L’intégrale de » Chasseurs de Dragons » est disponible sur Youtube (série + film)
Quelle drôle de petite série qui nous amène ici en ce jour. Peu connue mais ayant fortement marqué ceux ayant eu la chance de la visionner à l’époque, « Chasseurs de Dragons » a une proposition qui sort grandement des sentiers battus, surtout dans un monde de l’animation jeunesse assez calibrée (et ce de plus en plus). Univers étrange, créatures bizarres et héros pleins de défauts, voilà ce qui constitue la base de la cinquantaine d’épisodes de ces deux saisons.
UN CONTRAT C’EST UN CONTRAT !
Dans un étrange monde constitué d’une myriade d’îles flottantes vivent deux chasseurs de dragon aussi différents qu’inséparables : Lian-Chu le guerrier taciturne et Gwizdo le négociateur sans scrupule. L’atypique duo est accompagné d’une petite créature au pelage bleu plus forte qu’elle en a l’air du nom d’Hector, à la fois animal de compagnie, porteur d’arme et chargé de pédale (on y revient plus bas).
La petite équipe squatte sans vergogne l’auberge dite du ‘Dragon qui Ronfle’ en promettant chaque jour qui passe de rembourser leur dette à la patronne. Cette dernière, JeanneLine de son prénom, est une femme à fort caractère ayant un petit faible peu compréhensible pour le petit au gros pif gérant les affaires contractuelles de ces pourfendeurs de créatures cracheuses des flammes.
JeanneLine a eu de nombreux maris, l’un d’entre eux ayant su lui donner une fille prénommée Zaza qui l’aide à entretenir l’auberge. Elle est également la mère adoptive de Zoria, une autre chasseuse de dragon sans cesse sur les routes. Cette dernière n’apparaît que dans quelques épisodes mais là encore on reviendra sur le personnage plus loin…
Voilà pour le contexte général. Et donc, épisode après épisode, cette joyeuse troupe affronte toutes sortes de… dragons… Là encore il faut expliciter un peu plus le concept. Car bien qu’il y ait ce qu’on appelle communément « des dragons » qui peuplent ce monde, la plupart des créatures dénommées ainsi ne sont PAS des dragons, le terme désignant de fait toutes sortes de créatures toutes plus fantabuleuses les unes que les autres (un peu à la Monster Hunter quand on y pense…).
Certains de ces monstres peuvent vous hypnotiser et vous faire vivre la vie de vos rêves jusqu’à ce qu’il vous dévore, d’autres sont des immenses vers vivant dans le sol, on voit également ce qui s’apparente à des petits dinosaures au pouvoir électrique… on trouve même des essaims d’insectes géants qui sont pourtant bien classés dans la catégorie « Dragon ». Le titre de la série n’est donc pas à prendre complètement au premier degré, nos deux héros étant plutôt des « Chasseurs de Monstres ».
D’ailleurs Hector lui-même est un dragon, que les deux comparses font passer pour un ‘chien bizarre’ afin d’éviter les désagréments auprès des nombreux gueux qu’ils sont amenés à croiser… Tous ne sont donc pas dangereux (mais la plupart le sont quand même).
LA LAME DE L’ÉPÉE APPORTE LA PAIX PARFOIS AU PRIX DE L’ÂME…
Lian-Chu, Gwizdo et Hector voyagent à travers les îles chasse après chasse, contrat foireux après contrat foireux (ils se font toujours avoir). Leur moyen de locomotion est une fois de plus assez singulier : une simple brouette munie d’hélices. Oui oui, rien de plus. À bord chacun sa fonction : Le puissant guerrier est préposé au décollage, consistant en fait à pousser le « Saint George » dans le vide, Gwizdo lui est en charge du pilotage tandis qu’Hector lui doit pédaler comme un dératé pour faire tourner le petit système à pales.
-
- Dans le monde de Lian-Chu et Hector, vous n’avez besoin de rien de plus pour voler de vos propres ailes…
Dans cet univers peu conventionnel que l’on découvre petit à petit, chaque îlot de terre flottant possède ses particularités et c’est d’autant plus vrai pour les villages qui s’y trouvent parfois. Entre les nains réfractaires aux étrangers (mais bien content de trouver quelqu’un pour se débarrasser de leur monstrueux problème), le bidonville peuplé de gens fortunés mais à la conception de la finance plus que tordue ou bien les bouseux de bases qui discutent plus avec les fourches qu’avec les convenances, c’est loin d’être gagné de vivre correctement de son honnête métier.
Et c’est donc ainsi, de contrat en contrat, que nos héros tentent de gagner leur croûte. Si l’on est tenté de croire au vu des premières épopées que le guerrier (qui par ailleurs est également un grand tricoteur) pourrait se suffire à lui-même, on comprend assez rapidement le rôle de l’agaçant et gouailleur Gwizdo. Bien plus prolixe et extraverti que son compagnon d’infortune, c’est lui la véritable figure de proue de leur modeste entreprise. De plus, petit détail mais qui au fil des épisodes va gagner de l’importance, il est le seul de toute la clique à savoir lire (car oui, tous les autres personnages sont analphabètes).
Les épisodes se suivent sans déplaisir malgré un schéma narratif qui va vite devenir par trop récurrent. Il y a tout de même en quelques occasions quelques belles pépites qui vont sortir du lot comme « L’îlot Trésor » ou « La Vie Rêvée » pour ne citer que deux exemples.
