Après 16 ans d’absence, voilà que l’inventeur grand amateur de fromage Wallace et son chien Gromit aussi fidèle que malin sont de retour pour une nouvelle aventure, pour la plus grande joie de tous ceux qui suivent cet étrange duo depuis leur premier court-métrage, sorti en 1989. Toujours en collaboration avec Netflix pour la diffusion, les studios Aardman nous offrent donc un deuxième long-métrage en moins d’un an – après Chicken Run 2 – ce qui est assez inhabituel vu le temps nécessaire pour ce type de production. Cette sortie aussi rapide que surprenante a-t-elle influencé la qualité de ce nouveau « Wallace & Gromit » ?
GROMIT A LA NAIN VERTE
Toujours enfermé dans sa cellule du zoo local, Feather McGraw rumine sa vengeance. Ce temps passé derrière les barreaux n’a fait qu’affûter son esprit machiavélique et son ressentiment envers les responsables de sa captivité.
Sa ténacité intacte n’a d’égale que sa détermination et c’est avec machiavélisme qu’il va tenter de dérober à nouveau la plus resplendissante des pierres précieuses au monde. Le « Diamant Bleu » étant désormais bien à l’abri dans le coffre-fort du musée, sous la surveillance personnelle du chef de la police locale, l’inspecteur Mackintosh.
De leur côté, Wallace et Gromit vivent leur petite vie tranquille quoiqu’un brin fauchée. Voyant Gromit s’affairer à son cher jardin, l’esprit fertile de Wallace se met à concevoir une aide de camp pour aider aux tâches de plantation et d’entretien des plantes. Et c’est ainsi qu’il crée Norbot, le nain de jardin intelligent, aussi efficace qu’enjoué.
Devant le succès du travail du gnome à intelligence artificielle dans les parterres de Gromit (qui lui n’apprécie guère ce « coup de main »), tout le voisinage réclame d’avoir Norbot pour s’occuper de leur jardin. Se pourrait-il que Wallace ait dégoté là un nouveau partenaire pour un fructueux nouveau job ?
Comme d’habitude avec le duo, très vite la situation va dégénérer et amener à une suite d’événements tous plus burlesques les uns que les autres. Mené tambour battant les séquences s’enchaînent sans qu’on ait le temps de s’ennuyer une seconde, en maniant avec habileté humour et cascades improbables.
Toujours réalisé par Nick Park (le créateur) et toujours en « Stop Motion« , c’est-à-dire que les personnages sont déplacés de quelques millimètres avant une prise de photo qui défilant les unes derrière les autres donne l’impression de mouvement, on ressent quand même pas mal l’assistance du numérique pour peaufiner chacun des plans du film. Il n’y a par exemple plus du tout cet effet de léger tremblement entre chaque « frame« , comme on devrait normalement le ressentir dans une telle production. Non désormais tout est parfaitement fluide, sans la moindre anicroche. Sans doute un peu trop d’ailleurs…
Pour ce qui est du casting vocal, nous avons vu le film en version originale, donc en anglais. La voix emblématique de Wallace, Peter Sallis, s’est éteinte en 2017 et c’est donc Peter Whitehead qui le remplace dans le rôle. On perçoit la différence mais qu’on se rassure, l’inventeur loufoque garde son très fort accent britannique.
La musique est cette fois-ci assurée par Lorne Balfe, compositeur écossais en vogue qui sait rester dans le ton des anciens métrages du studio. À noter sa reprise du thème principal lors du générique de fin de toute beauté. En y ajoutant des chœurs et une forme d’envolée lyrique mesurée, le musicien ajoute de l’épique à la célèbre mélodie qui accompagne le binôme depuis ses débuts.
WALLACE, UN HOMME QUI A DU CHIEN
On avoue avoir abordé le visionnage de ce dernier film mettant en scène Wallace et Gromit avec une certaine circonspection. Car en 15 ans le monde a bien changé et surtout « Sacré Pétrin » le court-métrage de 2008 était clairement en-dessous des autres.
Mais au fur et à mesure de notre avancée au cours de cette une heure quinze de métrage, quel ne fut pas notre plaisir que de retrouver du très grand Aardman, à la fois drôle, enfantin et touchant.
Servant de liant entre les précédentes aventures, il amène une cohérence globale plus que satisfaisante qui rehausse l’ensemble de la série. Exit cependant d’autres éléments, avec en point d’orgue les « relations sentimentales » qui étaient clairement de trop, à la fois pour le maître et pour le chien.
On retrouve donc nombre de références aux anciens épisodes, que ce soit explicitement mis en avant ou bien simplement dans le décor. Il se pourrait même qu’on y croise quelques caméos venus d’autres séries du studio…
Cela veut donc dire qu’en contrepartie, et contrairement aux autres, il est nécessaire pour bien comprendre ce dernier film d’avoir vu les précédents, et plus particulièrement « Un Mauvais Pantalon » (1993) et « Le Mystère du Lapin Garou » (2005) afin d’en saisir tous les tenants et aboutissants.
Toutefois « La Palme de la Vengeance » ne se contente pas de convoquer le passé pour mieux le sublimer, il présente également de nouveaux personnages. À commencer donc par Norbot le nain de jardin boosté à l’IA. Équivalent de ce que fut « Jeannot Lapin » dans « Lapin-Garou », le gnome à la main verte apporte un côté folie chaotique à la vie bien huilée de Gromit, pour son plus grand malheur. Plein d’entrain et toujours joyeux, le petit robot enchaîne chaque menu travaux sans jamais défaillir, et sans cesse paré de ce sourire qui peut finir par agacer. Très clairement l’élément le plus comique du film, sa nature profonde apportant une bonhommie joyeuse à l’ensemble du métrage.
Autre nouvelle tête qui fait son entrée ici, la jeune officière de police Mukherjee, qui pour son premier jour fait preuve d’un enthousiasme qui exaspère le vieux brigadier MacKintosh (qui lui apparaissait dans « Lapin-Garou »). Plus réfléchie que son aîné, elle lui sera d’une grande aide pour résoudre ce second vol du Diamant Bleu.
UN PINGOUIN PAS MANCHOT
Bien que le film présente beaucoup de choses à l’écran qui se mettent en place sans temps mort, on pourra regretter le fait que Wallace ne soit pas si présent que cela durant une bonne partie du récit. En gros lors du second acte qui voit Gromit prendre les devants et mener l’enquête pendant que son maître subit du mieux qu’il le peut sa décadence soudaine (il n’en reste pas moins hilarant lors de ces quelques scènes).
Le dernier acte, et principalement le grand final, consiste en une gigantesque course poursuite haletante entre notre trio de protagonistes (Wallace, Gromit et Norbot) et le pingouin malfaisant, ce qui donne des scènes d’action trépidantes et nerveuses… Enfin, du moins aussi trépidantes et nerveuses que le leur permettent leurs moyens de locomotion qu’on vous laisse le soin de découvrir…
Contre toute attente, et bien que l’aventure se termine avec une victoire de nos héros, il y a clairement une porte ouverte (on dira même « béante ») pour une séquelle car tout n’est pas résolu quand sonnent les crédits de fin. On n’avait pas de doute sur le fait que Wallace et Gromit reviendraient tôt ou tard dans une nouvelle histoire mais pour la première fois il se pourrait bien qu’on ait quelques indices sur ce qu’il adviendra dans ce futur métrage.
Reste à savoir quand le studio sera fin prêt pour faire cette suite…






