Qui aurait cru qu’en 2026, une série live de Spider-Man verrait le jour ? À la fois oui… et non, car il ne s’agit pas ici du traditionnel Homme-Araignée, mais de sa version Noir, tirée de la collection du même nom parue chez Marvel il y a une bonne quinzaine d’années.
Adaptée après une apparition remarquée dans les films d’animation du Spider-Verse (ceux mettant en scène Miles Morales), cette itération du personnage a donc droit à sa propre aventure en prise de vues réelles, avec un casting en chair et en os.
Qu’en est-il exactement de ces huit épisodes, qui se veulent un hommage à une période bien précise du cinéma américain ?
POLAR NOIR
Nous sommes en plein cœur des années 30, dans une Amérique frappée par la Grande Dépression et toujours sous le joug de la prohibition. À New York, le détective Ben Reilly mène sa barque comme il le peut dans cette période difficile. Il peut heureusement compter sur ses deux fidèles alliés : son opiniâtre secrétaire Janet et le journaliste Joe « Robbie » Robertson.
Au cours de l’une de ses enquêtes, il fait la rencontre de la chanteuse en vogue des cabarets : Cat Hardy, la protégée de Silvermane, l’un des pontes de la mafia new-yorkaise. Soupçonnée de corrompre le maire, la jeune femme va entraîner Ben Reilly dans une intrigue bien plus sombre qu’il ne l’avait imaginé, dans laquelle des « monstres de foire » seront impliqués. Comme cet homme capable de s’enflammer à volonté ou encore celui qui maîtrise l’électricité…
Heureusement, le détective pourra compter sur son identité secrète, remisée au placard depuis longtemps mais désormais plus utile que jamais : The Spider…
Déjà, première chose à signaler : cette série, composée de huit épisodes, existe en deux versions : noir et blanc ou couleur. Ce sera à vous, en tant que spectateur, de faire votre choix selon vos préférences personnelles. Pour notre part, nous avons regardé les quatre premiers épisodes en noir et blanc, puis les quatre suivants en couleur, afin de nous faire une idée des deux versions proposées. Sachez toutefois que c’est bien la version en noir et blanc qui est considérée comme « celle de base », voulue par les créateurs et respectant l’essence de l’œuvre originale.
Ensuite, il faut bien comprendre le parti pris de cette série : reproduire, en 2026, le genre cinématographique des années 30. C’est-à-dire le plus pur style film noir, avec un contraste très marqué entre le noir et le blanc, un détective privé cynique au bout du rouleau qui s’exprime en voix off, une « femme fatale » qui vient le sortir de sa torpeur et une intrigue mêlant le bien et le mal, pour une résolution pleine d’amertume où subsiste malgré tout une certaine notion de justice. Un style décidément en vogue ces derniers temps, que l’on peut d’ailleurs rapprocher du jeu vidéo Mouse: P.I. For Hire, qui évolue exactement dans la même veine.
Ce choix artistique est assumé jusqu’au bout et ne se fait jamais à moitié. C’est donc l’ensemble de la narration qui adopte les codes de ce cinéma, aussi bien dans ses cadrages que dans son rythme ou sa mise en scène. Un parti pris qui pourra déstabiliser certains spectateurs peu familiers de ce genre. La seule véritable concession concerne la qualité de l’image, résolument moderne, même si un léger grain est volontairement conservé à l’écran.
Même le son n’est pas totalement « au goût du jour », du moins en version originale. En effet, un filtre sonore est appliqué aux dialogues afin de leur donner un côté rétro, comme s’ils avaient été enregistrés avec de vieux microphones. Là encore, cet effet pourra rebuter les spectateurs habitués à une restitution sonore plus contemporaine.
COUSU DE FIL BLANC
Voilà pour la forme, passons au fond. Là encore, les codes du cinéma de cette époque sont pleinement assumés. On retrouve ainsi toute la galerie d’archétypes du genre : le détective privé, le journaliste, la secrétaire, la femme mystérieuse, le patron du cartel, le bras droit au caractère ambigu, les hommes de main patibulaires… auxquels vient s’ajouter toute la dimension « super-héroïque », qui donne sa singularité à l’ensemble.
Outre The Spider (L’Araignée, tout simplement en français, et non « Spider-Man »), on retrouve donc l’Homme-Sable, Megawatt, Tombstone ainsi qu’un pyrokinésiste créé spécialement pour l’occasion. Loin d’être l’élément central de la série, la présence de ces « mutés » occupe néanmoins une place importante dans l’intrigue, sans pour autant en constituer le véritable cœur.
Le cœur de l’enquête repose avant tout sur la relation entre Cat et Flint Marko (l’Homme-Sable), ainsi que sur leur tentative d’échapper à l’emprise de leur puissant patron, Silvermane. Autour de ce point central gravitent toute une série d’événements, au fil desquels progresse l’investigation menée par Ben Reilly.
En sous-intrigue viendra le « comment » et le « pourquoi » de l’existence de ces hommes aux super-pouvoirs, leur origine ainsi que leurs tentatives de « guérison ». Tout cela prend naissance lors d’une guerre en France, au cours de laquelle des troupes américaines se retrouvent prisonnières dans un camp servant de laboratoire expérimental.
Et, en soi… voilà. Le fond de l’affaire ne sera pas beaucoup plus élaboré que cela et, même s’il y a déjà un peu de matière à développer, sur une durée de huit heures, cela reste finalement assez limité. Il y aura bien quelques twists, quelques cliffhangers un peu surfaits et quelques rebondissements surprenants, mais rien de particulièrement remarquable non plus. En clair, l’ensemble de la série est assez ronflant…
PRENDRE DES COULEURS
… à l’exception des scènes où apparaissent les différents « mutés » susmentionnés. Et là encore, il n’y aura rien d’exceptionnel en soi. La série n’a pas bénéficié d’énormes moyens financiers et, pour être pleinement au service de sa mise en scène monochrome, il a fallu user d’astuces à tous les niveaux. Car obtenir un beau rendu en noir et blanc n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît.
Pour en revenir à nos « super », les effets spéciaux sont utilisés avec beaucoup de parcimonie. Ne vous attendez pas à retrouver un Homme-Sable comme celui de Spider-Man 3 de Sam Raimi : on en est loin. Le personnage qui profite le plus des effets numériques est, de manière assez étonnante, celui doté de pouvoirs électriques. Même The Spider n’a finalement que très peu de scènes en images de synthèse, en dehors de quelques séquences où il survole la ville à l’aide de ses toiles.
Cependant, cette utilisation limitée des effets spéciaux n’est pas forcément un défaut. Au contraire, elle renforce le côté artisanal de ce cinéma d’antan, à une époque où chaque problème ne pouvait pas être résolu grâce au numérique…
Comment, pour finir, ne pas évoquer Nicolas Cage dans son rôle de Ben Reilly ? L’acteur semble parfaitement à l’aise dans la peau de cet homme qui tente d’échapper à ses responsabilités, tout en devant affronter ses démons intérieurs, lesquels prennent la forme de créatures à huit pattes. Tantôt d’un sérieux imperturbable, il peut passer, en une fraction de seconde, à un personnage totalement halluciné aux mimiques absurdes, quand ce n’est pas l’ensemble de son corps qui adopte des postures loufoques, vestiges de sa mutation arachnéenne jamais totalement refoulée.
On relèvera également la prestation d’Andrew Lewis Caldwell, qui nous offre un Megawatt tout en exubérance, avec ses grandes tirades théâtrales et son comportement maniéré, contrastant avec des méthodes pour le moins expéditives.





