ESWAT: City Under Siege a été testé sur SEGA Mega Drive.
Ce matin j’entends une voix qui me réveille et me dit… « C’est moi, maître SEGA. Tu veux jouer l’équipe de flics qui débarque dans Streets of Rage pour bombarder les punks ? Tu veux jouer à ESwat City Under Siege ? Alors commence ton enquête, petit poulet, et gagne du galon si tu veux l’équipement complet.«
Je l’avais ajouté à ma ludothèque à la grande époque, début des années 2000, quand les vide-greniers comptaient encore des centaines d’Alibaba vendant leurs pierres précieuses pour quelques euros.
Une jaquette qui hurle Cyberpunk
Je l’avais pris sur un de ces grands bazars parce que sa jaquette était belle, parce que j’aimais le design des cyborgs. C’était un Robocop SEGA, dans le plus pur style cyberpunk. Et je l’ai laissé là pendant des années prendre la poussière dans ma ludothèque. Je l’avais bien inséré une ou deux fois dans le moteur noir
de la Mega Drive. Mais j’avais trop de jeux, trop de chaînes télé. J’ai zappé.
Et puis je l’ai revu en rangeant ma collec, la couverture toujours aussi belle. Dans mon souvenir il était dur, trop dur. SEGA était littéralement plus fort que moi. Je crevais comme un ballon baudruche au boss du stage 3. Armé jusqu’aux dents il me dézinguait en quelques secondes. Je sais pas, j’avais eu la flemme de comprendre le patern, j’étais passé à autre chose, et il était resté là, dans sa boîte, entre deux autres, des années. Je ne le réalise que maintenant pendant que j’écris mon test : vingt ans ! Il est resté vingt ans dans sa jaquette. Suite à l’annonce de son trente-cinquième anniversaire, je le remets dans la machine façon Showtime dans la pub Paprium. Déterminé à en découdre.
Avec la ferme intention de plier le jeu. Et là magie… Avec le recul, le surcroît d’expériences vidéoludiques, mais aussi le bénéfice de l’époque de plus en plus analytique de nos belles années (DGJX, Drink Wild Cola, JDG, Colik) je me rends presque immédiatement compte du côté Shinobi like. Ça ne m’était pas venu un iota à l’esprit dans les premières années du rétro, aux alentours de 2005.
Die & Retry : l’école Shinobi
Et là mais tout : le gameplay, la finition des graphismes, décors, animations, musiques, prise en main, c’est juste parfait, comme un épisode de Shinobi mais avec un flic des mégalopoles nord-américaines. Je l’ai fini dans la journée à grands coups de die and retry. La fin est riche. Les différentes phases de jeu sont variées. Il faut résoudre certaines énigmes si on veut finir le stage 5. Le système des armes et du jet pack apportent un énorme plus à partir du 3ème stage. Les boss sont durs. Le jeu est difficile mais pas injuste. Les musiques collent parfaitement à l’action. Les décors S-F cyberpunk sont immersifs.
On sent la patte de l’équipe Shinobi à plein nez jusque dans les laboratoires du savant fou, les monstres in vitro qui attendent de péter les vitres (réutilisés d’ailleurs dans Shinobi III !). C’est peut-être qu’il était un peu trop difficile à l’époque pour le joueur moyen, mais vrai, ce jeu n’est pas assez connu vu sa qualité globale de réalisation. C’est simple, je ne lui trouve aucun défaut. Il est aussi bon que les Shinobi et Rolling thunder 2, avec en plus ce gameplay de jet pack dont on reparlera un tout petit peu tout-à-l’heure.
Walk & Gun Cyberpunk
Pour le style, on se trouve au tout début de l’âge d’or du die and retry dans un low run and gun. On pourrait parler d’ailleurs (comme pour Revenge of Shinobi) de walk and gun. Scrolling horizontal classique avec de rares passages de droite à gauche, de bas en haut ou de haut en bas. Il faut tirer et éviter les bullets, les bombes, les projectiles en tous genres ainsi que les ennemis rapides.
Il suffit d’appliquer ce que tu apprends au fur et à mesure des vies perdues et tu roules sur le jeu. S’agenouiller là, tirer ici, sauter là-bas, marcher prudemment là, etc. Certains passages paraissent impossibles (notamment le 3ème boss) mais en réalité il suffit d’utiliser la bonne arme entre les cinq disponibles, et surtout revenir à la sélection de l’arme de base si tu sens que tu vas crever. Si tu crèves avec une bonne arme, tu te retrouves peu à peu déplumé de chacune d’entre elles à chaque vie perdue, et le boss te fait alors rôtir toutes tes vies jusqu’au game over. Le secret du jeu est donc dans le simple changement d’arme : en fonction du boss, et juste avant de crever, re-sélectionne l’arme de base qui, elle, ne te sera jamais retirée si tu perds.
