Un cauchemar en boucle généreux en gore, mais qui égare l’ADN de son modèle.
Après des années d’attente, l’adaptation cinématographique du jeu culte de PlayStation, Until Dawn: La mort sans fin réalisée par David F. Sandberg (déjà derrière Dans le noir et Annabelle 2), a enfin livré son verdict. Le résultat est une proposition radicale, classée R (les moins de 17 ans doivent être accompagnés d’un parent), qui prend le contre-pied total des attentes des fans en troquant l’histoire originale contre un concept de « Die and Retry ». Une œuvre visuellement soignée, mais qui divise profondément.
Le scénario : quand Edge of Tomorrow s’invite chez les monstres
L’intrigue délaisse complètement le chalet enneigé et le groupe d’amis d’origine. À la place, nous suivons Clover (incarnée par Ella Rubin) et sa bande, partis à la recherche de sa sœur disparue dans la sinistre vallée minière de Glore Valley. Très vite pris en chasse par un tueur masqué dans un centre de visiteurs désaffecté, les membres du groupe subissent un massacre en règle… avant de se réveiller brusquement au début de la nuit.
C’est la grande idée du film : transcrire la notion de choix du jeu vidéo à travers une boucle temporelle, le fameux « effet papillon ». À chaque résurrection, les personnages conservent leurs souvenirs et doivent ajuster leurs décisions pour espérer voir le lever du jour. Si l’idée est maligne pour simuler le fait de « recommencer une partie », elle étire parfois le récit et entraîne des longueurs répétitives au cours du deuxième acte. Le scénario s’embourbe alors dans des explications un peu laborieuses.
Un casting renouvelé qui cherche sa dynamique
Côté distribution, la production a pris le pari risqué de faire table rase du passé. Exit les visages ultra-identifiables du jeu d’origine, comme Hayden Panettiere, qui occupe une place centrale dans l’univers d’Until Dawn. C’est elle qui incarne Samantha « Sam » Giddings, la protagoniste principale et l’emblématique « Final Girl » du jeu vidéo original, sorti en 2015 sur PS4.
Elle y prêtait ses traits grâce à la capture de mouvement et assurait le doublage du personnage. Son rôle est historique pour la franchise, ce qui crée une distinction importante avec le film de 2025. Bien qu’elle ait publiquement exprimé son envie de reprendre son rôle à l’écran, le réalisateur David F. Sandberg a choisi de raconter une histoire totalement inédite avec une toute nouvelle génération de personnages.
Même traitement pour Rami Malek, qui est un pilier absolu de l’identité d’Until Dawn. En 2015, bien avant de remporter l’Oscar du meilleur acteur pour Bohemian Rhapsody, il a prêté ses traits, grâce à la capture de mouvement, ainsi que sa voix au personnage de Joshua « Josh » Washington dans le jeu vidéo original sur PS4. Dans le jeu, Josh est le propriétaire du chalet et le frère des jumelles disparues, Hannah et Beth. Sa performance habitée et tragique, notamment lors de ses séances face au mystérieux docteur Hill, interprété par Peter Stormare, le fameux remplaçant dans Call of Duty, a profondément marqué la communauté. Autant dire qu’il s’agit d’un rôle central et primordial !
Plusieurs raisons peuvent expliquer son absence du scénario original du film. Près de dix ans séparent le jeu d’origine du tournage. Rami Malek ayant aujourd’hui la quarantaine, il serait devenu difficile pour lui de rejouer de manière crédible à l’écran le rôle d’un jeune adulte. De plus, sa carrière a explosé à Hollywood avec Mr. Robot, No Time to Die et Oppenheimer.
Le film fait donc place à une nouvelle génération de survivants portée par Ella Rubin, dans le rôle de Clover, lancée sur les traces de sa sœur disparue, Melanie. Elle est épaulée par Michael Cimino (Max) et Odessa A’zion (Nina).
Avant de se faire poursuivre par les monstres d’Until Dawn en 2025, Ella Rubin avait marqué les esprits en 2024 dans la comédie romantique acclamée The Idea of You, aux côtés d’Anne Hathaway, ainsi que dans Anora, le film de Sean Baker qui a remporté la Palme d’or.
De son côté, Michael Cimino, avant d’affronter le bestiaire de David F. Sandberg en 2025, s’était déjà frotté à l’épouvante en incarnant Bob Palmeri dans Annabelle Comes Home (2019), produit par James Wan. On a également pu le voir dans la dernière saison de la série Netflix Never Have I Ever (2023), dans le rôle d’Ethan Morales, ainsi que dans le film fantastique Girl Haunts Boy (2024). En 2025, il rejoint le casting de la série Motorheads.
Avant de rejoindre le projet de David F. Sandberg, Odessa A’zion avait déjà conquis les amateurs de frissons en incarnant Riley McKendry, le personnage principal du reboot gore et réussi d’Hellraiser (2022). Propulsée au rang d’« It Girl » incontournable d’Hollywood, elle fait sensation à la télévision dans la série animée Stranger Things : Chroniques de 1985 et vient d’être annoncée au casting du film dramatique très attendu The End of the World as We Know It.
Si ce sang neuf permet de s’affranchir du matériau de base, l’écriture globale en pâtit. Les archétypes du genre — le sportif arrogant, la fille anxieuse, le geek de service — manquent cruellement de nuance. La complicité du groupe peine à s’installer à l’écran, faisant passer ces adolescents pour de la simple chair à canon plutôt que pour des personnages auxquels on s’attache.
Les points forts : une formidable claque visuelle et sanglante
Sur le plan technique, David F. Sandberg prouve une fois de plus qu’il excelle dans la mise en scène de la terreur. La gestion des ombres, la superbe photographie nocturne et les décors poisseux créent une ambiance viscérale et anxiogène de haute facture.
