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TEST : Senua’s Saga: Hellblade II – Aussi grandiose qu’espéré ?

Après une première aventure dantesque en terre viking, Senua la Picte continue son chancelant périple dans les lointaines contrées du nord dans un second opus toujours piloté par le studio Ninja Theory. Impressionnés par la maestria absolue d’un opus fondateur voguant entre folie et réalité, les attentes sur ce Hellblade II étaient rien de moins qu’énormissimes.

Les premières images envoyaient d’ailleurs du lourd avec la découverte presque saugrenue d’un géant vautré dans une caverne, le tout baigné une fois de plus dans une atmosphère entre onirisme enchanteur et brutalité crue.

C’est donc plein d’entrain que nous retrouvons l’héroïne schizophrène pour en prendre une fois de plus plein la poire et plein les mirettes…

ESCLAVE DE LA FOLIE

Après sa rencontre avec la déesse de la mort, Senua fut capturée par des esclavagistes. Nous la retrouvons sur une embarcation au milieu d’autres pauvres bougres condamnés au même destin qu’elle. Pris en pleine tempête, le navire s’échoue et la jeune femme se réveille sur une plage. Elle y est seule, mais pas encore libre.

Combattant ses bourreaux, elle finit par faire prisonnier leur chef. Ce dernier lui révèle la raison de toutes ses rafles par-delà les mers : offrir les étrangers en sacrifice aux géants qui accablent la région afin de préserver son peuple de la furie de ces êtres monstrueux.
Senua découvre alors sa nouvelle mission. Si elle veut libérer les esclaves, elle devra affronter et vaincre les tyrans du nord…

Et c’est donc ainsi que nous retrouvons notre frêle mais vaillante héroïne en route pour occire des légendes vivantes. Bien qu’il s’agisse du même moteur et de la même structure technique générale, les graphismes ont été revus, surtout au niveau des visages.

Et nous disons bien des visages, car cette fois Senua ne sera pas seule lors de son parcours. Elle rencontrera en effet diverses personnes qui deviendront autant de compagnons de route. Tout d’abord l’impétueux chef déchu devenu guide malgré lui, ensuite un vieux sage qui n’a aucun doute sur les « capacités » de la protagoniste et enfin une cheffe de village qui sait aussi bien manier la langue que l’épée.

Au cœur d’un pays magnifié par des visuels époustouflants, la petite bande gagnera petit à petit la cité esclavagiste, non sans rencontrer moult épreuves en chemin. Il s’agira parfois de combattre des guerriers impitoyables, parfois de réussir à trouver son chemin dans un labyrinthe ou bien de mettre à terre l’un de ces fameux géants.

Au détour de sentiers cachés, on pourra continuer à dégoter les sages conseils du druide ayant aidé la femme tourmentée par le passé ou bien découvrir un ‘visage’ au cœur des paysages qui révélera un chemin vers un arbre de la connaissance (ces deux éléments permettent d’agrandir le lore du jeu en plus de nourrir les réflexions de Senua).

Cependant on ne va pas se mentir, si la réalisation reste efficace – notamment les changements de lieu en plan-séquence –, nous sommes bien loin de ce que nous offrait le premier titre. Certes la surprise ‘des voix dans la tête’ est passée, mais tout de même… Fini les regards caméra, les essentiels « Behind You ! », les décors infernaux, les énigmes psychologiques alambiquées, la mise en scène frappadingue… Tout est beaucoup plus sage, plus neutre. Plus terne.

De toute l’aventure, jamais nous ne retrouverons les sensations dingues qu’offrait le premier opus alors que Senua partait en quête d’Hela. Il demeure bien quelques séquences un peu fantastiques comme avec les boules d’énergie qui modifient l’environnement ou le fantôme qui ouvrira le chemin le temps de traverser une crevasse, mais rien d’aussi marquant que la maison morcelée dans le temps ou l’incroyable passage du démon-oiseau.

Par exemple, tout un passage voit Senua marcher sous l’eau dans une séquence onirique du plus bel effet, ce qui pourrait donner une jouabilité ainsi que des énigmes vraiment spectaculaires. Et bien non, il n’en sera rien. On se contentera de traverser le fond de la mer sans rien y faire de plus qu’écouter ce qu’on a à nous dire… décevant au possible.

La psychologie même de la miss timbrée change du tout au tout. Ou tout au moins le regard porté sur sa « maladie mentale ». Là où dans le premier jeu il y avait un réel doute sur ce que nous découvrions au sein même de l’aventure (tout l’aspect fantastique n’était-il pas qu’une lecture biaisée de la réalité ?), dans cette suite la suspicion n’est plus de mise : elle a bel et bien affaire à des événements qui dépassent notre compréhension.

