Après près de vingt-cinq ans d’adaptations plus ou moins éloignées de l’esprit de Resident Evil, il fallait peut-être arrêter de vouloir raconter toujours la même histoire. C’est précisément le choix effectué par Zach Cregger, réalisateur de Weapons, qui livre avec ce nouveau Resident Evil une adaptation indépendante, débarrassée d’une grande partie du poids de la mythologie de Capcom. Pas besoin de faire défiler tous les personnages connus de la série ni de reproduire les événements des jeux : le film préfère raconter sa propre histoire.
Pendant environ 95 minutes, nous suivons Bryan, un jeune coursier médical chargé d’effectuer une livraison urgente vers Raccoon City General Hospital. Une mission qui devait être relativement simple va évidemment prendre une tout autre tournure lorsque l’épidémie commence à transformer la ville en véritable cauchemar.
Le film ne perd d’ailleurs pas de temps. Les premiers problèmes arrivent rapidement et Bryan se retrouve très vite confronté à des créatures qui n’ont absolument rien à voir avec les clients habituels d’un coursier. Et si les zombies sont bien présents, ce sont surtout les mutations provoquées par le T-Virus qui vont lui donner quelques sueurs froides.
Bryan, monsieur Tout-le-monde
Le choix du personnage principal est probablement l’une des bonnes idées du film. Bryan n’est ni un soldat d’élite ni un policier surentraîné. Il ne possède pas l’expérience d’un Leon Kennedy ou d’une Jill Valentine. C’est simplement un type qui se retrouve au mauvais endroit au pire moment.
Austin Abrams fonctionne parfaitement dans ce rôle. Une grande partie du film repose sur ses réactions et sur sa manière de découvrir progressivement l’horreur qui l’entoure. Lorsqu’un monstre apparaît, Bryan ne se transforme pas instantanément en héros d’action : il panique, réfléchit, improvise et tente surtout de rester en vie.
Cette approche donne également au film une bonne dose d’humour. Bryan est régulièrement dépassé par les événements et ses réactions permettent à Zach Cregger de jouer avec le côté parfois complètement absurde de l’univers Resident Evil.
Le dosage entre horreur et comédie fonctionne dans l’ensemble très bien, même si certaines plaisanteries auraient pu être remplacées par davantage de tension ou de développement de l’univers. Le film ne tombe cependant jamais complètement dans la parodie.
Le T-Virus a encore de mauvaises idées
Les zombies traditionnels ne sont finalement qu’une petite partie du problème. Le véritable spectacle vient des créatures mutantes imaginées pour cette nouvelle aventure.
Le T-Virus bénéficie ici d’une interprétation différente, permettant aux infectés de se transformer en véritables cauchemars biologiques. Membres déformés, tentacules, yeux et chairs qui semblent évoluer sous nos yeux : le film ne manque pas d’idées lorsqu’il s’agit de faire souffrir Bryan.
Et surtout, il ne montre pas immédiatement toutes ses cartes. Chaque nouvel environnement peut cacher une menace différente. Une porte, un couloir sombre ou un bruit étrange suffisent à installer le doute. Le spectateur sait qu’une créature peut surgir, mais pas forcément quand ni sous quelle forme.
Les effets visuels participent largement à cette réussite. Les monstres sont suffisamment grotesques pour provoquer le malaise sans donner l’impression de simples copies numériques sans personnalité. Plus Bryan progresse vers le cœur de Raccoon City, plus les rencontres deviennent inquiétantes.
Un vrai parfum de jeu vidéo
C’est probablement là que le film réussit le mieux son adaptation. Resident Evil ne cherche pas simplement à placer une machine à écrire ou une herbe verte dans un coin du décor pour faire plaisir aux fans.
Il reprend plutôt certaines sensations propres aux jeux. Chercher des munitions, avancer dans un endroit inconnu, entendre un bruit sans savoir d’où il vient, se retrouver face à un ennemi alors que l’on n’est pas forcément équipé pour l’affronter… Tout cela devient une véritable mécanique de mise en scène.
La photographie de Dariusz Wolski renforce cette impression. La caméra adopte régulièrement une position qui rappelle indirectement la manière dont on observe son personnage dans les jeux, tout en conservant une véritable approche cinématographique.
L’utilisation de la lumière est également très réussie. Certaines scènes jouent énormément sur les contrastes entre l’obscurité et quelques sources lumineuses isolées. Une voiture dans une route enneigée devient ainsi un espace particulièrement inquiétant, simplement grâce à la manière dont la lumière est utilisée.
La bande originale composée par Ryan et Hays Holladay accompagne efficacement cette ambiance avec une musique capable de passer de la tension à quelque chose de plus décalé lorsque le film décide de faire fonctionner son humour.
Raccoon City en arrière-plan
Cette approche a toutefois une conséquence : nous découvrons finalement assez peu la catastrophe qui touche réellement Raccoon City.
Le film reste constamment concentré sur Bryan et sur son trajet. C’est cohérent avec le principe de l’histoire, mais cela peut laisser une petite frustration aux fans qui auraient aimé voir davantage la ville sombrer dans le chaos.
Les personnages secondaires sont également rapidement présentés avant de laisser Bryan poursuivre son périple. Paul Walter Hauser, notamment, dispose d’un rôle intéressant lié à Umbrella Corporation, mais son personnage aurait mérité davantage de temps à l’écran.
Ce choix permet au film de conserver son rythme et d’éviter une intrigue trop chargée, mais il limite aussi son potentiel. Il y avait probablement matière à développer davantage les habitants de Raccoon City et les conséquences de l’épidémie.
Pas besoin de Leon ou de Jill
L’une des qualités de cette adaptation est justement de ne pas chercher à tout ramener aux personnages historiques. Le film peut évoquer l’univers de Resident Evil sans avoir besoin de faire débarquer Leon, Claire, Jill ou Nemesis à chaque étape.
Les références sont d’ailleurs suffisamment discrètes pour fonctionner sur deux niveaux. Les connaisseurs reconnaîtront la machine à écrire, les herbes vertes, les munitions et plusieurs autres petits détails, tandis que les spectateurs moins familiers avec la série pourront simplement profiter du film.
Quelques blagues directement liées aux jeux vidéo paraissent néanmoins un peu plus forcées. Elles rappellent parfois trop explicitement que nous sommes devant une adaptation. Les références intégrées naturellement à l’action fonctionnent beaucoup mieux.
C’est finalement cette philosophie qui permet au film de trouver son équilibre : il reprend l’esprit du survival horror, mais refuse de devenir une simple compilation de références.
Une nouvelle direction pour la saga
Avec ce Resident Evil, Zach Cregger montre qu’il est possible de prendre quelques libertés avec l’univers tout en restant proche de ce qui fait son identité. Le film comprend que la peur vient autant de l’incertitude que du monstre lui-même.
Bryan n’est jamais totalement préparé à ce qu’il va rencontrer. Chaque nouveau lieu devient une petite épreuve et chaque créature apporte une nouvelle menace. Cette progression rappelle finalement davantage une partie de Resident Evil qu’une adaptation traditionnelle de son scénario.
Le film n’est pas parfait pour autant. Son histoire reste volontairement simple, certains personnages secondaires sont sous-exploités et l’humour pourra parfois sembler un peu trop présent. Mais son rythme, ses créatures et son approche de l’univers compensent largement ces défauts.







