Le poète Dewey a dit un jour : « je ne m’attendais à rien, et je suis quand même déçu. ». Cet adage, intrinsèque, le plus souvent, aux annonces sorties du chapeau de pirate, ne fonctionne pas avec le jeu dont nous allons vous parler : Return to Monkey Island !
Inattendue ? Son annonce l’était clairement ! Pour un résultat prévisible ? Attention, la 5ème raison de son succès va vous surprendre !
Le Chuck des générations
Ahhhh Monkey Island ! Île de la flibusterie par excellence, elle n’existe cependant que dans le jeu éponyme (ça tombe bien !) qui a vu s’affronter les plus effroyables pirates de l’ère des corsaires : le terrible Le Chuck, et son ennemi juré : Guybrush Threepwood. Ou l’inverse.
Véritables trésors du jeu vidéo, les 2 premiers opus ont rendu célèbre le « point-and-click », catégorie de jeu à part entière qui a malheureusement sombré dans les fonds marins à cause des coups de canon envoyés par les années 2000 directement dans la proue.
Ron Gilbert, créateur/marin d’eau douce/scénariste/designer insufflera au genre un humour décapant et des énigmes irrévérencieuses au possible, laissant l’empreinte de son mousquet au panthéon vidéoludique.
Avec ce « Return to Monkey Island », il fait table rase des autres itérations, et revient avec un épisode qui se veut la suite directe de l’inégalable « Le Chuck’s Revenge », mais en adaptant son œuvre à son époque, tout en gardant les éléments propres à la série, pour notre plus grand bonheur.
« – Même si tu t’échappais, je te retrouverais toujours. Nous sommes liés l’un à l’autre. […] Plus comme… des frères !
– Hein ?
– Je… suis ton frère !
– Non ! Non, ce n’est pas vrai ! C’est impossible !
– Regarde dans ton cœur, tu SAIS que c’est vrai !
– Noooonnn !!!! »
Dans Monkey Island, vous incarnez Guybrush Threepwood, flibuste pathétique pratiquant la piraterie en dilettante, père de famille et mari douteux, qui est opposé à son plus terrible ennemi, celui dont on ne doit pas dire le nom (mais qui n’est pas sous les ordres d’un empereur) : l’horrible Le Chuck, zombie assoiffé du secret de l’île aux Singes.
Pour trouver et révéler ce secret avant Le Chuck, Guybrush va devoir user de tous les moyens (tous les moyens ? Oui, tous…) pour dégoter un équipage, puis un bateau, puis il va devoir…. et puis quoi ? On ne va pas faire le jeu à votre place ! A vous de trouver !
De qui se Monkey t’on ?
Bien loin des productions à décrocher la mâchoire édentée des vieux briscards aux jambes de bois que nous sommes, Return to Monkey Island rend néanmoins une superbe copie visuelle, reprenant les codes de la flibuste dans un panache de dessins toujours plus propres et détonants, à la fluidité sans faille et aux animations accrocheuses.
Les personnages sont ainsi reconnaissables entre tous et, selon notre position sur la carte, le gameplay permet des déplacements qui se font plus ou moins rapidement, supprimant la pénibilité des nombreux aller-retours que nous aurons à faire au cours du jeu.
N’en reste pas moins une vraie belle 2D comme on n’en fait plus, et c’est par un mini tutoriel que nous prenons les commandes du fils de Guybrush, s’amusant, avec ses amis, à rejouer les meilleurs moments de la magnifique carrière de pirate de son illustre père – carrière aussi magnifique que les pustules du premier PNJ que nous croisons et qui va nous familiariser avec le cœur même du jeu : les énigmes.
Monsieur Threepwood, vous reprendrez bien un 3ème bol de potache ?
Tout l’art de l’écriture devient quintessence ici même : pour avancer dans l’histoire, qui va vous tenir en (mauvaise) haleine plusieurs heures, il va falloir ruser, être sournois, manigancer, déjouer des plans, mentir… car tout est prétexte aux situations les plus loufoques et à l’humour décalé, à la blagounette toute en finesse, et chaque ligne de monologue ou de dialogue est source, à minima, de sourire, et, le plus souvent, de grosse rigolade.
Lorsque nous tombons sur un personnage avec des lignes de textes aussi nombreuses qu’ennuyeuses (et, pour le coup, vraiment ennuyeuses), c’est à ce moment-là que le tutoriel nous apprend à passer plus rapidement les dialogues, et ça, cela relève du génie !
Pour ce qui est des énigmes justement, car nous allons devoir sortir notre anti-pirate des situations les plus tordues, il va falloir que le joueur déconstruise tout ce qu’il sait pour repartir de zéro : ici rien de logique ne marche, sauf si l’on marche sur la tête : acquérir une « grenouille du pardon », découper le manche d’une serpillière, se faire passer pour un mort-vivant sont autant de situations ubuesques qui se présentent à nous pour pouvoir arriver à nos fins. Et c’est jouissif !
Pirates en bermudas dans les Bermudes
Cependant, pour les pirates les plus impatients, ou ceux qui ne font que ramer dans leur frêle esquif, le jeu permet d’obtenir des indices (dans le menu, c’est pas compliqué, vous devriez y arriver) qui nous permettent de débloquer une situation trop entre-« mêlée » en un rien de temps. Mais c’est dommage, car cela rend le jeu trop facile, alors que le but c’est de creuser, sinon un trou à trésor, au moins ses méninges.
De plus, les personnages des précédents épisodes (le zombie Le Chuck, le cartographe à moitié aveugle, la prêtresse Vaudou…) reviennent et rejoignent une flopée d’autres marins et timoniers, tous en effervescence pour découvrir le fameux secret de l’île aux Singes.
Pour finir de nous achever à coup de sabre émoussé, les doubleurs originels sont de retour, et c’est donc du velours pour les oreilles, du petit Jésus en culotte courte d’entendre ces belles voix après tant d’années ! Les musiques quant à elles nous immergent bien dans l’ambiance, même si elles sont un peu redondantes et qu’un petit côté « rock » dénote parfois.