Les géants sont bien des géants, les Dieux ancestraux sont bien des Dieux ancestraux et Senua a bien accès au monde spirituel. Et tout cela change radicalement la donne…

AU PAYS DES GÉANTS

Aidée par ses amis voyageurs ayant pleinement foi en elle et ses « visions », le parcours de la picte perdue va devenir une suite de sous-quêtes pour libérer le mal de petits villages épars et au bord de l’extinction. Car famine et désespoir s’abattent sur tout le pays. Tout cela par la faute des géants et surtout des différents clans qui se tirent la bourre pour survivre comme ils le peuvent en cette sombre période.

Le plus gros de ces villages – destination de notre petite troupe – a d’abord pillé puis offert en sacrifice les gens de ces petites bourgades, avant de devoir aller chercher de plus en plus loin des proies à offrir aux dévoreurs de mille pieds de haut. C’est au cours d’une de ces expéditions sur l’océan que fut emprisonné Senua.

Vue comme une libératrice après avoir sauvé un premier village d’une géante, elle va se faire un devoir de libérer la région des maux qui la rongent. Et parmi ceux-ci se trouve une bande de barbares assoiffés de sang, les draugrs. Ceux-ci n’ont rien à voir avec les esclavagistes et sont juste des gros dingues qui chaque nuit organisent des sacrifices bien dégueulasses comme il faut pour calmer les ardeurs gloutonnes des géants.

Un lien est vaguement suggéré entre cette tribu barbare et les ennemis du premier Hellblade. Et d’ailleurs nous nous en débarrassons de la même manière : l’épée à la main.

Car si on chemine beaucoup dans ce voyage, il faut parfois aussi faire parler la lame. Le système de combat reprend les grandes lignes établies précédemment tout en y ajoutant quelques ‘subtilités’ qui rendent le tout un peu plus endurant.

Senua est agile et encaisse plutôt bien les coups, mais elle reste fragile et elle se fera détruire très rapidement si vous ne maîtrisez pas la parade et l’esquive. Le petit hic, c’est qu’en face, ce sont de vraies brutes et que les petits bras graciles de la demoiselle ne seront parfois pas suffisants pour parer les patates de bourrin de ses adversaires. Ces puissantes attaques sont signalées par un éclat rouge et réclament donc obligatoirement une esquive si vous ne voulez pas mordre la poussière. Les attaques que l’on peut parer, elles émettent un éclat bleu.

Voilà pour la défense. Pour l’attaque, on est dans le même schéma qu’auparavant et qui reste au demeurant assez classique : une attaque rapide avec effet de dégâts moyen ou un coup plus lent mais avec plus de force.

En combinant ces quatre mouvements (attaque rapide, coup puissant, parade, esquive), vous parviendrez à vous débarrasser de la plupart des assaillants.

Certains demandent toutefois plus de doigté, comme les mastodontes munis de masse, les lanceurs de faucilles (argh) ou les cracheurs de feu (on les hait cordialement ceux-là !). Pour ces cas plus extrêmes, ou même en cas de mauvaise posture passagère, nous avons toujours en notre possession le miroir de concentration.

Plus on cumule d’attaques ou surtout de dégâts, plus le miroir – porté à la taille du personnage principal – se charge. Il est possible de cumuler trois charges que l’on peut ensuite utiliser à sa guise lors des combats. Lors de l’utilisation, le temps est ralenti et surtout les coups portés sont bien plus puissants. Rapidement indispensable.

DES VOIX, ENCORE DES VOIX…

Nous l’avons déjà dit, cette suite se révèle bien moins captivante, déroutante et folle que le premier jeu. Et pas qu’un peu. On se croirait parfois quasiment dans un « walking simulator » tellement c’est sans audace et sans saveur. Et surtout tellement c’est bavard !

Ha ça pour blablater, ça blablate ! Alors oui, dans le 1 aussi c’était le cas, mais cela servait le récit, et pouvait parfois même guider le joueur. Là, ce sont de véritables tunnels de dialogues pompeux et sans fondement et qui ne veulent au final rien dire de concret. Le propos même du jeu est au final aussi plat que le reste : Senua doit accepter sa part d’ombre. L’aventure se termine littéralement là-dessus, sur un monologue creux et une héroïne de profil… Il n’y a pas à proprement parler de conclusion à l’histoire… On reste pour le moins circonspect devant cette fin en queue de poisson.

