Suite aux remasters des deux Soul Reaver sortis en 2024, c’est sans grande surprise que vient à son tour celui de Defiance, troisième jeu mettant en scène l’émacié Raziel poursuivant sa quête vengeresse. Après un travail exemplaire de restauration sur les premières aventure du dévoreur d’âmes, qu’en est-il de cette suite qui déjà à l’époque avait moins convaincu les fans.
L’UNION FAIT LA FORCE
Chacun de leur côté, chacun avec des buts différents, chacun avec leur propre voie à suivre, Kain et Raziel répandent sang et boyaux pour venir à bout des tourments qui les frappent. Entre manipulations millénaires, vils mensonges et vérités enfouies, les deux vampires affligés auront fort à faire pour découvrir les plus grands secrets de Nosgoth…
Pour les moins de 20 ans, faisons un peu le point sur ce qu’est « Legacy of Kain », une saga qui marqua son temps à l’orée des années 2000. Constituée de cinq jeux, elle se décompose ainsi : deux Blood Omen (1996/2002) mettant en scène Kain dans son ascension au pouvoir pour devenir le puissant souverain des vampires, puis deux Soul Reaver (1999/2001) relatant le destin de Raziel, bras droit déchu du précédent individu pour avoir osé évoluer plus vite que son maître.
Enfin un épisode « crossover » – Defiance (2003) – réunissant les deux protagonistes et dont le remaster fera l’objet de ce test ci-présent.
C’est donc en alternance que nous contrôlons Kain et Raziel au cours des différents niveaux qui composent cette sinistre aventure. Parce que oui, l’univers de Legacy of Kain n’est pas vraiment propice aux démonstrations de joie et aux fêtes de village Se déroulant dans un monde de dark fantasy médiévale où des créatures de toutes sortes rôdent autour d’une civilisation humaine adaptée à la rudesse de son environnement, le désespoir et les affrontements mortels sont le lot quotidien de ces terres décharnées.
Épée à la main (la fameuse Soul Reaver), on explore moult lieux dans un jeu d’aventure-action de facture assez classique sur le fond mais complètement captivant sur la forme. En soi il ne s’agira pourtant que de combattre des ennemis éparpillés sur son chemin avec un brin d’exploration pour dégoter artefacts ou pouvoirs permettant de franchir certaines portes scellées, cependant le décorum et l’ambiance projettent une attraction si puissante qu’on reste scotché à notre écran sans en perdre une miette.
Du fait de la réunion des deux antihéros au sein d’une seule galette, la jouabilité a dû s’adapter pour unifier un système de jeu qui possédait ses propres particularités par ailleurs. Par exemple finit la possibilité de changer d’arme, vous n’aurez vraiment que la Reaver du début à la fin, même s’il existe toujours la possibilité de lui conférer toutes sortes de capacités (feu, ombre, lumière, etc.).
Les combats sont donc assez similaires d’un à l’autre des protagonistes, avec quelques menues variantes qui ne changent fondamentalement pas grand-chose. Coup horizontal, coup vertical (qui envoie l’adversaire dans les airs), esquive et protection sont donc de mise avec possibilité de combos et de nouvelles capacités d’attaque au fur et à mesure que l’expérience augmente.
Pour ce qui est des pouvoirs, c’est légèrement différent. Et encore pas tant que cela. Kain a accès à des icônes au sol qui lui octroient lorsqu’il se trouve sur celles-ci des capacités contextuelles, comme un super-saut prédéfini ou l’envol en nuée de chauves-souris pour se rendre en un autre lieu (non bande de chenapans, il ne peut pas voler à travers le niveau, ce serait trop facile…). Son esquive le transforme en brume temporaire là où Raziel effectue des roulades, Kain peut ralentir sa chute là où Raziel peut planer. Détail qui a son importance, le puissant vampire est vulnérable à l’eau, tandis que l’esprit maléfique peut y nager comme un poisson (uniquement sur le plan matériel).
