Acheter un jeu dématérialisé devrait-il garantir le droit de le conserver et d’y jouer indéfiniment ? Aux États-Unis, cette question pourrait bientôt faire l’objet d’un débat législatif. Le représentant américain Ritchie Torres souhaite introduire une proposition de loi baptisée Power To The Players Act, destinée à renforcer les droits des consommateurs après l’achat d’un jeu vidéo.
Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large autour de la préservation du patrimoine vidéoludique. En Europe, la campagne Stop Killing Games a déjà contribué à mettre en lumière les risques liés aux jeux dépendants de serveurs en ligne. Lorsqu’un éditeur coupe ses services, certains titres deviennent en effet totalement injouables, même pour les personnes qui les ont achetés. Le projet américain entend s’attaquer à plusieurs aspects de ce problème.
Ritchie Torres, membre de la Chambre des représentants depuis 2020, souhaite notamment confier à la Federal Trade Commission (FTC) la mission d’établir des règles garantissant une meilleure protection des joueurs. L’objectif serait de faire évoluer les pratiques du secteur afin que l’achat d’un jeu numérique ne se résume pas à l’obtention d’une licence susceptible de disparaître.
Parmi les mesures envisagées figure ainsi la reconnaissance d’un véritable droit de propriété sur les jeux achetés. Aujourd’hui, les conditions d’utilisation de nombreux services numériques reposent sur des licences, dont les modalités peuvent limiter les droits des utilisateurs. Le texte défendu par Torres chercherait à mieux protéger les consommateurs face à ces restrictions.
Autre point central : la possibilité de continuer à jouer lorsque les serveurs d’un jeu ferment. Le projet entendrait imposer aux entreprises de garantir un accès aux titres concernés, notamment grâce à un mode hors ligne. Une telle disposition pourrait avoir des conséquences importantes pour les jeux qui reposent actuellement sur une connexion permanente, même lorsqu’ils sont principalement conçus pour être joués en solo.
La proposition évoque également la possibilité de transférer ou de revendre ses copies numériques. Une évolution qui toucherait directement au modèle économique des boutiques dématérialisées, où les jeux sont généralement associés à un compte et ne peuvent pas être librement cédés à un autre utilisateur.
Dans sa déclaration, Ritchie Torres résume sa position sans détour : « Quand vous achetez un jeu, vous devriez en être propriétaire. » Il estime qu’un titre retiré de l’accès des joueurs lorsqu’une entreprise cesse ses activités ressemble davantage à une location déguisée qu’à un véritable achat. Le représentant souligne aussi que les familles consacrent une partie de leur budget à ces produits et devraient pouvoir continuer à en profiter après leur acquisition.
Le Power To The Players Act n’est toutefois pas encore une loi adoptée. Son avenir dépendra de la présentation officielle du texte, de son examen par les parlementaires et de son éventuel parcours législatif. Il reste donc trop tôt pour savoir quelles mesures seraient effectivement retenues et comment elles pourraient être appliquées aux différents modèles de distribution.
Pour les joueurs, les collectionneurs et les défenseurs de la préservation vidéoludique, cette initiative remet néanmoins sur la table une question essentielle : que reste-t-il d’un jeu lorsque son accès peut être supprimé à distance ? À l’heure où les catalogues numériques prennent une place grandissante, le débat sur la propriété, la revente et la conservation des jeux est loin d’être terminé.

