Lorsque la Super Nintendo débarque en 1991, les joueurs attendent fébrilement de voir comment les grandes licences de l’ère 8 bits vont négocier leur passage à la 16 bits. Konami répond présent avec Super Castlevania IV, une réinterprétation du tout premier épisode de la série sorti sur NES quelques années plus tôt. Exit la simple suite : Simon Belmont repart une nouvelle fois à l’assaut du château de Dracula, mais avec une réalisation totalement repensée pour mettre en avant les capacités de la nouvelle console.
Encore aujourd’hui, beaucoup considèrent cet épisode comme le meilleur Castlevania « classique », avant l’arrivée des épisodes plus ouverts comme Symphony of the Night. Et il faut reconnaître qu’après plus de trente ans, difficile de ne pas rester admiratif devant ce monument du jeu d’action.
Une véritable démonstration 16 bits
Dès les premières secondes, Super Castlevania IV donne le ton. Les villages en ruine, les cimetières noyés dans la brume, les grottes obscures ou encore les immenses salles du château respirent l’ambiance gothique. Chaque niveau possède sa propre identité et donne réellement l’impression de progresser vers le cœur du repaire de Dracula.
Konami exploite intelligemment les capacités de la Super Nintendo. Les effets de rotation, les transparences, les jeux de lumière et le célèbre Mode 7 servent réellement le gameplay plutôt que de simples démonstrations techniques. Le quatrième niveau, avec sa salle tournoyante, reste encore aujourd’hui une véritable vitrine technologique de la machine.
Les sprites sont également magnifiques. Simon Belmont est superbement animé, les monstres bénéficient d’un excellent niveau de détail et les boss imposent immédiatement le respect. Méduse, la Momie, Frankenstein, la Mort ou encore Dracula profitent d’un lifting spectaculaire sans jamais trahir l’esprit de la série.
Certes, certains effets spéciaux ont aujourd’hui un petit parfum de démonstration technique propre au début des années 90, mais l’ensemble conserve un charme incroyable.
Le fouet n’a jamais été aussi agréable
Si Super Castlevania IV reste autant apprécié, c’est avant tout grâce à sa jouabilité.
Pour la première fois, Simon peut utiliser son célèbre Vampire Killer dans huit directions différentes. Une révolution pour l’époque. Les ennemis situés au-dessus, en dessous ou en diagonale deviennent enfin accessibles sans devoir utiliser systématiquement une arme secondaire.
Le fouet cache d’ailleurs plusieurs nouvelles possibilités. Il peut être utilisé comme un bouclier contre certains projectiles simplement en le faisant tournoyer devant soi. Il permet également de s’accrocher à des anneaux pour traverser certains gouffres façon Indiana Jones. Ces nouveautés apportent énormément de variété tout au long de l’aventure.
Les déplacements gagnent eux aussi en souplesse. Simon saute avec davantage de précision, peut corriger légèrement sa trajectoire en l’air et les escaliers deviennent enfin beaucoup moins frustrants à emprunter.
En contrepartie, certains puristes estiment que cette nouvelle liberté rend le jeu plus facile que les précédents épisodes. Il est vrai que de nombreux ennemis perdent une partie de leur dangerosité face à un fouet capable de frapper quasiment partout.
Une aventure qui ne manque pas de vie
Contrairement au premier épisode sur NES, cette version propose un voyage bien plus long avec onze stages très variés.
Avant même d’atteindre le château, Simon traverse des forêts, des cavernes, des ponts suspendus ou encore les remparts extérieurs. Une fois les portes franchies, chaque salle renouvelle constamment les situations : bibliothèque hantée, catacombes, salle du trésor, tour de l’horloge, donjon inondé…
L’impression de parcourir un immense château vivant fonctionne toujours aussi bien.
Les ennemis se renouvellent sans cesse. Les célèbres têtes de Méduse sont évidemment de retour, tout comme les squelettes, dragons d’os, fantômes, chevaliers maudits, chauves-souris ou statues démoniaques. Les affrontements restent variés du début à la fin, même si quelques boss auraient mérité davantage de résistance.
On regrettera toutefois l’absence de chemins alternatifs ou de personnages supplémentaires comme dans Castlevania III. La progression reste totalement linéaire, ce qui limite légèrement la rejouabilité.
Une bande-son entrée dans la légende
S’il y a bien un domaine où Super Castlevania IV atteint presque la perfection, c’est celui de sa musique.
La Super Nintendo démontre immédiatement la puissance de sa puce sonore grâce à des compositions orchestrales somptueuses mêlant orgues, cordes, percussions et sonorités gothiques. Chaque morceau accompagne parfaitement l’action tout en renforçant cette atmosphère pesante qui fait toute la personnalité de la série.
Les anciens thèmes sont réarrangés avec énormément de talent tandis que de nouvelles compositions rejoignent immédiatement le panthéon des meilleures musiques de la licence.
Les bruitages suivent le même niveau d’excellence. Le claquement du fouet, les rugissements des monstres ou les effets sonores des boss participent pleinement à l’immersion. Trente ans plus tard, cette bande-son reste tout simplement exceptionnelle.
Un classique qui résiste au temps
Le véritable exploit de Super Castlevania IV, c’est d’être encore parfaitement jouable aujourd’hui.
Bien sûr, son absence de sauvegarde remplacée par un système de mots de passe rappelle immédiatement son époque. Oui, certains ralentissements apparaissent lorsque l’action devient très chargée. Et oui, sa difficulté paraît aujourd’hui beaucoup plus accessible que celle des premiers Castlevania.
Mais toutes ces petites limites disparaissent rapidement devant la qualité générale de l’aventure.
Le rythme est parfaitement maîtrisé, les niveaux regorgent d’idées de mise en scène, les combats restent satisfaisants et l’univers dégage toujours cette ambiance unique qui a fait la réputation de la série.
On comprend facilement pourquoi cet épisode est régulièrement cité parmi les meilleurs jeux de la Super Nintendo. Il représente à merveille cette période où les développeurs cherchaient autant à impressionner techniquement qu’à proposer un gameplay irréprochable.