Les paterns des boss sont à découvrir et à apprendre par cœur. Par rapport à une moyenne du jeu vidéo en général, attention le jeu est relativement difficile. Mais beau, pas injuste avec le joueur, et plutôt excellemment réalisé. Un bel exemple de Shinobi like. On voit clairement au gameplay, bestiaire et décors que des membres de l’équipe de Shinobi ont bossé dessus. Donc si tu aimes Shinobi sur Megadrive, ne passe simplement pas à côté de cette perle. Il y a des éléments de gameplay en moins et des éléments de gameplay en plus par rapport à Shinobi. L’armure par exemple, nécessite un temps d’adaptation avant d’en optimiser
l’usage, mais une fois bien en main c’est un régal.
Le Jet Pack, c’est la vie
Le gameplay est incomparable avec celui du Roi Lion, mais le passage du flic en tenue de capitaine à l’équipement complet ESwat à partir du 3ème niveau fait clairement l’effet d’un gros upgrade comme avec Simba adulte. Et on n’arrive pas au 3ème niveau si facilement. Dans certaines phases finales de stage, comme à partir du 5ème et dans les dernières missions, on peut terminer armé comme un pur mecha avec full carburant. Là on pourra s’envoler à volonté avec le jet pack.
Les musiques sont de très bonne facture, très vintage en revanche donc house 80’s/90’s, un peu jazzy parfois, et certaines très proches des compositions de Shinobi là encore.
House 90’s & Chrome futuriste
Le gros point positif des musiques, c’est qu’elles collent parfaitement à l’action. Le travail d’harmonisation entre l’action et les musiques est notable, et témoigne de cette technique qui viendra couronner le JV du milieu des années 90 où la mise en scène est de mise.
Les décors donnent beaucoup à l’ambiance cyberpunk. Les graphismes sont soignés et variés. Et le tout devient très immersif dès le début du jeu. Ça sent la S-F des années 90 à plein nez. Robocop, Terminator, Blade Runner, Running Man, voilà l’ambiance.
Il est reproché parfois à E-Swat que les ennemis repopent systématiquement sur le scrolling. Alors c’est vrai, mais honnêtement ce n’est pas gênant, car le jeu n’est pas labyrinthique et ne nécessite pas de rebrousser chemin. On n’a pas besoin d’y collectionner quelconque artefact, et si tu avances correctement comme le chevalier sans peur tu laisses les ennemis repoper derrière sans danger. Les ennemis les plus coriaces ne repopent d’ailleurs pas, seule la chair à canon le fait.
1ère astuce : l’apprentissage du moment d’apparition des ennemis coriaces à l’écran aide beaucoup à économiser la vie voire à faire du no dommage.
2ème astuce : juste avant de mourir, quand tu vois qu’il te reste 2 points de vie, rebascule sur l’arme de base avec le bouton A. Ça te permet de retry avec tout l’arsenal.
Face à un boss coriace (je pense surtout au 3ème) cette technique est indispensable pour éviter de se retrouver avec la bique et le couteau, puis irrévocablement un game over qui te fait reprendre le stage à zéro. Si tu les conserves avant de mourir, tu gardes le choix des armes et c’est vraiment essentiel pour battre les boss, car chaque boss nécessite une, voire deux armes spéciales pour être battu. Le but est de découvrir lesquelles.
La patte de SEGA partout
Pour l’anecdote, on notera à la fin du jeu que l’équipe de policiers E-Swat ne sont autres que ceux qui interviennent pendant la special attack de Streets of Rage quand on appuie sur le bouton A. SEGA world. Enfin par rapport à beaucoup de jeux de cette époque, la fin est clairement canon et comporte beaucoup d’images. À ce détail, on sent bien qu’E-Swat fait partie de la nouvelle génération de jeux post 90 avec un net effort sur l’aspect comix. Pour l’année d’ailleurs, c’est très supérieur à la production moyenne, et on peut noter que sa version console est, chose rare, supérieure à sa version arcade, alors même que le jeu était déjà très apprécié des joueurs sur arcade. Pour avoir joué à cette autre version, il est beaucoup plus difficile et beaucoup moins mis en scène.
Les concepteurs ont ainsi clairement fait d’E-Swat City Under Siege le rêve réalisé de l’arcade à la maison, en mieux. Il mérite donc vraiment de s’y repencher. À posséder par conséquent, à jouer, et surtout à chérir