Cette fadeur de l’ensemble est due à un quiproquo quant au succès du premier titre. Ninja Theory a cru que le jeu avait cartonné grâce à la ‘performance capture‘ de Melina Juergens dans le rôle de Senua. Et il est vrai que la proposition était exceptionnelle. Mais ce n’était pas cela le point central d’Hellblade.

Ce qui était marquant, c’était la dinguerie de l’ensemble. TOUT était en dehors des clous dans l’épopée vers la mort de la picte. Les codes du jeu vidéo étaient brisés narrativement, ce qui avait un grand impact sur les joueurs.

Hors tout cela est effacé dans le II, l’accent ayant été mis sur plus de ‘Performance Capture’. D’où la multiplication par quatre de la distribution principale. Mais ce n’est pas parce que tu mets quatre fois plus de personnages que ton jeu devient quatre fois plus réussi…

Car même si le jeu des acteurs demeure de grande qualité, si tu délaisses tout le reste en le réduisant à peau de chagrin, ton jeu devient tout simplement chiant comme la pluie. Et le constat est triste, tant les attentes étaient élevées…

Le point le plus remarquable pour faire montre de la baisse de qualité de l’ensemble va être la musique. Celle du 1 est incroyable avec ses chants vikings qui prennent aux tripes, transcendant l’esprit même du jeu. La bande sonore du II est absolument anecdotique, aucun air ne ressort de ces pistes sonores. La loose totale.

Les combats sont quant à eux brouillons, imparfaits, frustrants. On ne sait jamais pourquoi une attaque rate ou encore pire, une esquive. Des fois la manœuvre d’évitement foire dans les grandes largeurs sans qu’on en comprenne la véritable raison. L’inertie même de Senua pose problème, elle ne réagit pas forcément au quart de tour aux injonctions qu’on lui donne… ce qui en pleine bataille peut agacer. Par contre, finis les combats contre plusieurs adversaires, cette fois ils défilent un à un devant nous, ce qui n’est pas plus mal…

Pour en revenir aux fameux géants, au bout du compte nous n’en ‘affronterons’ que deux, et ce ne seront pas des combats directs mais plus du ‘psychologique’. Concrètement un parcours d’épreuves, l’un dans le feu et l’autre dans l’eau. Le troisième et dernier géant se révélant une pure arnaque – aussi bien dans le lore du jeu que pour nous, joueurs. Là encore ça loupe le coche…

Une fois l’aventure terminée, un « New Game + » assez spécial se débloque, qui de fait va reprendre le principe qui nous était faussement vendu dans le premier jeu. À savoir le fait qu’un nombre limité d’échecs est autorisé avant un ‘Game Over’ en bonne et due forme. Marrant qu’ils aient mis ça là… un peu comme une excuse sur une promesse non tenue (promesse que l’auteur de ces lignes les remercie de ne pas avoir tenue au passage…).

Il y a peu, le studio a sorti un teaser au sujet d’un Hellblade III. C’était quelques jours avant que l’on apprenne que Microsoft – plus exactement la branche XBOX Games Studios – ne décide de vendre justement plusieurs de ces studios, dont celui qui nous intéresse ici. La sortie du teaser était donc factuellement un moyen de promouvoir le jeu pour dégoter un éventuel investisseur. Ce qui semble fut le cas. La suite des aventures de Senua est donc visiblement toujours en développement, sous la tutelle d’un donateur financier resté anonyme…

Yaeck [Rédacteur]
Je lis, je joue, je regarde. Puis j'écris. Et parfois, j'arrive même à être drôle.

CONCLUSION DU SCHMURZ

C’est avec énormément de regret que nous devons bien admettre le constat suivant : Hellblade II est bien loin d’être au niveau de ce chef-d’œuvre que fut le premier jeu. Plat, bavard et à des années-lumière de l’audace de son aîné, on se retrouve de fait devant un ‘Walking Simulator’ ponctué de combats confus histoire de placer un peu d’action. N’en demeure pas moins une beauté visuelle resplendissante qui sait donner aux coriaces contrées du nord toute leur affûtée beauté. On en attend cependant plus – bien plus – pour le troisième épisode annoncé…
67
%
CA PASSE BIEN
Son
62
%
Graphisme
91
%
Animation
78
%
Maniabilité
57
%
Intérêt
45
%
Son
62
%
Graphisme
91
%
Animation
78
%
Maniabilité
57
%
Intérêt
45
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LES PLUS
  • Une beauté visuelle
  • Une ambiance unique
LES MOINS
  • Tellement loin du coup de génie (et de folie) du premier épisode...
  • Trop bavard inutilement...
  • On frôle le 'Walking Simulator'...

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