Le Player 1 entre dans la commune : quand un membre de MEGA Force s’installe « Au Baon des Cerisiers » !
Si on vous dit « MEGA Force« , vos yeux s’illuminent immédiatement de pixels en 16-bits et vos pouces se souviennent du relief de la manette Mega Drive. Mais aujourd’hui, le célèbre magazine culte ne se feuillette pas seulement : il s’apprête à faire vibrer le cœur du Tonnerrois. Rémi Gonzalez, ancien rédacteur en chef de MEGA Force (et toujours présent chez nous par son empreinte indélibile et son talent d’écriture) et élu local, a troqué temporairement ses consoles pour endosser le rôle d’architecte d’un projet fou : « importer la culture nippone, l’esprit geek et le rétrogaming en plein milieu rural, dans le village de Baon« .
À l’approche de l’assemblée générale décisive de l’association « Au Baon des Cerisiers » ce samedi 14 novembre, nous avons rencontré Rémi, son président, pour comprendre comment la nostalgie des années 90 et l’amour du Japon vont transformer 80 habitants en une véritable capitale du jeu vidéo pour l’horizon 2028. Insert Coin, c’est parti !
La synergie avec MEGA Force & le Rétrogaming
MFM : Bonjour Rémi, On ne va pas te présenter, tu es un membre très actif de notre association et aussi un des rédacteurs les plus reconnus dans notre travail. En tant qu’ancien rédacteur en chef de MEGA Force, comment comptes-tu mettre à profit l’expertise et le réseau du magazine pour enrichir le volet rétrogaming du festival de Baon ?
L’idée principale est de faire découvrir la culture et les traditions japonaises au plus grand nombre, notamment dans une zone très rurale comme celle dans laquelle je réside. Il y a de vraies différences et c’est ce qui me plaît : échanger, partager, découvrir sont les maîtres mots de cette aventure. Et qui dit culture japonaise, dis aussi culture vidéo ludique.
C’est un point auquel je suis attaché, et je profiterai de toute cette expérience de collectionneur, de joueur, et de professionnel du milieu que j’ai acquise chez Megaforce afin de faire découvrir une facette méconnue du Japon, avec des consoles et des jeux typiques (et atypiques) du pays du soleil levant.
MFM : Est-ce que l’équipe de MEGA Force (rédacteurs, collectionneurs) fera le déplacement à Baon pour animer des conférences, des tournois ou des espaces de jeu ?
L’association vient de se lancer, aussi nous sommes à la recherche de toutes les idées qui peuvent faire avancer ce projet. J’ai voulu créer une association participative qui laisse le champ libre à l’expression et à la créativité dans les animations que l’on mettra en place pendant le festival. Aussi, j’espère que l’on va pouvoir trouver des synergies avec l’équipe pour apporter des choses nouvelles.
Je ne souhaite pas me diriger dans des domaines déjà éprouvés dans d’autres salons ou conventions, je cherche toujours le petit « truc » qui va faire la différence. Parler de domaines culturels qui sont peu évoqués, lancer des animations peu développées auprès de la sphère gaming, voire inconnues du public français sont les leitmotivs qui me font avancer.
MFM : MEGA Force étant historiquement lié à l’univers de SEGA, peut-on s’attendre à une présence forte de cette marque ou à des exclusivités nostalgiques des années 90 ?
Je suis un fervent admirateur de la marque, on devrait donc y trouver quelques références. 😉
MFM : Tu as récemment organisé une exposition au château d’Ancy-le-Franc avec ton association, en lien avec MEDIA Force Publishing. Ce festival à Baon est-il la suite logique de tes actions pour implanter la culture geek dans le Tonnerrois ?
J’ai une autre association (Ré.M.I. – Rétrogaming Museum Initiative) qui est dédiée cette fois au rétrogaming, et que j’ai voulue, encore une fois, novatrice. L’exposition, d’une durée de trois mois, dans un château de la Renaissance, était une première en France. C’est ce qui m’a fait avancer, et qui m’a donné des idées pour la suite.
