère » in fine ! Le gore n’est pas choquant, il est juste là pour évoquer la coolitude et la badassitude de votre avatar quitte à en faire de trop en termes de dépeçage. Mais c’est ça que nous voulons voir !
Slave de mes cieux sanguins
L’enrobage sonore de Slave Zero X n’est pas non plus à négliger, loin de là, même s’il faut un relatif temps d’adaptation pour réellement apprécier la partition. Au niveau des musiques, les relents de Drum’n’Bass et d’Indus nous ont laissés de marbre de prime abord avant de subtilement obtenir notre approbation totale. En effet, l’OST est si discrète qu’elle semble anecdotique. Mais cela n’est qu’un leurre destiné à nous tromper sans coup férir ! Les plages sont minutieusement disséminées çà et là et le volume est augmenté lorsque cela est nécessaire. Tout juste est-il regrettable qu’aucun thème ne reste réellement en tête mais qu’importe puisque dans Slave Zero X, ce sont bien les notes qui sont au service du jeu.
Les bruitages sont quant à eux efficaces bien que trop peu hétérogènes tandis que le doublage est sans objection possible bien supérieur en japonais. Sans faire offense à nos amis anglophones, il faut reconnaître que les expressions dans la langue de Shakespeare sont bien monotones et même complètement mornes ! Peu d’émotions et un sentiment de platitude émane de chaque échange : difficile pour le joueur de s’impliquer dans une narration déjà alambiquée et sans véritable conviction dans le jeu des acteurs…
Shou d’ruisselle
Comme d’hab, quid du gameplay ? Incroyablement jouissif, en dépit d’un manque de précision pour effectuer des cancels, quasiment inexistants la plupart du temps. Cependant, rien de bien grave ! C’est en cela que nous évoquions la nostalgie : Slave Zero X rappelle en effet, et à l’évidence même, l’époque de la Saturn, ce qui est totalement raccord avec son statut de préquel.
Néanmoins, avant de vous détailler toutes les subtilités, adressons un énorme carton rouge au didacticiel. On peut la jouer “à l’ancienne”, pas de problème. Mais à quel moment peut-on estimer qu’il est de bon goût de ne pas corriger les erreurs du passé ? Pour formuler les choses autrement et de manière plus triviale : mais c’est quoi ce bordel ?
Slave Zero X se pare de plusieurs atouts assez techniques dans sa jouabilité mais n’est jamais évolutif, autre défaut majeur malgré la qualité des mécanismes. Or, quoi de mieux que de vous mettre des textes jusqu’à-plus-soif dès le début, sans vous laisser le temps de digérer les informations ? On vous balance des explications loooooooongues et de moins en moins claires puis c’est bon, en route Martine et bon voyage ! Ainsi, dès le tout début, on met du temps à comprendre le HUD, on ne sait plus comment esquiver ou balancer un projectile et encore moins se mettre en garde, sachant que cela demande une précision chirurgicale. Et en 2024, ce n’est clairement plus acceptable ! Par bonheur, le titre se rattrape de fort belle manière.
Pâte à Slave
Expérimentons la synthèse afin de vous exposer le gameplay : celui-ci est riche mais tout apprendre demande un peu de temps. Si vous disposez bien d’une arène pour vous entraîner, c’est bien grâce à l’empirisme et la maîtrise accumulés durant l’épopée principale que vous commencerez à entrevoir toutes les possibilités. Dans Slave Zero X, inutile de penser uniquement aux grosses tartasses qui tâchent ! Non, tout est régi par un système de combos peu évident à maîtriser mais qui s’avère capital pour votre progression. Tout réside dans le timing mais nous y reviendrons.
Il faut penser d’abord à son emplacement, à ses propres déplacements et à ceux des ennemis car nous ne sommes pas face à une œuvre en 2D mais en 2,5D, ce qui change tout ! Vos possibilités de fuite, l’arrivée des troupes, les pauses durant le combat : Slave Zero X donne un nouveau sens à la profondeur et pas seulement visuellement. C’est d’ailleurs un choix audacieux et plutôt malin puisque si les ennemis se contentent d’arriver en masse et d’user inlassablement de leurs patterns, parfois très limités, c’est votre gestion de l’espace qui vous amènera jusqu’au triomphe. Ne pas se laisser prendre en sandwich est essentiel malgré le fait que la gestion est toujours plus difficile sur un jeu en 3D ! Devil May Cry (d’ailleurs cité comme l’une des sources d’inspiration), si tu nous entends…
Salve Zéro X !
Qui dit “combos” dit “note en fin de niveau” et en ce sens, Slave Zero X ne déroge pas à la règle à l’instar de son prestigieux et diabolique modèle précédemment évoqué. Et comment faire ? Il faudra varier entre les coups légers et forts, changer de direction pour effectuer une frappe différente, glisser un tacle à l’adversaire, le balancer en l’air, lui jeter des trucs à la tronche (en quantité limitée…), voilà les options qui s’offrent à vous !
Évidemment, d’autres ingéniosités se glissent, à l’instar de l’usage du saut en simple ou en double, de la synchro de jauge qui vous permet d’éloigner les vilains lapichons si vous l’effectuez au bon moment et de l’usage de votre puissance max, matérialisée par une espèce d’auréole qui permet de cogner plus fort. Se soigner, riposter, enchaîner les longues phases de frappes sans que l’ennemi ne touche le sol…tout cela demande une dextérité certaine que tout le monde peut acquérir. Car si la mort rôde, elle n’est jamais trop punitive et vous ne reprenez jamais loin de votre lieu de décès.
Slave Zero X : trépas gentil
Si défaite il y a, Slave Zero X n’en abuse pas. Curieusement, les combats de Boss ne sont pas insurmontables en plus d’être tous réussis ! La plus grande complexité du jeu ne vient pas de son système offensif mais plutôt de la gestion de sa défense où il faudra choisir entre le dash afin de s’éloigner (attention à ne pas fuir dans la gueule du loup d’une autre horde !) et la parade qui nécessite d’appuyer dans la bonne direction afin de contrer l’attaque, le tout selon un timing ultra-précis et serré. Encore une fois : rien ne demande des réflexes surhumains mais il va falloir user du skill et s’entraîner avant de devenir un machine de guerre impitoyable et presque invincible ! À partir du moment où vous avez compris que la moindre erreur se paie cash, tout devient plus limpide.
Bien sûr, le système d’améliorations vous fera le plus grand bien, ne serait-ce que pour augmenter votre barre de vie ou la vitesse de remplissage de votre jauge salvatrice. Classique mais toujours attrayant.
Ne pensez pas non plus avoir complété Slave Zero X une fois l’ultime gredin tabassé : le “Palais Sanglant” sera disponible et il sera dur de le quitter, le classement en ligne étant de temps en temps le fossoyeur de votre égo ! Des défis appréciables qui gonflent sans artifice une durée de vie plutôt faiblarde pour la quête principale, qui n’a pas excédé les 5H nous concernant. Mais mieux vaut un concentré explosif qu’un vide intersidéral dépassé par sa grandeur aussi importante que la mégalomanie de ses géniteurs.
Chéri(e), ça va couper…








