En l’an de grâce 1996, mon compagnon d’armes avec lequel nous avions affronté les sbires de Mr. X ou encore les séides du vil Death Adder fit l’acquisition de la Sega Saturn. En vérité il avait d’abord lorgné sur cette poseuse de Playstation, mais ma langue de serpent segamaniaque le convainquit de rester dans le rang de la marque au hérisson bleu. Bon, il se peut également qu’un certain Sega Rally ait influencé son choix.
Toujours est-il que ma surprise fut grande lorsque je constatais, au fil des mois, que cet ami achetait nombre de jeux 2D. « Quoi ?! Mais pourquoi fais-tu cela William ? La 3D c’est le futur ! Quel intérêt d’acheter une Saturn pour jouer à des jeux 2D ?! ». Quel sot étais-je alors (et un peu relou aussi, avec le recul) ! Environ un an plus tard je lui rachetais sa Saturn avec un lot de jeux pas dégueux et, finalement, ceux en 2D marquèrent le plus ma mémoire, notamment The Story of Thor 2.
Mais quel est donc ce jeu ? Tout d’abord, nulle mention d’un quelconque « Thor » dans celui-ci. À aucun moment. Ni de mythologie nordique d’ailleurs. Alors pourquoi ? Comment ? Où ? Les réponses se perdent probablement dans les mystérieuses arcanes du marketing. Dans le pays et la langue de Britney Spears, le jeu est appelé The Legend of Oasis. Et là, de suite, cela fait plus sens : nous allons bien avoir affaire à un univers évoquant les djinns et le désert.
Les plus observateurs d’entre vous auront noté ce « 2 » dans « The Story of Thor 2 » (Dieux que vous êtes doués !). D’autres, les vrais, connaissent déjà l’excellent premier opus sorti sur Megadrive en 1994 (vous pouvez d’ailleurs en retrouver le test de notre Yaeck national ici). Car oui, The Story of Thor 2 est bien la suite de The Story of Thor. Incroyable, n’est ce p… Ah non, pas vraiment. Il s’agit plutôt d’un prequel. Mais prequel ou pas cela n’aura que peu d’importance car nous retrouvons ici pratiquement la même histoire, avec des personnages différents.
Vous incarnez donc Leon, un nom qui fleure bon la chaleur du désert et les mystères enfouis sous les temples oubliés (du moins si on le prononce vite en toussant, de préférence avec du sable dans la gorge). Votre maître Ordan vous confie le bracelet d’or afin de réveiller les 6 esprits élémentaires, tout ça pour contrer les plans du méchant-pas-beau Agito, détenteur du bracelet d’argent qui, lui, veut détruire le monde et imposer des taxes douanières.
L’histoire et les dialogues seront au second plan. Même si les PNJs auront ici bien plus de lignes de dialogues que dans le premier épisode, nous sommes ici dans un action-RPG avec avant tout de l’exploration, des combats digne d’un beat’em up et des puzzles à gogo.
Leon répond très bien aux commandes. Par rapport à l’opus Megadrive, les animations, déjà excellentes, ont été peaufinées et le framerate relevé. Ce framerate particulièrement bas pour un jeu megadrive était d’ailleurs pour moi l’inconvénient majeur du premier, un point négatif que, curieusement, personne ne semble oser évoquer. Mais revenons à notre prequel sur Saturn : vous commencez le jeu avec une simple dague et un panel de coup qui ferait rougir de honte un elfe aux habits verts.
Jugez plutôt : frappe d’estoc qui diffère selon si Leon était en train de courir ou non, attaque en revers « chargée » en maintenant puis relâchant le bouton d’attaque, coup de pied sauté (là encore différent lors d’une course), frappe circulaire pour nettoyer la zone tout autour de vous et une attaque dévastatrice effectuée en triple salto arrière ! Ah, et il est possible de s ‘accroupir désormais, et même de faire des petites roulades toutes mignonnes.
Au cours de l’aventure vous trouverez d’autres armes avec leur propres panels de coups : un arc, une canne, un cimeterre (« long sword ») et des bombes. Ces armes sont cette fois-ci incassables et chacune existe en 3 niveaux de puissance. Trouver une nouvelle arme est donc toujours un plaisir !
Plus d’inventaire à gérer : certains le déploreront peut-être mais ce n’est pas mon cas. De même avec les nombreux petits items de nourriture parfois laissés par les ennemis occis ou par les buissons lâchement massacrés. Les viandes, ramassées en marchant simplement dessus (le concept d’hygiène était très différent dans les années 90), vous redonnent des points de vie tandis que les fruits réalimentent votre barre d’énergie. Mais à quoi diable sert cette barre d’énergie vous demandez-vous ?
Et bien celle-ci, petit scarabée, vous sert à maintenir un esprit invoqué à vos côté plus longtemps et à activer ses pouvoirs. En effet la grande majorité du jeu consistera à traverser des temples pour y affronter le boss avant de libérer un esprit élémentaire que vous pourrez invoquer par la suite.
Les deux premiers donjons, celui de l’Eau et celui du Feu, seront une promenade de santé tandis que, dès le troisième, les choses deviendront bien plus sérieuses : temples plus vastes et labyrinthiques parsemés de petits puzzles mettant à l’épreuve votre mémoire (pas de carte !), vos méninges (rien d’insurmontable non plus), les capacités athlétiques de Leon, les pouvoirs de vos esprits mais aussi de vos armes.
