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Critique Cinoche : Zorro – Le mythe peine à renaître

Yaeck [Rédacteur]
Je lis, je joue, je regarde. Puis j'écris. Et parfois, j'arrive même à être drôle.

Drôles d’idées qui surviennent parfois. On savait Jean Dujardin désireux d’incarner Zorro l’hidalgo mais de là à ce que cela se concrétise il y avait un gouffre, voire même un canyon. Sauf que le personnage emblématique de Johnston McCulley est depuis quelques années plus ou moins tombé dans le domaine public, ce qui laisse libre cours à toute une ribambelle d’adaptations plus ou moins libre du mythe. Que vaut donc celle mise en scène par nos franchouillardes équipes et disponible au visionnage sur Amazon+ ? Portons loup pour se déguiser en renard et rejoignons ensemble la Californie naissante pour avoir la réponse à ce nouveau mystère.

DARK KNIGHT RETURNS

Don Diego de la Vega a remisé depuis presque 20 ans la tenue du justicier masqué. Il est désormais marié à la très sensuelle Gabriella, qu’il délaisse pour se consacrer pleinement à la gestion du pueblo de Monterey. Une cité dont il recevra d’ailleurs très prochainement les rênes des mains de son alcade (maire) actuel, qui n’est autre que son père Alejandro. Il succédera ainsi à son paternel un peu trop passéiste et pourra profondément réformer politiquement et matériellement la région. Et ceci en commençant par son plus grand rêve : l’installation d’un puits au centre du village, ce qui faciliterait grandement la vie de tous les habitants.

Mais c’est sans compter sur Don Emmanuel, un homme d’affaires redoutable qui compte bien mettre la ville sous sa coupe pour y bâtir un véritable empire, avec son casino en centre névralgique. Devant son impuissance face à cet être profondément véreux mais qui sait toujours resté dans le cadre de la loi, Diego n’a pas d’autre solution que de ramener de la nuit son double capé pour rétablir un semblant d’ordre et de justice.

Techniquement parlant, cette relecture de Zorro qui se veut être une suite alternative des aventures de Guy Williams tient grandement la route. Les décors sont sublimes, ces derniers ayant été construit en dur dans le sud de l’Espagne. Un effort honorable qui permet de vraiment donner corps à cette Californie de 1820.
Les costumes sont aux petits oignons notamment ceux de Don Diego et les acteurs campent assez bien leur rôle tandis que la musique fait clairement le travail en dehors d’un générique chanté assez peu agréable à l’oreille.
Au premier coup d’œil, on est donc plutôt séduit par la proposition.

Et pourtant, malgré tous ces bons points, la série va très vite basculer dans l’incompréhensible…

L’HUMOUR ROI

Le défaut majeur de cette version française du héros de la nuit (une version animée fut également produite dans les années 2010, dont nous avions testé l’adaptation vidéoludique ici même), c’est de tout tourner en dérision, de ne rien prendre au sérieux, d’absolument tout sacrifier au nom de la blague. En bref, d’en faire une comédie.

Quel choix étrange qui réduit à néant tous les efforts évidents mis dans ce projet qui de prometteur ne restera finalement que pantalonnade. Certaines scènes en deviennent risibles, voir pathétiques. Des moments de bravoures sont contrebalancés par des vannes débiles ou des comportements d’enfant de 5 ans. Tout doit devenir humour, et il n’en reste alors qu’un immense sentiment de gâchis…

Au visionnage, les références sont pourtant de hautes tenues. On reconnaît l’influence du duo Goscinny/Morris dans certaines blagues que l’on croirait sortir tout droit d’un album de Lucky Luke. Les dialogues penchent eux très fortement du côté d’un Alexandre Astier et de son univers « Kaamelotien » avec son attrait pour l’absurde et les quiproquos abscons. On pourrait même y voir un peu du « Astérix et Cléopatre » d’Alain Chabat, pour en revenir une fois de plus à Goscinny.

Mais la vraie problématique est justement bien là : veut-on voir un Zorro passé à la moulinette de l’humour Franco-belge ?

