Il est impressionnant de constater que, dans les jeux vidéos notamment, certains titres ou mots ont le pouvoir de vous faire voyager dans le temps avec plus de facilité qu’une DeLorean pimpée par Doc Brown. Et c’est en faisant le lien entre le nouveau jeu d’Atari Neosprint et son ancêtre Supersprint que j’ai été aussitôt projeté quelques (dizaines !) années en arrière, devant mon Amstrad CPC 6128.
Nous sommes en 1987, et le premier ordinateur débarque dans la maison familiale, mon frère et moi étant sortis victorieux de l’affrontement avec nos parents après avoir exposé moults arguments savamment préparés dont notamment le désormais mythique « ça va beaucoup nous aider pour l’école ». Un argument à la pertinence très relative puisque la machine aux crocodiles était accompagnée d’un joystick Amsoft et de la compilation de jeu « We are the Champions » ou Renegade et Rampage côtoyaient International Karaté +, Barbarian et bien évidemment Supersprint.
Comme un premier pas dans l’inconnu, j’insère la disquette 3 pouces dans le lecteur, puis saisit les lettres « ùcpm » sur le clavier et relève la tête pour constater que ca marche ! J’ai réussi ! j’ai lancé mon premier jeu avec succès et je comprends mieux pourquoi les scientifiques sautent de joie à chaque lancement de fusée réussi. Et si ce soir là, Maria Whittaker et les décapitations au glaive ont remporté la palme du fun, l’essai de Supersprint fut de courte durée et synonyme d’incompréhension, la faute à une maniabilité douteuse combinée à l’inexpérience totale en matière de jeu de course.
Et c’est en voyant quelqu’un jouer sur borne d’arcade, et alors qu’il tournait le volant tel un Albator à la barre de l’Arcadia pour contrôler son véhicule, que je compris comment appréhender ce jeu. C’est également ce jour-là que j’ai compris qu’une manette coûtait chère et supportait très mal les mouvements à 360 degrés un peu trop violents. La nostalgie a parfois ce défaut de raviver aussi les souvenirs un peu moins reluisants.
Neosprint est la nouvelle œuvre vidéoludique d’Atari dans le cadre de sa grande opération dépoussiérage de licences aussi mythiques que malheureusement oubliées. Entre les compilations comme Atari 50 ou encore la gamme de jeu « Recharged » et ses remasters de titres légendaires comme Centipède et Missile Command, la firme de Wade Rosen se donne les moyens depuis quelques années de revitaliser ces plus illustres licences.
Et c’est au studio Headless Chicken qu’est revenu la responsabilité de ressusciter le célébrissime jeu de course automobile Sprint. Mais contrairement aux gammes de jeux précédemment cités, Neosprint s’inscrit plus comme un nouvel épisode que comme un remake.
Pimp my (Neo)Sprint
On retrouve ainsi les éléments emblématiques de la saga, comme la vue en 3D isométrique (ou presque !) et aérienne couvrant l’ensemble du circuit sur lequel on roule. Même si le premier opus devait se contenter d’une vue verticale, limitations techniques obligent, ce sont les épisodes Supersprint et son équivalent tout-terrain Super Off Road qui vont imposer cette signature visuelle.
Et si cette nouvelle mouture offre la possibilité d’un angle de vue plus proche et centré sur la voiture du joueur (en mode solo uniquement évidemment), il aurait été préférable de se concentrer sur les problèmes de visibilité qu’implique ce mode de représentation.
Car il est parfois difficile de comprendre les reliefs de la piste, ou de se repérer dans un accident impliquant plusieurs véhicules et surtout certaines portions de circuits peuvent en masquer d’autres rendant la lecture de la piste tout simplement impossible !
Techniquement parlant, si on est sûr que votre console ou votre PC ne surchauffera pas en faisant tourner Neosprint, le jeu est stable, les temps de chargements sont fulgurants et aucune aberrations visuelles n’est à déplorer exceptée une direction artistique des plus improbables. Certes il est vrai que cette vue panoramique donnait un aspect « jouet » déjà à l’époque, comme l’impression de jouer plus sur un circuit TSR ou Carrera de notre enfance que de participer au grand prix de Magny-Cours.
Mais les développeurs du studio Headless Chicken ont décidé d’en faire leur parti et propose une ambiance générale très enfantine avec des personnages tout en rondeur, très « kawaï » mais malheureusement amputé de toute forme de charisme. Ou des voitures à l’aspect cell shadé rappelant des dessins d’enfants mais qui ne tiennent pas la comparaison avec un Auto Modelista de l’époque PS2 !
Et les quatre types environnements (seulement) ont subi le même traitement pour un rendu général en course qui s’apparente plus à un diorama qu’à un vrai circuit. Ce qui parait être une tentative d’attirer un public plus jeune se solde finalement par une direction artistique sans saveur ni éclat, plus proche du jeu mobile fait à la chaine que du renouveau d’un titre phare de l’arcade des années 80.
Un (Neo)sprint et au lit !
Si on peut assez facilement passer outre ses choix esthétiques peu reluisant, force est de constater que ce n’est pas son contenu qui va nous tenir en haleine pendant des heures. Le mode solo se compose d’une campagne de 3 coupes (plus une cachée) composées de 4 grands prix divisés en 3 courses et un duel.
Vos adversaires ne vous poseront pas le moindre problème même dans les niveaux de difficultés élevés et il ne faudra pas plus de 3 heures pour en faire le tour. Le reste se composera des sempiternels course libre et contre la montre, mais aussi d’un mode course d’obstacles ou barrières et autres flaques d’huile jonchant la piste viendront vous empêcher de battre votre chrono.
Bien que jouable jusqu’à 8 simultanément en local, la partie multi de Neosprint se contente aussi du minimum syndical avec des courses libres ou la création d’un grand prix. Mais ce qui peut paraître le plus aberrant est l’absence de mode en ligne. A l’heure où j’écris ses lignes, les services en ligne ne sont pas activés mais il n’y a aucune présence d’un mode course online ou d’un quelconque classement international dans les menus.
Surtout qu’a contrario, son éditeur de circuit, bien pensé et facile d’utilisation, propose aux joueurs de partager leurs créations avec le monde. Un très gros manque qui diminue sévèrement la durée de vie du jeu déjà courte et dont la survie ne tiendra dans le temps que grâce à sa communauté génératrice de nouveaux tracés. Et trouver sept personnes à inviter pour jouer ne sera pas une mince affaire, et encore faut il qu’elles maitrisent un tant soit peu le gameplay pour un tant soit peu de challenge et de fun.
Surement le point le plus fâcheux, le gameplay de Neosprint ne s’avère pas suffisamment abouti pour accrocher le joueur sur le long terme. Les plus nostalgiques ne retrouveront pas les sensations d’époque, et les nouveaux venus se trouveront devant une prise en main à la fois très particulière et peu attirante.
Le studio Costaricain a conservé la lourdeur et le coté « collé à la route » des épisodes canoniques, mais y a ajouté une maniabilité certes plus adaptée à nos mœurs vidéoludiques actuelles mais vidée de toute sensation de vitesse et de fun. De plus, le manque de différences de comportement entre les neufs véhicules mis à disposition n’encourage pas non plus la rejouabilité.







