Désenchantée est disponible sur Netflix
Tout le monde a déjà regardé au moins une fois Les Simpson. Tout le monde connaît Futurama, ne serait-ce que de nom. Peut-on en dire autant de Desenchantée, la troisième « création majeure » de Matt Groening ? Au mieux en avez-vous vaguement entendu parler, voire même vu un épisode ou deux avant de passer à autre chose sans même vous en rendre compte.
Aujourd’hui nous allons revenir sur les cinq saisons diffusées sur Netflix entre 2018 et 2023 et décrire ses qualités indéniables mais surtout les défauts évidents qui ont fait que cette fois-ci, la mayonnaise n’a pas pris…
LES BONS CONTES FONT LES BONS AMIS
Au royaume de Dreamland, la princesse Tiabeany – dite « Bean » – s’ennuie comme un rat mort. Pour combler le vide de son existence, elle jongle entre beuveries quotidiennes et mesquineries perpétuelles envers son paternel de roi, le puissant et colérique mais pas très malin Zøg.
Pendant ce temps à Elfwood, Elfo vit une vie dans un royaume enchanté où règnent la joie, le bonheur et le chant. Mais il rêve de plus : d’aventures épiques et de rencontres éclectiques. Suite à une énième bévue provocatrice, il décide de quitter cet endroit féerique mais figé pour aller parcourir le monde…
Durant le mariage forcé de Bean qui unira son royaume à un voisin bien plus fortuné mais qui l’oblige à une relation avec un prince paltoquet, une conspiration se met doucement mais sûrement en place. Les esprits derrière cette sournoise machination envoient à la jeune femme un démon personnel, Luci, qui aura pour mission de la tourmenter jusqu’à ce qu’elle accomplisse son devoir, ignoré d’elle-même : ramener à la vie sa mère, la charismatique et dévouée Dagmar…
Résumé correct mais très succinct relatant l’ouverture de Désenchantée tant dès le départ les seconds rôles pullulent et que le récit avance vite, sans doute un peu trop d’ailleurs. Graphiquement on retrouve la patte de l’école Groening : des couleurs vives, de gros yeux, et ce trait si singulier. Tout cela s’accompagne de cet humour absurde ayant fait le succès d’Homer et Fry.
On décèle toutefois une atmosphère plus amère, plus terne, plus… désenchantée qui fait que, malheureusement, beaucoup n’accrocheront pas aux péripéties de notre trio de héros.
Cela n’empêche pas une patte artistique certes classique mais bien troussée, offrant parfois des panoramas vraiment enchanteurs (surtout lors de la troisième saison). De nombreux indices et autres clins d’œil se cachent dans les décors et il ne faut pas hésiter à faire pause à maintes reprises pour apercevoir le temps d’une très courte apparition des personnages qui auront une grande importance plus tard dans l’intrigue.
Comme le laisse supposer le pitch, la série se déroule dans un passé moyenâgeux magique peuplé de créatures diverses allant des orcs aux gobelins en passant par les cerfs psychopathes ou les tout petits hommes-taupe. Parmi les proches de Bean elle-même se trouve toute une variété de peuples, même si la ville reste principalement constituée d’humains. On se retrouve donc là dans de la pure fantasy.
La musique sonne juste, notamment avec son généreux générique à l’ambiance joyeuse qui invite à festoyer autour d’un bon feu de cheminée une chopine à la main. Marrant que visuellement il soit différent à chaque fois, relatant en quelques cartons animés ce qu’il adviendra dans l’épisode consacré.
Avec cette troisième série, Matt Groening – de ses propres mots – complète sa « couverture temporelle » personnelle : les Simpsons constituant le monde présent, Futurama l’avenir et Désenchantée le passé.
RACONTE MOI UN CONTE DÉFAIT
Première particularité de Désenchantée, ses épisodes suivent un récit global. On ne peut pas les voir dans n’importe quel ordre, à l’instar des Simpsons ou de Futurama (même si une trame générale se trouve aussi dans cette dernière, mais à moindre échelle). Pour être clair, c’est un feuilleton avec des actes ayant des conséquences. Parfois absurdes, souvent inattendues, mais qui s’inscrivent donc dans un scénario enveloppant les 50 épisodes répartis au cours de ses cinq saisons.
Au passage vous pourrez parfois entendre qu’il n’existe que trois saisons, ce qui est faux. La série se découpe bien en 5 x 10 épisodes. Aucune idée d’où vient ce classement étrange qui assigne au show deux saisons de 20 épisodes plus une troisième de 10… Peut-être est-ce dû au rythme de diffusion sur Netflix ? On n’en sait rien…
Quoi qu’il en soit, au cours de ces donc 5 saisons, nous découvrirons à la fois le monde de Bean et l’ampleur du plan machiavélique des conspirateurs. Un plan qui implique à la fois la famille de la princesse aux dents de castor et des forces démoniaques. Et la pire partie de cette alliance n’est pas forcément celle que l’on croit.
