Predator « Killer of Killers » est disponible sur Disney+
Il est bien loin le temps où en 1987 John McTiernan sortait un film sur un mystérieux chasseur extra-terrestre qui n’avait pas une tronche de porte-bonheur. Quarante ans et cinq films plus tard arrive la première adaptation animée de la franchise avec ce « Killer of Killers » qui se propose d’élargir l’univers des Yautjas, créature mythique du cinéma désormais sous le giron du géant Disney. Qu’avons-nous pensé de cette nouvelle traque ?
EN CHASSE
Au fil des siècles une race extra-terrestre à la culture profondément guerrière visite la Terre en quête de grands combattants pour des duels à mort sans aucune pitié. Des plaines glacées des pays du nord au combat aérien au-dessus de l’Atlantique en passant par le Japon féodal, ces combats féroces tournent bien souvent à l’avantage des colosses venus des étoiles… mais pas toujours…
Donc, « Killer of Killers » est un projet d’animation réalisé par Dan Trachtenberg, qui officiait déjà derrière la caméra sur le surprenant « Prey » et qui sera au même poste sur « Badlands« , le prochain métrage à sortir en 2025 . Avec ce dessin animé – à ne pas mettre devant les yeux de jeunes enfants, c’est toujours bon de le préciser – le réalisateur souhaite instaurer un récit cohérent sur la longueur. On verra si ses efforts payent à la sortie de son troisième projet au sein de la saga.
En attendant, revenons sur ce nouveau Predator relatant concrètement quatre petites histoires au cours des 1h20 que dure la bobine. Les trois premières reviennent sur des duels et la quatrième sur un combat en arène. On n’en dira pas plus pour ne pas gâcher l’effet de surprise au visionnage.
Ce qu’on peut faire en revanche c’est présenter nos trois protagonistes du jour, ceux qui devront affronter les prédateurs de l’espace. En premier lieu nous avons Ursa, la redoutable viking en quête de vengeance dans les grandes plaines glacées de Scandinavie en l’an 841. Déterminée et sans pitié elle traque le responsable de la mort de son père en compagnie de ses hommes et de son fils. Mais il semble qu’une ombre furtive observe discrètement ce jeu de massacre… S’agirait-il du légendaire monstre des ténèbres Grendel ?
À l’autre bout de la planète, et 800 ans plus tard – en 1609 pour être précis – le duel entre deux frères que tout oppose les verra se réconcilier le temps d’un affrontement contre un Démon, incarnation du père Samouraï inflexible et impitoyable des deux hommes. Histoire sans parole pour ce segment où seule une phrase sera prononcée, à deux reprises, en début et fin de séquence. Poignant.
Ce moment de silence sera très vite contrebalancé par le troisième segment mettant en scène un bien trop bavard mécanicien se rêvant pilote, le tout durant la Seconde Guerre Mondiale. Forcé par les événements à prendre les airs au sein d’un vieux coucou brinquebalant mais efficace, il affrontera un bien étrange engin volant décimant toutes les flottes aériennes du secteur. Peut-être un de ces Gremlins qui hantent les discussions le soir autour d’une bouteille ? Son ingéniosité et son inconscience seront ses principaux atouts dans ce redoutable duel aérien.
Le quatrième segment revient lui sur trois combattants ayant vaincu des Yautjas et qui doivent s’affronter entre eux jusqu’à la mort dans un match en arène. Le survivant gagnera le droit d’un ultime combat contre le redoutable chef de clan. La voie semble toute tracée pour ces trois malheureuses âmes perdues sur une lointaine planète aussi dangereuse qu’inconnue. Mais il se pourrait bien qu’il y ait une autre solution…
L’ART DU COMBAT
Découpé donc en quatre courts-métrages, « Killer of Killers » parvient à garder une cohérence narrative malgré la différence de ton entre les différents segments. Le rythme est bon, avec ses moments de pause entre les grandes séquences d’action dont certaines sont particulièrement bien mises en scène (on pense au plan séquence pendant la prise d’assaut du fort ou la scène stupéfiante de vol entre les navires de guerre…). Inutile de le préciser mais faisons-le quand même, hémoglobine et boyaux volent dans tous les sens au cours de ces affrontements…
Schématiquement les trois récits sont construits de manière identique (le quatrième reste à part). Un combat s’engage entre deux ennemis, l’un des deux remporte la victoire et c’est à ce moment-là que le Predator entre en scène après avoir observé le combat en mode furtif. S’engage alors un duel trépidant qui mettra les deux adversaires face à leurs limites physiques et mentales. Et que le meilleur gagne…
L’effet ‘Peinture numérique’ est du plus bel effet et trouve son style entre les humains et les Yautjas aux codes couleurs pourtant bien éloignés. Sans parler de la divergence de ‘look’ entre les deux espèces…
Musicalement rien de bien remarquable. Les bruitages eux respectent la charte établie par les films avec ses sons si caractéristiques qu’il fait plaisir de réentendre.
Petite anecdote : pour le futur film qui se passera pour une bonne partie en territoire Yautja, une langue cohérente a été conçue par rien de moins que la même équipe de linguistes ayant créé celle des Na’vi dans les films de James Cameron. Langue dont nous avons ici un léger aperçu lors du segment final avec le commandant Predator.
Reste l’intérêt d’un tel exercice. Et c’est là qu’on entre dans le vif du sujet. Pour les uns, il s’agira d’un bel ajout à la mythologie Predator, permettant d’élargir le concept et de mieux préparer l’avenir de la licence. Ce n’est pas indispensable mais c’est sympathique et cela laisse entrevoir de belles choses pour les futurs projets.
Pour les autres ce n’est rien de moins qu’une perte de temps et d’argent. Un métrage absolument inutile, pour ne pas dire irrespectueux de la saga (« qui se résume à deux films, point barre ! »).
Tout dépendra alors de votre propre attachement à Predator et de vos attentes personnelles quant à la franchise. Après il faut bien admettre qu’on est désormais bien loin du côté un peu « underground » des débuts et que désormais on sent bien que sous la tutelle de la firme à la souris il faut rendre plus grand public la licence pour attirer le plus grand nombre.
Un pari qui trouvera sa réponse en novembre avec la sortie de Badlands qui mettra un Predator non plus en adversaire mais en héros du film et qui tentera d’apporter une cohérence globale à une saga qui en a bien besoin…







