Le jeu Halloween: The Game a été testé avec une clé fournie par l’éditeur. Merci beaucoup.
Il avance lentement. Très lentement. Dans les films, cette démarche tranquille suffit à rendre Michael Myers terrifiant. Le tueur sait qu’il n’a pas besoin de courir : tôt ou tard, il retrouvera sa victime. Dans un jeu vidéo multijoueur, en revanche, laisser un psychopathe marcher au milieu de la rue à la vitesse d’un dimanche après-midi demande quelques ajustements. C’est justement tout le pari de Halloween: The Game, nouvelle adaptation du classique de John Carpenter par Illfonic, spécialiste du jeu d’horreur asymétrique.
Après Friday the 13th, Predator et Killer Klowns from Outer Space, le studio s’attaque donc à un autre monument du cinéma horrifique. Cette fois, un joueur incarne Michael Myers, tandis que jusqu’à quatre autres participants tentent de survivre dans Haddonfield. Sur le papier, le mélange est idéal. Et contrairement à certaines productions du genre, Halloween: The Game possède quelques idées suffisamment originales pour ne pas donner l’impression de simplement copier Dead by Daylight. Dommage que son lancement soit accompagné d’une finition technique qui fait parfois beaucoup plus peur que Michael lui-même.
Retour à Haddonfield
Halloween: The Game propose d’abord un petit mode histoire qui revient sur l’évasion de Michael Myers de l’hôpital psychiatrique de Smith’s Grove et son retour à Haddonfield, la ville où tout a commencé.
Ne vous attendez toutefois pas à une nouvelle campagne digne d’un gros jeu solo. Cette aventure d’environ deux heures sert principalement de tutoriel aux mécaniques du multijoueur. Elle permet de comprendre les bases, d’apprendre à utiliser Michael et de découvrir les différents systèmes avant de se jeter dans les parties en ligne.
L’idée est bonne, mais l’exécution manque d’ambition. La présentation est assez rigide, les déplacements paraissent lourds et certaines séquences donnent davantage l’impression d’un long didacticiel que d’une véritable campagne.
C’est dommage, car l’univers de Halloween méritait probablement mieux. Le jeu aurait pu profiter de cette histoire pour développer davantage Haddonfield et offrir une véritable plongée dans l’ambiance du film de 1978.
Michael Myers, version chasse à l’homme
Une fois en multijoueur, les choses deviennent nettement plus intéressantes. Halloween: The Game repose sur un principe 1 contre 4, mais avec une différence importante : les survivants ne cherchent pas uniquement à s’échapper.
Les joueurs incarnant les habitants de Haddonfield doivent également sauver des civils contrôlés par l’IA. Ils doivent les trouver, les convaincre de les suivre, préparer différents moyens de fuite et essayer de faire sortir un maximum de personnes avant que Michael ne transforme la ville en charnier.
Cette mécanique change complètement la manière de jouer. Au lieu de simplement réparer quelques objectifs puis de filer vers une sortie, les survivants doivent constamment prendre des risques pour aider les autres.
Et pendant ce temps, Michael chasse.
Le célèbre tueur est volontairement lent, mais il dispose de plusieurs capacités qui compensent largement cette faiblesse. Sa perception lui permet de repérer les joueurs à proximité, tandis qu’il peut plonger certaines zones dans l’obscurité.
La lumière devient alors une véritable ressource stratégique.
La nuit lui appartient
L’une des meilleures idées du jeu consiste à permettre à Michael de se déplacer sous forme d’une silhouette fantomatique lorsqu’il profite de l’obscurité. Il peut ainsi passer rapidement d’un endroit à l’autre, pénétrer dans certaines maisons dont l’électricité a été coupée et surtout surprendre ses victimes.
Cette mécanique colle parfaitement au personnage.
Michael n’est pas un sprinteur. Il est une présence. Vous pensez être tranquille dans une maison éclairée et, quelques secondes plus tard, toutes les lumières s’éteignent. Il n’y a plus qu’à espérer que le bruit que vous venez d’entendre soit celui du voisin.
Le tueur possède également une capacité lui permettant de se déplacer instantanément dans pratiquement toutes les situations. Son temps de recharge important empêche d’en abuser, mais lorsqu’elle est disponible, elle peut complètement renverser une partie.
C’est cette combinaison entre lenteur, furtivité, obscurité et téléportation qui rend finalement Michael beaucoup plus intéressant à jouer qu’on pourrait le penser.
Une vraie chasse
Les exécutions constituent évidemment une autre composante importante. Lorsque Michael attrape une victime, différentes animations permettent de l’éliminer de manière particulièrement brutale.
Le jeu n’est clairement pas timide sur ce terrain. Étranglement, empalement, brûlure, écrasement ou utilisation de l’environnement : les mises à mort sont nombreuses et cherchent à reproduire la violence graphique des slashers.
Certaines exécutions profitent d’ailleurs directement du décor. Une fenêtre, une cuisinière ou un élément du mobilier peut devenir l’outil idéal pour terminer le travail.