Les deux doivent absorber une composante de leurs ennemis défaits pour conserver leur barre de ‘vie’ en bon état : le sang pour Kain et les âmes pour Raziel. Vous pouvez toutefois choisir entre nourrir votre personnage ou bien l’épée maudite. Une fois la barre de charge de la lame remplie, elle peut libérer une puissante aura magique qui amoindrira grandement les forces opposées en présence.
Cependant la plus grande différence va venir du fait que Raziel a lui accès au monde spirituel. Ce qui de fait multiplie par deux la surface de ces phases de jeu. Et lui donne également une double chance de poursuivre le combat car si Kain meurt… et bien il meurt tandis que si Raziel meurt dans le monde physique il se retrouve dans l’univers spectral d’où il peut rejoindre à nouveau le monde physique. Il peut cependant mourir lui aussi quand il est dans cet endroit fantomatique.
Notez que Raziel peut se rendre quand il le souhaite dans le monde des esprits, mais ne peut effectuer le chemin inverse que via des endroits spécifiques.
ŒIL POUR ŒIL, DENT POUR DENT
À l’instar des Tomb Raider ou bien des Soul Reaver, cette ‘remasterisation’ ne va rien changer dans le cheminement du jeu. Ce sont les mêmes niveaux avec la même histoire. Seule la jouabilité est un poil remaniée pour être plus en adéquation avec les standards actuels, mais sans non plus renverser la table.
C’est donc bien sur l’aspect visuel que se trouvent les plus grandes améliorations, et comme dans leurs travaux susmentionnés, ceci est fait avec un certain brio. Ce n’est pas optimum ou au niveau des standards actuels, mais ça fait le café, comme on dit. Il est toujours possible par un simple clic sur l’analogique de passer des graphismes du remaster aux graphismes d’antan – en mode lissage à fond de balle, vous ne retrouverez pas les jeux tels que sur vos vieilles consoles d’il y a plusieurs décennies.
Un aspect assez sympa de cette mise à jour graphique va concerner les apparences de Kain et Raziel, qu’il est possible de modifier une fois qu’on a découvert l’un des jetons tenues ‘bonus’ dissimulés dans les décors. On pourra donc jouer avec un Kain encore humain ou bien un Raziel du temps de sa gloire (mais sans les ailes, donc techniquement entre le moment où il se les fait arracher et où il se fait jeter dans le puits des âmes) parmi d’autres possibilités.
Parmi ces ‘costumes’, certains sont très surprenants (Kain en mode Groot par exemple) ou proviennent de dessins préparatoires qui furent mis de côté lors de la conception des jeux originaux.
Continuons sur les bonus tant que nous y sommes. Moins prolixe que dans le très renseigné remaster des Soul Reaver, on y trouve quand même de belles choses à se mettre sous la dent. Outre la possibilité assez attendue de pouvoir rejouer un chapitre ou revoir une cinématique ainsi que d’écouter les musiques, nous pourrons consulter un carnet de croquis relatant l’histoire de Nosgoth ou bien découvrir des visuels concernant nos crochus démiurges.
En ajout de gameplay, nous voyons apparaître une salle d’entraînement sur des mannequins pour mieux maîtriser les diverses attaques et une fois de plus une chouette surprise avec le retour des ‘Niveaux perdus En fait une petite dizaine de stages non finalisés du développement d’époque et qui par conséquent étaient demeurés invisibles mais que cette version permet de ressortir de la naphtaline numérique pour notre plus grand enchantement.
Pour la plupart, il s’agit de versions non retenues de niveaux retravaillés par la suite, mais il pourra s’agir aussi de lieux tout simplement coupés du ‘montage final’ – comme les colonnes de Nosgoth en mode ruines, un monde spectral digne de Lovecraft ou même un combat de boss caché !
Ils sont jouables mais de par la nature même de leur condition, il faut rester prudent quand on les parcourt : nombre de bugs ou autres soucis de blocage entre deux blocs peuvent survenir.
Pour finir, un documentaire sur le développement du jeu est visionnable lorsque vous aurez fini l’aventure, une autre manière d’en apprendre plus sur la conception de ce ‘Defiance’…
Dans l’édition de luxe – qui est celle à laquelle nous avons eu accès grâce à l’éditeur que nous remercions chaleureusement au passage – se trouvent, en plus de ce qui est déjà mentionné, d’autres beaux cadeaux qui font indubitablement plaisir.
