Toutes les licences connaissent des hauts et des bas. Star Wars ne fait pas exception. Loin de là. Depuis le rachat par Disney il y a plus de 10 ans déjà, la popularité de la plus célèbre des sagas cinématographique n’est plus vraiment au beau fixe, la faute à des œuvres clivantes qui partent un peu trop dans tous les sens. L’arrivée des séries sur Disney+ – longtemps une gageure – n’ayant fait qu’accentuer le phénomène.
Sorties ces dernières semaines, deux de ces séries vont faire l’objet de l’article ci-présent. Une d’animation et l’autre qui pourrait bien ramener « La Guerre des Étoiles » au firmament. Une sorte de nouvel espoir qui ne fera pas de mal à l’univers Lucasien. C’est d’ailleurs par celle-ci que nous débutons notre double-critique « starwarsienne ». Vitesse Lumière.
ANDOR SAISON 2
Alors que l’emprise de l’Empire ne fait que grandir au sein de la galaxie, Cassian Andor – toujours sous la coupe de l’insaisissable Luthen Rael – poursuit ses missions d’espionnage et de sabotage. Mais il faut à la Résistance plus de moyen, plus de bras, plus d’organisation. Au fil des ans et à l’occasion d’une opération impériale d’envergure sur la planète Ghorman, les petites factions éparses vont petit à petit constituer une véritable armée rebelle, qui pourrait bien devenir à terme une menace pour les partisans de l’Empereur…
Tout comme la première saison, la seconde est constituée d’arcs de trois épisodes chacun. Chaque segment se déroulant un an après l’autre pour se finir pile-poil juste avant le film Rogue One. Parce que oui on le rappelle, Andor est en fait un spin off du film de 2016 que beaucoup considèrent avec raison comme le meilleur Star Wars sorti au cinéma depuis que Mickey a pris sous sa coupe la saga de Space-Opera.
De ce métrage de base, Tony Gilroy et ses équipes ont su extraire deux saisons à la qualité narrative éblouissante, bien loin du marasme qui semble désormais envahir le monde de Star Wars. Jamais une production estampillée du sceau de la firme aux grandes oreilles ainsi que de celui de la Guerre des Étoiles ne fut si bien écrite, si bien mise en scène, si bien maîtrisée de bout en bout. On est subjugué devant une telle maestria et on se dit finalement que « Si ! », Star Wars à encore bien des choses à dire.
Et le plus fort, c’est que le récit ne nous narre pas l’histoire des sempiternels Jedis déchus ou de la déconstruite famille Skywalker mais un sujet bien plus compliqué à mettre en image : la constitution, étape par étape, d’une armée belligérante face à un pouvoir autoritaire de plus en plus imposant.
Absence totale de sabre-laser, aucune mention d’un quelconque Jedi et la Force est à peine évoquée à deux ou trois reprises, pas plus. On est ici au niveau des résistants de base, dans un environnement certes fantastique mais qui sait rester très terre à terre.
Exemple frappant de la justesse d’écriture avec cette fameuse planète Ghorman, qui sera l’un des enjeux majeurs de la saison. De toute évidence inspirée de la France pendant l’Occupation, on y distingue en sous-texte tout un univers de la Résistance, de ses codes, de ses non-dits… Le parallèle va tellement loin que la production a même créé une langue extra-terrestre fictive… à l’accent Frenchy ! Véridique.
On retrouve d’ailleurs parmi les habitants de cette planète nombre de comédiens hexagonaux, avec en point d’orgue Thierry Godard, accompagné de l’acteur allemand Richard Sammel. Tous deux étaient présents au casting de la très belle série « Un Village Français », qui racontait le destin d’un hameau durant… la Seconde Guerre Mondiale. Nul doute qu’il ne s’agit aucunement là d’un hasard mais bien une fois de plus la volonté tout en subtilité de rappeler cette période historique précise.
Tant qu’on est sur les acteurs, continuons sur cette lancée pour exprimer l’excellence de tout le casting. Stellan Skarsgård en Luthen reste juste extraordinaire, à la fois perfide comme un serpent mais aussi profondément fidèle à ses idéaux. Son assistante Kleya – interprétée par Elizabeth Dulau , son premier grand rôle ! – marque aussi profondément les spectateurs par son caractère renfrogné et tenace. Genevieve O’Reilly pour sa part campe une Mon Mothma au bord de la rupture, voyant son monde – et ses proches – s’éloigner de plus en plus d’elle et de ses principes. De l’autre côté de l’échiquier, on retrouve ce bien étrange duo impérial Syril/Dedra (Kyle Soller/Denise Gough), un couple qui finira broyé par l’impitoyable système qu’ils défendent.