À cette intrigue générale va se greffer toute une ribambelle d’histoires secondaires où seront présentés moult personnages divers et variés. Bien trop pour en faire même rapidement le tour. Mais on sortira quand même du lot quelques noms. Tout d’abord Merkimer, le prince du fameux royaume voisin transformé en cochon qui, par son caractère hautain et ses remarques sarcastiques, apporte toujours un commentaire décalé sur la situation. Un peu dans le même genre mais en beaucoup, genre, vraiment beaucoup plus piquant, on a Médor le chat royal, un matou qui se la joue grave et ne prend pas son rôle à la légère.
On continue avec Vip et Vap, des gnomes au service exclusif du roi Zøg, des sortes d’aides de camp qui ont la particularité de ne jamais prononcer un mot. Tout aussi discrète, Miri, surnommée ‘Dame Brossette’ et qui de fait est la femme de ménage du château. Un personnage de troisième plan au cours des premières saisons qui finira son parcours on ne peut plus haut (on reparle d’elle dans une zone spoiler, en fin d’article).
On pourrait poursuivre avec Mora la sirène, Derek le demi-frère métisse mi-humain mi-salamandre, Oona la belle-mère cinglée – et maman du précédent – qui est donc elle complètement d’une autre espèce (semi-aquatique à la peau bleue), Omer et Dalor le duo de garde le plus stupide de la création, Sorcerio le mage incompétent, Odval le Premier ministre manipulateur et bien sûr Dagmar… Mais pour cette dernière, il convient de poursuivre notre papier en évoquant le nœud du problème de Désenchantée… et qui contiendra nombre de révélations… à vos risques et périls donc.
UN CONTE PAS CONTENT
Désenchantée, contrairement à ses grandes sœurs, n’a pas du tout trouvé son public. Le carton intemporel des Simpsons – malgré une baisse évidente de régime – et le parcours certes chaotique mais toujours vivace de Futurama (dont une saison 11 est en cours de production, on l’évoque aussi plus bas dans la zone spoiler) ont su fédérer une forte communauté de fans, ce qui a permis à ces dernières séries de traverser les années et les difficultés. Ce qui n’est pas le cas de celle dont nous parlons ici.
La principale raison à cela vient non pas des créateurs, mais du producteur/diffuseur, à savoir donc Netflix. On le sait tous, la première plateforme de streaming au monde a un cahier des charges bien précis que chacune de ses productions (occidentales du moins, en Asie c’est une autre histoire) se doit de suivre (notez bien que c’est la même chose chez les concurrents) Disney, Amazon et consorts ont aussi leur ‘ligne éditoriale’ ).
Or ce cahier des charges, policé à l’extrême et inclusif jusqu’à l’absurde, n’est pas vraiment compatible avec de l’humour trash (souvenir ému de Paradise Police, rare exception). Techniquement, bien que le début de Désenchantée n’ait pas réussi à fidéliser ses spectateurs, c’est pourtant de loin le moment le moins neutre de la série. Car au fil du temps, et notamment quand on arrive tout pile poil à la moitié des épisodes – et à la rencontre Bean/Mora –, la politique Netflix prend clairement le dessus sur la causticité originelle. Et le phénomène ne fera que s’accentuer jusqu’à un final ahurissant de mièvrerie et de non-sens (là encore à lire dans la partie spoiler).
Il existe cependant UNE notable exception à cette tendance, et c’est donc Dagmar. Le trio de héros devenant au fil du temps assez insipide, totalement sous la coupe de la pensée netflixienne, les auteurs ont trouvé en la mère de Bean, qui se révèle un être encore plus démoniaque que Satan lui-même (oui il est présent dans la série, ainsi que Dieu d’ailleurs), un exutoire à leur humour noir.
Drôle, sexy, impertinente, provocante… Dagmar, malgré son statut de personnage secondaire (elle n’apparaît même pas dans toutes les saisons, mais sa présence plane toujours en toile de fond), finit par devenir le principal attrait de la série. Et clairement l’élément central à retenir au moment du bilan.
ZONE SPOILER !
Une théorie intéressante provenant des quelques fans qui subsistent soutient que Miri « Dame Brossette » (‘Mop Girl’ en VO) ne serait rien de moins que la fille cachée de Yøg, le grand frère de Zøg, décédé avant la série. Ce qui ferait d’elle la cousine de Bean, mais surtout – et c’est là que tout se recoupe – l’héritière légitime du trône de Dreamland. Ce qu’elle finit par devenir lors de ce final grand-guignolesque où le Roi des Elfes – le véritable souverain de ces terres – la désigne comme nouvelle reine.
En sachant qu’elle est une métisse humain/elfe et que le vieux filou elfique en sait bien plus qu’il n’en dit, on tient sans doute là une intrigue qui aurait dû être développée si la série en avait eu le temps. Et qui surtout explique cette fin sortie littéralement de nulle part (jamais le roi des Elfes n’interagit avec elle, d’où la connaît-il pour la désigner à régner sur le trône ?).
Les dernières rumeurs vont même jusqu’à dire que nous aurons les réponses très bientôt, car contre toute attente, alors que la saison 11 de Futurama va bientôt pointer le bout de son nez et qu’elle a dévoilé les titres de ses épisodes, voilà-t-y pas que le neuvième se nomme « A New New York Yankee in King Elfo’s Court » (ah parce que oui, Elfo lui devient le roi consort…). Un épisode coécrit par Matt Groening et Josh Weinstein, ceux-là même qui ont conçu Désenchantée…