Tout d’abord trois BD interactives : une allemande et deux américaines (comics de chez Top Cow). C’est tout en anglais (y compris l’allemand qui est traduit sous chaque case) et c’est vraiment chouette de pouvoir lire tout ça.
Mais ce qui est de loin le plus marquant, c’est la démo jouable de ‘The Dark Prophecy’, le jeu qui devait faire suite à Defiance et qui fut malheureusement bien vite annulé, marquant pour un certain temps une stagnation de la franchise. Malgré sa courte durée et le fait qu’elle soit un assemblage fait de bric et de broc de divers décors, on peut y déceler une atmosphère encore plus morbide qu’auparavant. On y apprend que seul Kain était jouable, parti chercher des réponses sur les Dieux Anciens dans une lointaine contrée fort peu accueillante…
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- Un aperçu d’un futur appartenant au passé… Une nouvelle contrée fortement inspirée par l’art de Giger
LA FIN D’UN MONDE
Relancer un jeu « Legacy of Kain » de nos jours fait montre d’un univers à la fois sombre mais également un brin naïf, le tout baigné dans des atours très maniérés. Les dialogues sont très présents, avec beaucoup d’introspection et surtout le ton est, comme on dit, ‘très soutenu’, parfois même un brin lyrique pour pas grand-chose, il faut bien le dire. Cela apporte un certain cachet à cet univers gothique, mais en contrepartie il peut parfois aussi devenir par trop pompeux avec son langage très châtié.
Néanmoins l’une des grandes forces de la licence va venir de ses doubleurs. Si Simon Templeman et Michael Bell donnent leurs voix en version anglaise à nos têtes d’affiche, ce n’est rien de moins que Benoît Allemane (voix française de Morgan Freeman et disparu en 2025) et Bernard Lanneau (qui lui est derrière entre autres Kevin Costner) qui offrent leurs timbres vocaux à respectivement Kain et Raziel. Et oui, ça a de la gueule !
Extrait de Soul Reaver 2 avec les voix françaises
Bien que l’aventure possède une aura évidente, elle n’est pas exempte de défauts, et pas seulement inhérents à l’époque originelle du jeu. La plus frappante – et c’est bien le cas de le dire – se révélera lors des phases de combat, et surtout avec Kain pour une étrange raison.
Parce que oui, qu’ils sont d’une effarante lourdeur nos vampires ‘emo goth’ ! C’est vraiment très rapidement pesant, pour ne pas dire gonflant, ces mouvements pachydermiques. Avec l’habitude on s’y fait, mais vraiment ce n’est pas simple de se replonger dans une telle maniabilité à l’aune de 2026. Les remasters Soul Reaver nous avaient semblé en comparaison non pas d’une parfaite limpidité, nous n’irons pas jusque-là, mais quand même bien plus vifs et lestes que ce Defiance plus que balourd.
Autre désagrément, et pourtant le système nous est vendu comme ayant été retravaillé : les caméras. Sans doute sont-elles moins pénibles qu’il y a 23 ans, mais cela ne les empêche pas d’être parfois agaçantes : souvent fichées dans un mur ou en contre-champ, elles nous empêchent de distinguer les ennemis.
Pour finir, quelques redesigns de personnages secondaires qui interrogent. Si pour la majorité il s’agit d’améliorations graphiques de l’existant, pour d’autres ils sont revus en partie ou entièrement pour on ne sait trop quelles obscures raisons. Quelques tatouages effacés ici et là, des cornes en plus sur des tierces créatures, ce genre de menus détails qui laisse perplexe…
Le plus remarquable concernera Ariel, errant pour l’éternité autour des colonnes et qui se voit refait de la tête aux pieds (enfin… pour ce qu’il en reste…) dans un relooking pas des plus judicieux. On comprend en sous-texte la raison qui amena à cette décision – une plus grande cohérence entre les jeux et les périodes –, néanmoins on ne peut que regretter l’ancienne apparence bien plus stylisée et iconique.








