Celui qui a dit « L’art est difficile, la critique aisée » n’a pas dû se retrouver avec un cas comme ce « The Mandalorian and Grogu » à chroniquer. Nouveau film de la licence à sortir sur grand écran, cette adaptation cinéma de la série mettant en scène le chasseur de primes à l’armure mandalorienne est-elle à la hauteur de ses illustres ancêtres de la mythique première trilogie ou lorgne-t-elle plus du côté de la prélogie un poil foireuse dirigée par Jar Jar Abrams ? Ou pire encore, ne serait-il pas qu’un produit opportuniste avec à l’esprit la vénale pensée de surfer sur la mignonnerie de son égérie devenue nouvelle mascotte incontournable pour cette galaxie lointaine, si lointaine…
UNE MANDALE OU RIEN
En cette période où la Nouvelle République cherche à unifier la galaxie et à asseoir son autorité sur des peuples pas forcément confiants en une nouvelle ère politique, le chasseur de primes connu sous le simple surnom du « Mandalorien » traque les derniers officiers impériaux qui soit se cachent soit tentent vainement de reconstituer leur ancien ordre.
Accompagné de son fidèle apprenti Grogu, ils parcourent tous les systèmes pour mettre la main sur ces renégats, généralement missionnés par le colonel Ward (Sigourney Weaver) et épaulés par le Lasat Zed. Au cours de l’une de ses missions, une tâche annexe va s’avérer nécessaire pour marchander une information détenue par les Hutts : retrouver Rotta, le fils disparu du tristement célèbre Jabba…
Censé poursuivre la série Ce film va en vérité être une sorte d’OAV un peu étrange. Et autant être clair et sans détour : aucune des intrigues des trois saisons ne sera évoquée au cours de ce métrage. Rien, nada. On est vraiment là sur un récit unique et complètement à part. On reprend les personnages au point où ils en étaient et on leur fait vivre une aventure qui ne fait pas avancer d’un iota l’histoire générale. Ou alors avec juste de toutes petites pichenettes, et encore…
Alors cela reste sympathique et on apprécie ce tandem improbable sillonnant une galaxie toujours pleine de surprises, mais on ne peut s’empêcher de voir dans cette production un cruel manque d’ambition, un cruel manque de profondeur, un cruel manque de tripes…
De fait la comparaison avec le film d’animation « The Clone Wars » se pose en constat évident – en plus de clore une certaine boucle avec le personnage de Rotta. Ce film 3D, qui à l’époque introduisait Ahsoka, était en réalité les trois premiers épisodes de la série qui impressionnèrent tant George Lucas qu’il insista pour en faire un montage d’1 h 40 et le sortir en salles. Le résultat fut en demi-teinte mais cela fut une promotion d’envergure pour le lancement du show d’animation.
Eh bien pour ce « The Mandalorian and Grogu », on sent qu’on est clairement dans le même délire. Dave Filoni, désormais en charge de la licence, a voulu réitérer ce que son vieux maître lui avait inculqué à l’époque où il était à la tête de la série « The Clone Wars » (c’est lui qui fut crédité en tant que réalisateur du film de 2008). La nature profonde de ce film saute aux yeux : c’est une saison 4 qui fut remaniée pour obtenir un film de deux heures… Et donc forcément on se retrouve devant un produit fini ayant l’apparence d’un puzzle assez déstabilisant…
GRO (MAUVAIS) GU
Le procédé est tellement grossier qu’on parvient sans peine à distinguer les différents épisodes lors de notre visionnage, séparés par des fondus au noir sans aucune subtilité : l’introduction sur la planète de glace / base de la République plus entretien sur Nal Hutta / toute la séquence sur la planète copiée-collée de Blade Runner / la capture de l’Impérial dans sa forteresse / le retour à la maison avec la capture de Mando / l’épisode solo sur Grogu sans parole ou presque et enfin le gros ‘Final Season‘ contre les jumeaux Hutt et la libération de Rotta avec l’apothéose de l’attaque des X-Wings.
La nature même du projet fait que tout est à l’avenant. La réalisation est neutre, assez pauvre, sans relief. Seule la scène de course-poursuite dans la ville se démarque – on passera sur le fait qu’une poussette flottante fasse partie des véhicules de ladite poursuite… Tout le reste est plan-plan, sans génie… et surtout d’une profonde froideur. Ce film ne dégage tellement aucune émotion d’aucune sorte que cela en devient presque un exploit. Seules quelques séquences avec le Hutt peuvent se targuer d’apporter un brin d’humanité, si vous voyez l’ironie de la chose…
On aurait pu espérer, au vu des affiches promotionnelles, un angle très « Pulp » – qu’on retrouve un brin dans la série – mais même pas. À dire vrai, le film se révèle bien moins palpitant et bien moins percutant que certains épisodes. Ce qui est quand même un comble.
