Un jour pluvieux de 1993. Peut-être l’automne. J’ai 9 ans et aujourd’hui est un grand jour : j’ai le droit de choisir un nouveau jeu pour ma console favorite, la SEGA Megadrive ! Le magasin ne propose même pas une dizaine de jeux Megadrive, mais il y a du lourd et le choix s’annonce difficile. Dans le lot un jeu me laisse perplexe : Shinobi III Return of the Ninja Master ? Je n’en ai jamais entendu parler. Je ne savais même pas qu’il y avait un Shinobi II (d’ailleurs les japonais ne sont pas au courant non plus, vu que chez eux ce jeu s’intitule The Super Shinobi II).
Pourtant je me tiens au courant des sorties. Je devrais m’abonner au magasine MegaForce plutôt que d’acheter un numéro au pif de temps en temps. Bref. Même si le Thunder Force IV me fait de l’œil, ce Shinobi III me fascine. Les images derrière la boite y sont pour beaucoup : Joe Musashi en train de combattre un monstre aussi dégueulasse que géant ? Joe Musashi dans une forêt en flamme ? Joe Musashi sur un surf ?! Du jamais vu (tais toi Sonic, on parle là et ton épisode 3 n’est même pas encore sorti). Ok, je prends !
Alors manette en main ça donne quoi ? Et bien c’est la claque. Et même le coup de pied sauté descendant dans la face car, pour commencer, le panel de mouvements dont dispose ce cher Joe est hallucinant pour un jeu d’action/plate-formes : on peut balancer des shurikens, courir, attaquer au corps à corps, se protéger, s’accrocher aux plafonds tel un spider-cochon, faire du wall-jump, des coups de pieds sautés… Les double sauts de The Revenge of Shinobi sont toujours présents, et même s’ils restent plus facile à déclencher qu’avant, le timing pour les exécuter demeure serré et pourra parfois vous faire souffler du nez.
On retrouve également les 4 même pouvoirs ninjutu que précédemment. Une fois par vie vous pourrez donc au choix infliger des dégâts sur tout l’écran (ça peut aider contre les boss et en plus c’est joli), vous octroyer la faculté de sauter beaucoup plus haut, vous… suicider (oui, mais avec classe, en infligeant des dégâts, et en vous permettant de continuer sans revenir au checkpoint précédent) et, mon préféré, vous protéger des prochains coups, ce qui vous permettra d’éviter de tomber dans un des nombreux gouffres fatals du jeu et même de garder plus longtemps votre précieux PowerUp.
En effet ces PowerUps triplent la puissance de vos coups et disparaissent dès que vous vous faites toucher. Ils changent même l’animation de la plupart de vos attaques ! Et où les trouve-t-on ? Et bien dans ces petites boiboites en bois qui vont donneront généralement plus de shurikens, mais cacheront aussi souvent une bombe. Certaines boîtes un peu plus difficiles d’accès pourront vous offrir une utilisation de pouvoir ninjutsu supplémentaire (juste pour cette vie et pour le niveau en cours, faut pas déconner, c’est la crise), voire une vie.
Et des vies, vous allez en perdre (à moins de connaître déjà très bien le jeu) mais… ça va. La difficulté reste très correcte pour un jeu de l’époque. Je dirais même que c’est un des jeux les mieux équilibrés de l’époque 16 bits. Shinobi te martyrisera, mais pas trop. Les niveaux s’enchainent de sorte à ce qu’on ne s’ennuie jamais, avec une mise en scène très dynamique qui est là pour nous en mettre pleins les yeux et les oreilles. Jugez plutôt : après la visite d’une forêt de bambous et des rives d’une caverne souterraine on se retrouve dès le niveau 2 sur le dos d’un cheval au galop, injectant de la variété dans un gameplay déjà riche.
S’ensuivront des passages dans des décors plus high-tech tels qu’un laboratoire d’expérimentations qui ferait presque pâlir Monsanto, les dessous malicieux d’un aéronef avec en fond des nuages qui défilent avec une maîtrise du parallaxe scrolling rarement vue sur Megadrive, ou encore une base militaire entourée d’une jungle en flammes. Boss et demi-boss rythment chaque niveau : tous pètent la classe et sont funs à combattre même si leurs patterns restent généralement simples.
Enfin, terminons sur l’ambiance sonore, domaine où la Megadrive est capable du meilleur comme du pire. Mais surtout du pire, soyons honnête. Et bien là encore, ça claque. Les bruitages sont pêchus et mêmes les exclamations de notre ninja favori (qui a manifestement un problème avec le concept de discrétion, il faudra lui expliquer un jour) sont crédibles. Les musiques, variées et très bien écrites, distillent la bonne atmosphère au bon moment et participent à rendre cet excellent jeu fun, dynamique et immersif. Mention spéciale à “Whirlwind” qui accompagne la scène très exaltante sur l’espèce de surf et à la très belle musique de fin.