Par exemple vous pourrez utiliser une de vos bombes (seule arme en quantité limitée) ou l’esprit du Feu pour faire fondre un geyser glacé. L’eau ayant fait place à la glace, vous pourrez ensuite invoquer l’esprit de l’Eau qui vous servira à éteindre un brasier bloquant un passage. Certaines de ces mini énigmes peuvent être résolues de plusieurs manières, offrant un sentiment de liberté des plus plaisants et sacrément à l’avance sur son temps.
Besoin de faire tomber un boulet de métal situé en hauteur sur une plateforme inatteignable pour qu’il vous serve de marchepied ? Essayez un tir lobé avec votre arc, envoyez une bombe bien placée ou essayez d’envoyer une onde de choc avec Brass, l’esprit du Son.
Autre plaisir, le système d’invocation des esprits. Lorsqu’aucun d’entre eux ne vous accompagne (il suffit d’appuyer deux fois sur X pour révoquer celui qui vous suit), appuyez sur A pour projeter une boule d’énergie en face de vous ou à vos pieds si vous vous tenez accroupi. Ainsi il vous suffit de cibler l’élément désiré pour invoquer l’esprit préalablement débloqué désiré.
S’il est plus qu’évident que viser un plan d’eau invoquera la petite Dytto, vous serez parfois surpris de découvrir qu’un même esprit peut-être invoqué de nombreuses manières, cela vous évitant souvent de longues recherches pour trouver ce @#%$ de cristal réfléchissant croisé dix minutes plus tôt afin d’invoquer Shade, esprit de l’Ombre.
Avez-vous essayez de l’invoquer sur une stèle noire ? Ou sur ce mort-vivant qui vous embête ? Et pour invoquer Airl, avez-vous pensé à transformer ce caillou de glace en flaque d’eau, puis de bruler à nouveau cette flaque d’eau afin de créer un nuage de vapeur ? Oui, vous pouvez.
La richesse du jeu commence à pointer le bout de son nez, mais ce n’est pas tout ! Tout au long de votre aventure vous découvrirez des parchemins, de 6 types différents, liés à chaque élément du jeu (Eau, Feu, Terre/plantes, Son/métal, Ombre, Air). Ces parchemins débloquent de nouveaux pouvoirs pour vos armes : par exemple les parchemins rouges permettront d’enflammer les attaques de votre gros sabre afin d’abattre plus facilement arbres et zombis.
D’autres permettront à vos flèches de traverser le métal ou encore à ce même sabre de briser les objets en pierre. Ces types de parchemins existent en 10 exemplaires chacun, chaque parchemin augmentant le nombre de coups que vous pourrez infliger avec votre arme « boostée » avant de la recharger à l’aide d’une sphère d’énergie de la couleur correspondante, d’un item prévu à cet effet pouvant être « droppé » par certains ennemis/buissons, ou même grâce à votre esprit (à l’aide d’une simple pression sur X) à condition qu’il soit assez puissant pour cela.
Il y a ainsi 60 parchemins à trouver si vous visez le 100%, en plus des des 42 joyaux (7 par esprit). Hein ? Quoi ? Des joyaux ? Oui, comme dans le premier Story of Thor vous trouverez des gemmes permettant de renforcer les pouvoirs de vos esprits, sachant qu’une fois en possession de 4 joyaux d’un même type l’esprit associé pourra enchanter votre arme avec ce petit bouton X, ce qui facilitera souvent la vie de ce pauvre Leon.
A propos de faciliter la vie, vous gagnerez fréquemment un niveau (« rank ») lorsque que vous rechargerez vos points de vie au maximum, que ce soit à l’aide d’un item ramassé, d’un cercle de régénération ou du très pratique pouvoir de guérison de Dytto. Chaque niveau augmentera votre total de points de vie : plus vous prendrez de mandales, plus votre barre de vie s’allongera, la difficulté du jeu s’adaptant ainsi automatiquement à vos compétences de presseur de boutons.
Malgré la meilleure réalisation et un gameplay encore plus riche, il faut reconnaître que les combats sont parfois moins nerveux et moins jouissifs que dans le premier opus, l’accent étant ici davantage mis sur les puzzles. Toutefois il est possible de contrebalancer ce léger défaut (du moins si le combat est davantage votre dada) en sélectionnant une difficulté supérieure à « middle » dans les options. Chaque niveau de difficulté augmente simplement la taille de la barre de vie des ennemis.
Un petit détail qui en fait change pas mal de choses. On retrouve peu ou prou le bestiaire du premier (sans les serpents, ouf, ni les ogres, dommage) avec quelques nouveaux monstres et plus de boss.
Quant à la musique, le grand Yuzo Koshiro nous offre encore une fois une bande son aux petits oignons, avec même la salade et les tomates, dans un style classico-mystico-épique aidant à donner au jeu son atmosphère et son identité bien particuliers. D’ailleurs ce genre de compositions fonctionne beaucoup mieux sur la Saturn et son format CD.
Les bruitages ne sont pas en reste, avec une mention spéciale pour les coups qui tranchent et claquent, aux bruits de gouttes d’eau assez immersifs dans certains souterrains et aux râles des zombis errants. Notons aussi un petit cheat code permettant un mode 2 joueurs peu adapté au genre mais qui a le mérite d’exister.