Le seul véritable couac viendra non pas de l’image mais du son avec ce thème musical totalement hors sujet lors des phases de grand danger ou de course poursuite. On pense qu’il s’agit là d’un compromis avec le diffuseur pour atténuer les scènes dramatiques afin de pouvoir toujours être visible par un – très – jeune public. C’est grandement dommageable car ces mêmes séquences avec une musique dans le ton auraient gagné en consistance…
C’est le groupe The Cure qui a composé la chanson générique en adaptant leur titre « Taking Off ». La classe.
AGRABOUI ENCOR TOUL’BOULO !!
Cinquante épisodes avec parfois quelques particularités sur lesquelles nous allons revenir. D’abord précisons que notre ordre de visionnage ne fut pas forcément l’officiel de production même si dans l’ensemble la continuité semble avoir été respectée sur le canal où est disponible l’ensemble de la série.
Tout d’abord bien qu’elle soit divisée officiellement en deux saisons de 25 épisodes, on peut constater que de fait le douzième – « Le goût étrange du Cocomak » – possède une courte séquence finale pouvant s’apparenter à une fin de saison. Sans doute s’agissait-il là du dernier épisode produit afin de convaincre les diffuseurs d’en commander davantage.
Un petit mot ensuite sur le n°24, titré « Retrait de Permis » qui est en fait un remontage de plusieurs épisodes antérieurs auquel on a greffé quelques minutes d’animations supplémentaires pour lier le tout dans une histoire vaguement cohérente. Sûrement un moyen de produire à moindre coût afin de gonfler le nombre d’épisodes à diffuser. Le procédé reste tout de même un brin incongru, pour ne pas dire plus…
Parlons aussi des épisodes 48 et 50 qui constituent un double épisode (oui avec le 49 au milieu, ce qui renforce nos soupçons sur le fait que notre ordre de visionnage ne fut pas tout à fait l’ordre de production…). Au cours de cette aventure, nos deux héros quittent l’auberge pour se rendre à la « grande ville », première apparition d’une telle cité dans la série qui jusque-là se contentait de petits patelins. On peut décemment considérer cette découverte urbaine comme la conclusion de « Chasseur de Dragons ».
Dans l‘épisode « le maître du Dragon » (le fameux 49 dans notre numérotation), nous apprenons que le véritable nom de Zoria n’est autre que… Zoé. Transition parfaite pour évoquer désormais le film d’animation 3D.
NOUVELLE DIMENSION
C’est en 2008 que sort le long-métrage adapté de la série. Un film d’animation en 3D qui sera de manière assez surprenante une préquelle bien que développée visiblement en même temps que la saison 2. On retrouve peu ou prou les mêmes équipes à la barre mais avec donc un changement graphique de taille.
Concrètement on retrouve Lian-Chu et Gwizdo – toujours accompagné d’Hector – une décennie avant le début du dessin animé. Déjà en quête d’aventures, ils tomberont en attendant sur une petite fille prénommée Zoé qui leur promet monts et merveilles s’ils réussissent la mission périlleuse de son oncle, le peu sympathique seigneur Arnold. Le contrat consiste à traquer, débusquer puis tuer le Bouffe-monde, un dragon si puissant qu’il est capable de détruire des îles entières en un claquement de dents.
Pour Gwizdo l’occasion est trop belle et par appât du gain il accepte. Lian-Chu de son côté pense enfin tenir sa revanche sur la créature ayant décimé son village alors qu’il n’était encore qu’un frêle enfant…
Ce passage à la troisième dimension il faut bien l’avouer ne va pas être des plus heureux pour la franchise. Le design général du dessin animé ne seyant pas forcément au format ‘en relief’. Il faut dire aussi que le look graphique de Lian-Chu a de quoi laisser perplexe avec ce corps immense posé sur des jambes minuscules… Cela ne nous avait pas choqués à l’époque mais lors de notre récent visionnage son apparence nous est apparue quelque peu grotesque, voire saugrenue…
Cependant l’ambiance crépusculaire qui pèse sur tout le métrage lui confère une aura assez particulière qui lui octroie un cachet indéniable. Voir ces îles flottantes et ces ruines ancestrales se désagréger tout du long de l’aventure dans une sorte de fin du monde lente et inéluctable assure d’imposer une atmosphère mélancolique.
Un environnement qui aura des conséquences sur notre troupe en vadrouille puisqu’elle leur donnera l’occasion de faire le point sur leur vie et leurs aspirations. Ce qui amènera disputes, querelles et bien sûr réconciliations…
Le boss final, ce fameux ‘Bouffe-Monde’, sera là encore un élément sortant des sentiers battus. Malheureusement on trouve aussi qu’il manque de chair, de consistance. Bien que faisant montre de pouvoirs hallucinants (et pour cause, il a un potentiel de destruction absolument gigantesque), il se fait vaincre de manière assez peu spectaculaire, et on osera même qualifier de ridicule sa mise à mort (visuellement elle tabasse par contre).
On reste donc sur notre faim avec cette version longue cinématographique. On aurait aimé voir la rencontre effective entre les deux protagonistes au cours d’un flashback ayant lieu au sein de l’orphelinat or il n’en rien. De même comment trouvent-ils Hector ? Là encore aucune réponse. Le film débute alors que le trio est déjà constitué et même en pleine ascension professionnelle.
Par contre on découvre donc comment Zoria est entrée dans leur vie mais il n’est jamais fait mention de l’auberge dans laquelle ils finiront par établir leur camp de base quelque temps plus tard.
Signalons enfin que c’est Vincent Lindon et Patrick Timsit qui interprètent le duo en tête d’affiche, alors qu’il s’agissait d’Alexis Victor/ Thierry Desroses pour Lian-Chu (Saison 1/Saison 2) et Ludovic Pinette pour Gwizdo dans le dessin animé.








