C’est avec deux cents millions d’années de retard que nous parlons aujourd’hui de Skeleton Crew, la série Star Wars sortie en décembre 2024 (il y a une éternité donc…). Passé complètement inaperçue et repartie depuis dans les limbes, nous avons pourtant souhaité à MegaForce revenir sur ces huit épisodes pas si anodins que cela. Nous voilà donc repartis une fois de plus pour une galaxie lointaine, très lointaine…
UNE BELLE AVENTURE
Sur la paisible et prévisible planète At Attin, le jeune Wim rêve d’échapper à sa vie morne et monotone. Mais en cette période de grand test déterminant pour l’avenir de sa génération, il se résout à suivre les traces de son père, un homme aussi droit que pragmatique. Et sans la moindre imagination.
Alors quand l’adolescent découvre par hasard un vieux vaisseau enfoui, il ne doute pas que l’attend une grande épopée par-delà les étoiles. Accompagné de ses amis – embarqué malgré eux dans cette galère – il surmontera mille périls et fera tout autant de rencontres. Et peut-être même finira-t-il par croiser la route d’un de ces héros légendaires armés d’épée laser…
Porté par un casting de jeunes acteurs – quatre pour être précis – et un Jude Law qui semble bien s’amuser dans son rôle de pirate spatial sachant mener son monde par le bout de leur appendice nasal, il faut reconnaître que les craintes premières (dues à l’inexpérience des rôles principaux) s’estompent assez vite. En effet notre quatuor se révèle crédible, même s’il subsiste des hésitations ici et là.
Sortent du lot Ryan Kiera Armstrong et Robert Timothy Smith. La première, dans la peau de Fern la « capitaine » du vaisseau errant, sait donner une grande profondeur au personnage – en tenant compte qu’elle reste une fillette de 13/14 ans au moment du tournage.
Le second est un cas un peu particulier car en soit le garçonnet n’est pas « visible » en l’état dans la série. C’est cependant bien lui qui – entre autres – donne vie à Neel, le jeune Myykien naïf et attachant, le cœur empathique de l’équipage.
Le jeune extraterrestre garni d’une trompe permet d’enchaîner sur les effets visuels qui sont dans la lignée des autres productions Disney+, c’est-à-dire très bien agencées. On sent que les moyens sont mit dans les FX et il n’y a pas vraiment de fausse note à relever à l’exception de quelques arrière-plans parfois trop « plats ». Cependant l’utilisation du ‘Volume’, cet écran géant qui permet de gérer des décors virtuels de manière interactive et qui est responsable de cet effet « toile de fond 3D », semble s’améliorer au fil du temps par l’ajout de décors en dur de plus en plus judicieusement employés.
Les séquences spatiales sont quant à elles irréprochables tandis que les créatures numériques (sentientes ou non) restent plus ou moins convaincantes. Kh’ymm l’astronome-hibou fonctionne plutôt bien tandis que les bêtes de somme du quatrième épisode sont bien plus… sommaires justement (elles restent potables, rien de profondément honteux non plus).
En parlant du quatrième épisode, quelle surprise de découvrir notre Mathieu Kassovitz national dans un second rôle très ambigu. Bon en fait pas du tout, c’est une véritable ordure n’hésitant pas à utiliser des enfants-soldats en première ligne, pour vous décrire un peu la nature du gars…
SPACE GOONIES
Dès le premier épisode on comprend tout de suite qu’on se retrouve là devant un hommage aux productions Amblin des années 80/90. L’ambiance, la musique, la nature du récit, la soif d’aventure… Et surtout bien sûr la bande de gosses confronté à des dangers bien trop grands pour eux mais qui pourtant sans sortent toujours sans dommage.
Ce voyage interstellaire qui connaîtra autant d’étapes que d’épisodes sera l’occasion pour notre fine équipe d’un parcours initiatique révélant à chacun sa véritable nature, en les poussant dans leurs retranchements respectifs mais aussi en les confrontant tour-à-tour à leurs plus grandes espérances puis à leurs plus profondes angoisses.
Et c’est là qu’on en revient à Win, ce gamin calme à l’esprit rêveur qui reste le seul à véritablement prendre son pied tout du long de cette équipée sauvage sur des planètes toutes plus dangereuses les unes que les autres.
Engoncé dans une relation Père-Fils aimante mais distante, il trouve dans cette excursion la concrétisation de tout ce qu’il a toujours désiré : vivre quelque chose d’hors du commun. Il n’y pas à dire, tous les codes du cinéma spielbergien sont là, et bien là.
De leur côté, Fern la rebelle domptera son sale caractère pour laisser entrevoir son talent de cheffe naturelle tandis que sa meilleure amie KB mettra sa logique toute cybernétique à la mise en place de stratégies aussi folles qu’incertaines. Neel lui trouvera confirmation que la bonté n’est pas systématiquement vouée à l’échec, à condition d’être persévérant, patient… et d’avoir pas mal de chance !
Parmi les nombreuses inspirations, on citera principalement Indiana Jones, Stand by me (qui n’est pas de l’univers de Steven Spielberg mais de Stephen King), Hook, The Son of Rambo(w) et bien entendu les Goonies évidemment. C’est vraiment vers ce dernier film que tend le plus ce Skeleton Crew, tout en restant bien ancré tout de même dans sa propre narration au sein de l’univers de « La Guerre des Étoiles ».
« C’EST ASSEZ… INATTENDU »
Malgré ses qualités évidentes, personne ou presque n’a visionné cette série Star Wars, une licence qui traverse une période troublée, c’est le moins que l’on puisse dire. Il faut dire aussi qu’entre les irréductibles fans qui ne jurent que par la trilogie originale et le grand public désormais lassé d’une licence usée jusqu’à la moelle par la Maison aux Grandes Oreilles, c’était loin d’être gagné.
Plombée de plus par la cataclysmique « The Acolyte » et jugée trop enfantine – ce qu’elle est incontestablement – elle n’aura pas su redresser la barre et susciter l’intérêt des abonnés de la plateforme de streaming.
Il faut dire aussi que bien que fortement sympathique elle est bien loin de se révéler indispensable. Si on retrouve l’atmosphère, la réalisation et le style musical de l’ère Amblin, elle manque en contrepartie de personnalité et ne fait que singer ses modèles. Avec brio certes, mais sans réelle plus-value non plus.
Les péripéties sont également assez survolées, certaines sous-intrigues mériteraient bien plus de développement au lieu de résolution soit en hors-champ soit en deux-trois lignes de dialogues assez cryptiques (on pense notamment au ‘client’ du spa).
Il ne faut cependant pas minimiser LA bonne idée qui va donner sa – maigre – particularité au show : le trésor derrière lequel tout le monde court se trouve être en fait au point de départ (« Moulinsart Style » pour ceux qui savent…), mais c’est le chemin du retour qui va douloureusement poser problème…
On fut étonné par ailleurs par cette fin abrupte, comme si on avait coupé au montage les scènes conclusives. La série se termine vraiment de manière précipitée et on reste sur un drôle de sentiment, ne sachant pas si une quelconque suite est envisagée. Cela va-t-il réellement se conclure ainsi ? Cette histoire aura-t-elle une quelconque conséquence dans l’univers plus vaste ? Sera-t-elle prise en compte dans le prochain film à venir, centré sur le Mandalorien et Grogu ? L’avenir le dira mais peu vraisemblable si vous nous demandez notre avis…