Et bien entendu il y a Diego Luna dans le rôle-titre de Cassian Andor. Un personnage ambigu, ayant appris à tout lâcher dans la seconde, sans aucune attache. À la notable exception de la charmante Bix pour qui il se dévoue corps et âme. Un espion qui inspire autant de respect que d’effroi, tuant sans aucune pitié quiconque se met sur sa route, qu’il s’agisse d’un agent impérial ou bien d’un pauvre bougre qui se trouve là un peu par hasard. Impitoyable dans ses actes, l’acteur sait lui donner dans son jeu l’ambiguïté nécessaire pour ne pas en faire un monstre froid tout en faisant comprendre en même temps que rien ne l’arrêtera dans ses objectifs.
Rôle secondaire – mais primordial – dans Rogue One, ces 24 épisodes d’Andor auront su lui donner une épaisseur unique, faisant de lui un nouveau personnage iconique de la licence. Il restera toutefois bien plus ambivalent qu’un Luke Skywalker, Cassian n’étant justement pas du tout un « Chevalier Blanc ».
Et c’est justement cette ambiguïté qui manquait par trop à cet univers manichéen, cet entre-deux entre le bien et le mal que cette « nouvelle » trilogie aura su apporter avec brio.
Chapeau bas et pourvu que cela serve de leçon aux autres productions Lucasfilm à l’avenir…
TALES OF THE UNDERWORLD
Après les Jedi et l’Empire, place à l’univers plus subversif des bas-fonds de la galaxie. Dans cette troisième saison de « Tales of » nous suivrons comme à l’accoutumée deux personnages de l’univers étendu. Nous avions eu droit tout d’abord au Comte Dooku et Ahsoka puis ensuite à Morgan Elsbeth et Bariss Offee, place cette fois à Assajj Ventress et Cad Bane.
On retrouve Assajj après son décès (!), ressuscitée par l’étrange magie des Sœurs de la Nuit sur Dathomir. En errance elle finira par tomber sur un enfant abritant la Force et presque malgré elle l’aidera à rejoindre « la Voie« , que les rumeurs spatiales prétendent être un chemin sûr pour les jedis en fuite, mené par Quinlan Vos. Comme de bien entendu le parcours sera semé d’embûches qui mettront la loyauté de l’ancienne disciple du Comte Dooku en porte-à-faux.
Sur Duro, planète influente aux habitants fiers, nous faisons la rencontre de deux jeunes orphelins des rues : Colby et Niro. Le destin – et un braquage qui tourne mal – séparera les deux amis d’enfance. L’un deviendra marshal et l’autre… le redoutable mercenaire connu sous le nom de Cad Bane !
Diffusée dans une certaine indifférence, cette troisième mouture de ces « contes » Star Wars reste certes anecdotique mais pas déplaisante. On retrouve deux personnages charismatiques qui gagnent ici en développement et en profondeur. On note quand même un meilleur scénario (très typé western) pour ce qui est de Cad Bane là où la mésaventure d’Assajj interroge sur sa pertinence (et sur la chronologie et la cohérence du personnage aperçu dans d’autres séries comme Bad Batch).
Visuellement nous sommes dans la continuité de l’animation 3D classique de Star Wars, débuté en 2008 avec le film servant d’introduction à la série « The Clone Wars ». Nous sommes donc en terrain connu et rien de particulièrement surprenant n’est à relever de ce point de vue là.
Petite anecdote amusante, Assajj Ventress fit sa première apparition non pas dans « The Clone Wars » mais dans « Clone Wars », la série animée supervisée par le génie Genndy Tartakovsky qui reste à ce jour « plus ou moins canon » en fonction de la personne à qui vous le demanderez (C’est également là qu’apparaissait pour la première fois le Général Grievous).
Pour en revenir à « Tales of the Underworld », et plus largement à l’ensemble de la série qui compte à ce jour 18 épisodes de six arcs différents, elle se révèle très inégale d’une section à l’autre et cela dénote un certain manque d’ambition narrative sur certains segments. Si les récits sur Bariss Offee, le comte Dooku et Cad Bane font montre d’une belle écriture et de très bons contextes, on ne peut pas en dire autant pour ce qui est du reste du panel présenté.
Ahsoka méritait mieux que ces trois petites histoires assez peu engageantes ; idem pour Assajj qu’on aurait adoré voir évoluée dans un univers bien plus noir et « cyberpunk » au lieu de la suivre en tant que babysitter d’un jeune adepte de la Force. Quant à Morgan Elsbeth, on se demande encore pourquoi avoir consacré trois épisodes à cette femme antipathique qui sera très vite oubliée de tous…
Une question demeure : il-y aura-t-il une quatrième saison de « Tales of » et sur qui sera-t-elle centrée ? Pour notre part on pourra parfaitement en rester là sans souci…