Par exemple, à aucun moment on ne voit Grogu faire un usage de la Force plus spectaculaire que ce qu’il fait dans la série… Et en soi pas la peine de chercher bien loin l’absence de toute ambition, il suffit de s’arrêter au titre. Tout à la fois fainéant et sans la moindre notion d’une quelconque réflexion, il se contente d’aligner les noms des deux personnages principaux, sans plus de cérémonie que cela… Fichtre, bon sang ! Même le titre est mauvais !
LE FORESTIER ROTTA
Les effets visuels sont du même tonneau que pour la série, ni plus ni moins. Oui oui, le « Film » n’est pas plus chiadé techniquement que ne l’est la série. En aucun point. Cela demeure acceptable malgré cette sensation de flou constant sur l’arrière-fond qui, au bout d’un moment, fatigue les yeux (du moins les nôtres).
On notera quelques plans qui claquent quand même, surtout lors de l’affrontement contre le serpent de mer géant. On remarque aussi des robots de combat du genre baraqués animés en ‘Stop Motion‘ (par contre on ne sait pas s’ils ont vraiment été filmés image par image avec des maquettes ou bien modélisés en 3D avec un effet visuel pour faire style).
Pas mal d’incohérences ou de non-dits parsèment également la bobine.
Pourquoi nos héros fuient-ils le palais des Hutts une fois le conflit résolu ? Cela n’a pas vraiment de sens. Pourquoi Zed les accompagne parfois et d’autres fois non ? Pourquoi Grogu, qui a construit une hutte en trois temps trois mouvements, ne rallonge pas l’entrée quand il se rend compte que l’ensemble de la bâtisse est trop petit ? Comment Mando parvient-il jusqu’au bureau de l’impérial dans la forteresse sans se faire repérer ??
Dans le même genre, ceux n’ayant rien vu de la série seront complètement à la ramasse devant ce qui est décrit ici. La relation entre le chasseur de primes et le petit bonhomme vert n’est même pas réexpliquée. Jamais l’âge de « Bébé Yoda » n’est mentionné (si on sait qu’il a 50 ans, cela remet les choses en perspective et explique mieux certaines répliques des Jumeaux…). L’autre chasseur de primes – celui au chapeau – n’est pas introduit, il faut avoir vu le dessin animé « The Clone Wars » pour savoir qui est ce type…
Quant à Pedro Pascal, on ne voit son visage que deux ou trois minutes maximum. Ce qui n’est pas plus mal, me direz-vous, car à force de le voir partout, il est devenu bien trop omniprésent. Cependant – et comme pour les trois saisons – rien ne garantit que ce soit bien lui qui joue le rôle de Din Djarin la plupart du temps…
STAR WARS DE A À ZED…
Pour en terminer avec ce film sur lequel, au final, il n’y a pas grand-chose à dire tellement c’est vide, on va revenir sur quelques personnages et surtout d’où ils viennent, dans le sens « Dans quelle œuvre sont-ils apparus la première fois ? » Déjà, sachez qu’aucun personnage majeur ne fait de caméo. Pas de Luke, pas d’Ahsoka et même pas les autres mandaloriens du show… La forgeronne n’est même pas évoquée ni de près ni de loin…
– Zed de la série d’animation « Rebels ». La grande question étant pourquoi il est dans cette base de la Nouvelle République perdue dans le Grand Rien au lieu d’être avec Ezra et Hera à rechercher Sabine ? (Oui là on s’adresse à ceux qui s’y connaissent…)
– Les Jumeaux Hutt. Cousins de Jabba et voulant mettre la main sur l’héritier du clan Desilijic Tiure, à savoir Rotta. Ils apparaissent dans la très médiocre série « Le Livre de Boba Fett »
– Le chasseur de primes Embo est un personnage secondaire récurrent de « The Clone Wars », avec son chien Marrok
– Le fameux hutt Rotta devait aussi être retrouvé dans le film-introduction ‘The Clone Wars’, mais à l’époque il était bébé et ses sauveurs n’étaient rien de moins que le jedi Anakin Skywalker et sa toute nouvelle padawan Ahsoka Tano
– Dave Filoni ainsi que d’autres réalisateurs de la série reprennent leurs rôles (de simples apparitions furtives) de pilotes de chasseurs de la Nouvelle République là encore venus directement de la série d’où provient le film. On aperçoit aussi brièvement Trapper Wolf.
Et bien sûr on se doit de citer les grands noms : Sigourney Weaver qui vient cachetonner avec ce rôle aussi marquant que celui qu’elle tenait dans « The Defenders » (ironie) et l’improbable participation vocale de Martin Scorcese dans la peau d’un petit restaurateur ambulant. Autant ne pas trop se demander ce qu’il est venu faire là… la réponse serait bien trop longue au vu de son peu d’intérêt.