Cette brutalité rappelle parfois Manhunt, mais elle sert surtout à renforcer le sentiment d’incarner Michael Myers. Le problème vient davantage des animations et de leur synchronisation, qui peuvent parfois manquer de précision.
Quatre contre un… et beaucoup de coopération
Du côté des Civilians, l’expérience est évidemment très différente. Seul, un personnage est largement inférieur à Michael. La survie passe donc par la coopération.
Chaque personnage possède différentes caractéristiques liées à ses capacités, son endurance, sa débrouillardise ou sa personnalité. Certains seront plus efficaces pour combattre, d’autres pour courir, utiliser les ressources ou convaincre les civils de suivre le groupe.
Il faut également fouiller les maisons afin de récupérer armes, objets défensifs et ressources. Michael ne peut pas être éliminé définitivement, mais il est possible de le neutraliser temporairement.
Le système pousse donc à jouer intelligemment plutôt qu’à foncer tête baissée.
Et c’est une excellente chose, car Halloween: The Game réussit parfois à recréer quelque chose que les jeux asymétriques ont tendance à perdre : la peur.
Lorsque Michael vous poursuit, l’objectif n’est pas forcément de le combattre. Il faut gagner du temps, couper une lumière, trouver une autre sortie et surtout ne pas rester seul.
Même mort, on participe encore
Illfonic a également trouvé une solution intéressante pour éviter que les joueurs éliminés passent leur temps à regarder les autres jouer.
Une fois mort, il est possible de participer à de petits QTE et, selon les circonstances, de revenir dans la partie sous la forme d’un adjoint ou même de Dr Loomis. Ces personnages peuvent apporter une aide supplémentaire aux survivants.
L’idée est excellente sur le papier et permet de conserver une certaine implication après son élimination.
Le problème, c’est que ces séquences peuvent rapidement devenir répétitives. Leur présence est également entachée par quelques problèmes de réactivité et de bugs qui viennent casser le rythme.
Haddonfield mérite cinq étoiles
Visuellement, le jeu fait heureusement beaucoup mieux.
Les environnements s’inspirent directement de l’esthétique du film original. Maisons, voitures, mobilier, vêtements et vieux téléphones respirent la fin des années 70. Haddonfield possède cette ambiance résidentielle américaine qui semble parfaitement ordinaire… jusqu’à ce qu’une silhouette apparaisse au bout de la rue.
C’est probablement l’un des aspects les plus réussis de la production.
La bande-son et surtout les effets sonores jouent également un rôle essentiel. Dans un jeu basé sur la furtivité, entendre une porte, un déplacement ou une menace dans la bonne direction est primordial.
Et c’est justement là qu’un problème particulièrement gênant apparaît.
Le vrai monstre, ce sont les bugs
Halloween: The Game souffre actuellement d’un manque de finition évident.
Crashs, chutes de framerate, problèmes de collision, personnages qui flottent, animations cassées, objets impossibles à récupérer, interactions qui fonctionnent une fois sur deux… La liste est malheureusement longue.
Le système sonore peut également partir en vrille et produire un bruit du mauvais côté. Dans un jeu d’horreur où l’audio doit justement permettre de localiser la menace, ce genre de problème est particulièrement pénalisant.
L’IA des civils n’est pas beaucoup plus rassurante. Certains personnages contrôlés par l’ordinateur peuvent rester plantés au même endroit alors que Michael vient littéralement de massacrer leurs voisins. Pour un jeu où sauver ces civils constitue un objectif central, ce comportement est difficile à pardonner.
Il faut également composer avec quelques problèmes de QTE et des interactions parfois capricieuses.
Une mise à jour de lancement pourra évidemment améliorer la situation, mais dans son état initial, le jeu donne parfois l’impression d’avoir quitté le laboratoire un peu trop tôt.
Une bonne idée qui demande du polish
C’est finalement ce qui rend Halloween: The Game assez frustrant à évaluer. Les fondations sont bonnes. Le concept fonctionne, Michael Myers est très amusant à incarner et le système de civils apporte une véritable différence par rapport aux concurrents.
Le jeu favorise même une approche plus immersive du genre. On ne cherche pas simplement à courir jusqu’à la sortie : on doit gérer la lumière, surveiller les déplacements de Michael, aider les habitants et prendre des décisions collectives.
Mais toutes ces bonnes idées sont régulièrement freinées par des problèmes techniques.
Et il faudra aussi voir comment la communauté s’appropriera le jeu. Car dans un titre multijoueur, les joueurs peuvent complètement transformer l’expérience. S’ils coopèrent et comprennent les objectifs, les parties peuvent devenir particulièrement tendues. Si chacun décide de jouer dans son coin, Haddonfield risque rapidement de devenir un joyeux bazar.
Pour l’instant, Halloween: The Game possède donc davantage de potentiel que de finition. Et c’est probablement son principal problème.