Pour notre part, la réponse est clairement non.

Pour parler de Jean Dujardin, il flirte bien souvent avec son Hubert Bonisseur de la Bath même si le traitement de Don Diego, bien que parfois caricatural, ne tombe jamais dans la lourdeur ou le caractère benêt d’un OSS 117. Un point intéressant dans le traitement de ce double rôle, c’est la dichotomie entre Don Diego et Zorro, l’un profondément coincé et incapable d’exprimer clairement ses sentiments et l’autre libre de toutes contraintes, ne connaissant aucune peur et aucune entrave. Le héros masqué agissant comme un exutoire pour l’étriqué Don Diego, être écrasé par ses responsabilités.

GLOIRE AU Z

Tout n’est pourtant pas à jeter non plus, loin de là. Car même si l’intrigue finit par s’éparpiller dans tous les sens elle n’en délivre pas moins quelques belles séquences, malheureusement trop rares – là encore quasiment toutes réduites à néant par un effet comique très malvenu.

On retiendra la scène entre Don Diego et son père dans le désert, entre acceptation de soi-même et compréhension de l’absurdité de tout cela. Un moment fort en émotion que les créateurs ne peuvent s’empêcher de terminer par un misérable « Papa ? » qui casse toute la puissance symbolique de l’échange…

Consacrons un paragraphe sur le sergent Garcia… ou ce qui en tient lieu car jamais il n’est nommé ainsi, tout juste son prénom – Cristobald, une invention – est cité. Sans doute une question de droit (le personnage appartenant de base à Disney et non pas à l’œuvre romanesque) qui fait que bien qu’on sache que c’est lui rien ne l’indique jamais explicitement. Interprété par Grégory Gadebois, il joue le candide militaire d’une bien drôle de manière, presque blasé.

Son jeu est clairement en décalage en comparaison du reste du casting, comme s’il ne faisait pas vraiment partie de la même histoire. En résulte un sentiment curieux quant au rôle, limite on se demande si le comédien n’en avait pas strictement rien à faire de tout ce bazar…

À noter une scène d’affrontement entre Garcia et Zorro qui résume parfaitement tout ce qui ne va pas dans la série. Alors que les deux hommes mènent un combat sabre au poing qui s’éternise dans une mollesse paresseuse, Zorro stoppe la séquence tel un metteur en scène fortement agacé puis lâche à la cantonade un « Bon allez c’est bon, on passe à la suite !» avant d’enchaîner par le plan de sa fuite sur le balcon.
Ce passage, qui brise quasiment le quatrième mur, illustre parfaitement le manque de sérieux général du show (c’est presque du Austin Powers à ce niveau-là !).

Encore une fois, quelle tristesse. Pris au premier degré et traité avec sérieux, cette série aurait pu devenir une petite pépite apportant sa pierre à la légende du héros à moustache. À la place elle ne restera que comme une blague potache, n’ayant pas su traiter son sujet avec le respect qui lui était dû.

AVIS DE LA REDAC

Série à la forme parfaite mais au fond complètement traité par-dessus la jambe malgré une intrigue qui aurait pu tenir la route, ce Zorro sauce 2024 est totalement sacrifié sur l’autel de notre sacro-sainte « comédie française » et de la déconstruction du héros si chère à notre époque. On est éberlué devant le traitement comico-burlesque de cet univers qui méritait tellement mieux que cette succession de blagues vaseuses et de situations grand-guignolesques frisant l’absurde. On en retiendra cependant la beauté formelle de ses décors et costumes, promesse d’une série qui aurait mérité tellement mieux. Ayant adopté un ton inapproprié au sujet, elle restera tristement dans les mémoires comme une belle foirade (si jamais elle reste dans les mémoires…). Pauvre Zorro...

CONCLUSION DU SCHMURZ

LES PLUS
  • Formellement convaincante
  • Un bon fond...
LES MOINS
  • ... mais un mauvais ton
  • Toutes les situations dézinguées au nom de l'humour
  • Un "Sergent Garçia" lunaire...
52
%
CA PASSE BIEN

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