Le public, qui m’a fait l’honneur de venir, était ravi, pris entre nostalgie selon les pièces exposées, et découverte totale selon les autres pièces présentées. Je ne suis pas un perfectionniste, mais je n’aime pas faire les choses à moitié.
Toujours trouver l’approche différente, aller un peu plus loin à chaque fois dans la réflexion, pousser les curseurs sont pour moi essentiels dans la démarche. Alors après une exposition, la suite logique est double : un musée, qui est en développement (on pourra en reparler plus tard), et ce festival, qui va repousser les limites en ne contraignant pas l’expérience que vont vivre les festivaliers à une salle des fêtes ou à un hangar, mais en la redéfinissant dans l’entièreté d’un village qui va vibrer, le temps d’un week-end, au diapason du Japon.
L’esprit geek et les traditions en milieu rural
MFM : Comment vas-tu équilibrer la programmation entre la culture pop (manga, jeux vidéo) qui attire le lectorat de MEGA Force, et les traditions japonaises plus classiques pour séduire un public plus large et familial ?
Je vais être honnête, les idées sont telles que le retrogaming ne sera qu’une petite part du festival qui mettra l’accent sur de nombreux aspects culturels japonais. Des stands sont déjà bouclés, et cela va aller de la calligraphie à la musique, au manga en passant par la street food. Nous préparons également des thématiques anime, de l’immersion au cœur du Japon avec de la VR, et plein d’autres surprises !
MFM : Le public des passionnés est habitué aux grandes conventions urbaines. Penses-tu que cette communauté nostalgique est prête à se déplacer en masse dans un village de 80 habitants ? Quelle sera la touche unique de Baon pour les attirer ?
On espère déjà attirer nos concitoyens, qui sont la cible première du festival. Mais il y a une gare avec un train direct depuis Paris ou Lyon, ce qui, nous l’espérons, permettra de toucher plus de monde. Nous verrons bien comment se passera le premier festival, et nous nous adapterons au fur et à mesure des années. 🙂
Thématique 3 : Logistique, accueil et vie locale
MFM : Avec moins de 100 habitants à l’année, comment la commune de Baon compte-t-elle gérer l’afflux logistique (parkings, hébergements, restauration, sécurité) si des centaines ou milliers de visiteurs débarquent ?
Nous savons que nous pouvons compter sur la mairie qui porte ce projet avec nous, tout comme la communauté de communes qui a été très sensible à notre démarche. Les choses vont se mettre en place, mais la logistique n’est pas une source d’inquiétude pour moi. Nous avons de grands espaces ouverts, et des compétences en gestion d’évènements locaux, ce qui en fait un cocktail parfait pour une bonne appréhension de ces problématiques.
MFM : Des infrastructures temporaires, comme des navettes depuis la gare de Tonnerre ou des zones de camping, sont-elles envisagées pour les visiteurs non véhiculés ?
Toutes les pistes sont à l’étude, et cela dépendra du succès et des retours que l’on va avoir sur les prochains mois.
MFM : Quel est l’accueil des habitants du village face à ce projet ? Y a-t-il des réticences à l’idée de voir leur calme habituel bousculé, ou au contraire une forte mobilisation bénévole ?
J’ai présenté le projet en conseil municipal, qui a validé les grandes lignes. Nous avons donc organisé en juin dernier une réunion publique pour expliquer les tenants et aboutissants, et l’accueil a été très favorable. J’ai donc pu en parler plus librement au niveau intercommunal, et l’accueil est chaleureux. Je pense que cela va créer une bonne dynamique pour le village !
Modèle économique, partenariats et horizon 2028
MFM : Un tel événement demande un budget conséquent. Comment comptes-tu financer le festival (subventions de la Région/Département, partenariats privés, financement participatif) ? L’accès sera-t-il gratuit ou payant ?