L’immersion sonore joue également un rôle capital grâce à la partition de Benjamin Wallfisch. Le compositeur, déjà à l’œuvre sur Ça, livre une musique sombre, lourde et percutante qui maintient une sensation de malaise permanent. En parallèle, le réalisateur s’amuse visiblement avec les codes des slashers des années 1990, multipliant les hommages au genre avec une grande générosité graphique.
L’équipe des effets spéciaux a également fait un travail remarquable. Les emblématiques Wendigos bénéficient d’un design squelettique terrifiant et fidèle à la charte graphique de Supermassive Games. Derrière eux, on retrouve notamment Little Hope en 2020, The Quarry en 2022 ou encore Little Nightmares III en 2025. Le film se montre généreux en élargissant le bestiaire avec d’autres monstres, comme des sorcières et des géants, offrant un véritable festival aux amateurs de créatures.
De plus, le film ne recule devant rien en matière d’hémoglobine. Les scènes de mise à mort sont inventives, brutales et particulièrement sanglantes, justifiant pleinement la classification R. Enfin, le retour magistral de Peter Stormare, qui reprend son rôle du Dr. Hill, apporte une vraie valeur ajoutée. Complètement habité, il vole la vedette à chacune de ses apparitions et insuffle une folie psychologique bienvenue au milieu des effusions de sang. Les effets pratiques et ce mélange de références horrifiques sont un véritable régal pour les amateurs de gore !
Attention, spoilers !
Là où le film marque de précieux points, c’est dans sa générosité visuelle et son refus du tout-numérique. Les amateurs de cinéma de genre salueront le travail titanesque réalisé sur les effets spéciaux pratiques et les prothèses de maquillage. Les mises à mort, particulièrement graphiques, justifient pleinement la classification « Rated R » du long-métrage par leur brutalité organique.
De plus, le concept de boucle temporelle permet à Sandberg de s’amuser avec le bestiaire. Le film ne se contente pas des mythiques Wendigos : chaque redémarrage de la chronologie introduit une nouvelle menace, transformant le manoir en un véritable parc d’attractions de l’horreur où se croisent un tueur masqué au design léché, une sorcière revancharde et des créatures cauchemardesques.
Les points faibles : des choix techniques discutables et une tension sacrifiée
C’est malheureusement le paradoxe du film : en proposant un système de « vies » et de « boucles temporelles », la mort perd instantanément de sa superbe. On ne craint plus pour la vie des protagonistes puisqu’on sait qu’ils vont réapparaître au checkpoint suivant. Cela désamorce une grande partie du suspense et du frisson lié à la mort définitive, qui faisait tout le sel du jeu.
De plus, le montage se retrouve inévitablement haché par les réinitialisations temporelles, créant des baisses de rythme systématiques à chaque réveil des personnages.
Sur le plan purement visuel, la photographie souffre par moments d’un cruel manque de lisibilité. Certaines scènes d’action nocturnes ou souterraines, dans les mines, sont si sous-éclairées qu’il devient difficile de comprendre précisément ce qui se passe ou de distinguer quel personnage est en train de se faire attaquer.
De leur côté, les nouveaux personnages souffrent d’un manque cruel d’écriture. Exit le casting étoilé d’origine : la nouvelle bande de jeunes manque d’épaisseur et de charisme. À l’exception de Clover, ses membres finissent par ressembler à de simples cibles sur pattes, interchangeables, rendant leurs morts répétitives et peu touchantes. Enfin, le scénario jongle parfois maladroitement entre l’horreur pure et des dialogues très clichés, ce qui casse par moments les excellentes montées en tension dramatique.
Les paradoxes de la boucle : quand la logique s’effondre
Malheureusement, pousser le concept du « Die and Retry » aussi loin crée d’inévitables et frustrants plot holes, autrement dit des incohérences scénaristiques.
Attention, spoilers ! La mécanique des « vies limitées » pousse parfois les protagonistes à adopter des comportements totalement absurdes, comme commettre des « suicides stratégiques » pour réinitialiser la boucle plutôt que de tenter une fuite pourtant logique. Pire encore, le film sacrifie toute cohérence morale : lors d’un cycle particulièrement sombre, un personnage bascule dans la folie et assassine froidement l’un de ses propres amis. Un acte d’une gravité absolue qui se retrouve totalement balayé d’un revers de main, oublié et pardonné dès la réinitialisation suivante, sous prétexte que « cela n’est techniquement pas arrivé ».
Ce détachement émotionnel brise l’empathie et rappelle un peu trop l’aspect mécanique d’un jeu vidéo, au détriment de la narration cinématographique.
Une passerelle directe vers Until Dawn 2 (2027)
Malgré ses libertés narratives, le long-métrage n’est pas une œuvre isolée. Sony et PlayStation Productions auraient pensé ce film comme un véritable tremplin scénaristique pour préparer le retour de la franchise sur console.
Attention, spoilers évidents : ne lisez pas la suite si vous n’avez pas encore vu le film.
La fin du film en est la preuve éclatante : lorsque Clover élimine le Dr. Hill, les moniteurs de surveillance se rallument pour révéler des images du mythique chalet enneigé de Blackwood Mountain.
Cette conclusion confirmerait que le Dr. Hill a survécu et qu’il pourrait déplacer ses protocoles de terreur, jetant ainsi les bases d’Until Dawn 2, présenté ici comme la suite officielle sur PS5. Le futur jeu vidéo s’inspirerait grandement des thématiques du long-métrage en opposant le terrifiant psychiatre, toujours interprété par Peter Stormare, à une équipe de vidéastes paranormaux sur une île tropicale. Une manière habile de connecter le cinéma et le jeu vidéo au sein d’un même univers étendu.