Le budget prévisionnel est monté avec un minimum de ressources et un maximum de bonnes volontés. Nous nous orientons vers les solutions les plus simples mais aussi les plus pertinentes. Nous ne sommes pas une métropole avec des moyens financiers colossaux, aussi, nous misons sur l’efficience et sur notre équipe au sein de l’association pour avoir des marges de manœuvre intéressantes.
Les premiers stands déjà définis nous permettent ainsi de voir sereinement le festival arriver sans avoir de dépenses extravagantes. Le tout est de nouer des partenariats forts qui font fonctionner les dynamiques et l’économie locale. Je tiens également à ce que l’accès au festival soit libre et gratuit, c’est une ligne que je me suis fixée pour toucher le plus grand nombre.
MFM : Tu évoques des projets d’échanges avec des communes au Japon et des partenariats scolaires. As-tu déjà des contacts officiels établis, par exemple avec l’ambassade du Japon ?
J’ai eu des contacts avec la fondation du Japon à Paris, et l’agence CLAIR Paris qui est en charge des relations entre la France et le Japon. Mais le plus intéressant s’est déroulé sur les réseaux sociaux : l’appel lancé s’est avéré payant et de nombreux Japonais nous ont écrit pour nous faire part de leur volonté de trouver des connexions avec nous. Les choses avancent, et nous avons déjà envoyé 3 colis là-bas, dans 3 villages, pour leur faire découvrir nos produits locaux.
Ils étaient ravis du contenu, et nous avons pu partager leurs réactions en visio. Nous avons également reçu un premier colis, mais il est encore scellé car nous avons une visio prévue pour l’ouvrir en direct avec nos amis japonais ! Au niveau scolaire, les choses sont plus longues à mettre en place, mais nous avons bon espoir de pouvoir faire une première visio et de faire les premiers échanges épistolaires au premier semestre 2027 !

MFM : Le festival est annoncé pour le printemps 2028. Quels sont les chantiers prioritaires de l’association « Au Baon des Cerisiers » pour les mois à venir, à commencer par l’assemblée générale de ce samedi 14 novembre ?
L’assemblée générale est ouverte à tous, et permettra de présenter le projet plus finement que lors de la réunion publique de juin dernier. Nous avons avancé sur beaucoup de sujets, et nous voulons les présenter.
Le premier chantier sera de planter les cerisiers à fleurs, au nombre de 20. Cela démontre le support sans faille de la municipalité, qui en a acheté 7 pour décorer le village, et le soutien des habitants qui en ont acheté 13. L’objectif est d’en prendre soin pour que les fleurs soient superbes pour les Sakura d’avril 2028 ! Car c’est l’objectif : que tout le village soit décoré et empreint de la culture japonaise (nous avons des surprises à venir pour la décoration des rues !).
Le chantier suivant sera la construction participative des Toriis. Car oui, nous allons fabriquer nous- mêmes ces structures si importantes dans la culture japonaise afin de les poser aux entrées du village, le temps du festival. C’est ouvert à tous, et nous partagerons des photos et des vidéos de nos avancées.
Nous avançons également sur le terrain de la reconnaissance et du soutien par nos pairs. Ainsi, nous avons notamment été rejoints par des Japonais qui ont trouvé le projet pertinent, et également par des artistes français très connus qui valident notre démarche, en devenant membre d’honneur de notre association. Nous dévoilerons les premiers noms lors de l’assemblée générale. 🙂
MFM : Pour finir, Rémi… Si on se projette au printemps 2028, au moment d’ouvrir les portes du festival : quelle serait ta plus grande source de fierté, ou ton plus grand rêve pour cette toute première édition ?
Mon rêve a déjà commencé : les échanges que j’ai depuis quelques mois avec 4 Japonais, qui sont devenus des amis aujourd’hui, sont ma plus grande fierté à ce jour. J’ai également pu rencontrer des personnes formidables qui portent ce projet avec moi, et qui tirent l’association vers le haut d’une manière incroyable. Avec ce premier festival, j’aimerais simplement que mes concitoyens, puisque le festival et l’association sont pensés pour eux, puissent se dire qu’ils ont fait d’incroyables découvertes culturelles.

