Annoncé en grande pompe en 2021, le mystérieux Super Game de Sega devait représenter une nouvelle étape pour l’éditeur japonais. Cinq ans plus tard, le projet est définitivement abandonné. Dans un entretien accordé à Nikkei, le président et COO de Sega, Shuji Utsumi, revient sur les raisons de cette décision et confirme que le groupe a finalement jugé le projet trop risqué.
À l’origine, Sega imaginait un projet capable de dépasser le cadre traditionnel du jeu vidéo, avec plusieurs productions AAA et une dimension mondiale. L’idée s’inscrivait surtout dans la volonté de l’entreprise de se faire une place plus importante dans le domaine des Games as a Service, ces jeux conçus pour évoluer continuellement après leur lancement. Sega avait même envisagé jusqu’à 100 milliards de yens d’investissement sur cinq ans pour concrétiser ses ambitions.
Mais plus le projet avançait, plus la réalité économique se faisait sentir. Selon Utsumi, Sega pensait initialement disposer des technologies nécessaires pour mener l’opération, avant de constater que l’ampleur des investissements et des infrastructures nécessaires pour maintenir un service mondial devenait considérable. Dans un marché déjà très concurrentiel, le groupe a donc estimé que prendre un tel risque à ce moment précis n’était tout simplement pas raisonnable.
Pour autant, Sega ne ferme pas complètement la porte au modèle du jeu-service. Utsumi considère toujours qu’il existe une véritable opportunité commerciale dans ce domaine. L’éditeur préfère désormais s’appuyer sur des projets déjà établis plutôt que de miser une somme gigantesque sur une nouvelle licence censée conquérir immédiatement le monde.
Parmi les exemples cités figurent Phantasy Star Online 2: New Genesis, Sega Football Club Champions 2026 et Hatsune Miku: Colorful Stage. Sega continue donc d’observer le marché et de faire évoluer ses jeux-service existants. Le groupe compte également sur Total War: Warhammer 40,000, développé par Creative Assembly, qui doit entrer en bêta fermée plus tard cette année et adoptera lui aussi un fonctionnement pensé pour s’enrichir régulièrement après sa sortie.
Cette réorientation ne signifie d’ailleurs pas que Sega abandonne ses autres ambitions. Les projets destinés à faire revenir plusieurs licences historiques, notamment Crazy Taxi, Jet Set Radio, Golden Axe et Streets of Rage, restent en développement malgré la disparition du Super Game.
Le plus intéressant dans cette histoire est finalement le changement de philosophie. Sega ne semble pas rejeter les jeux-service, mais plutôt refuser de reproduire le modèle du gigantesque pari financier imaginé avec le Super Game. Entre coûts de développement qui explosent et marché dominé par quelques mastodontes capables de monopoliser les joueurs pendant des années, l’éditeur préfère désormais avancer avec davantage de prudence.
Le Super Game restera donc comme l’un des grands projets mystérieux de Sega qui n’auront jamais vu le jour. Mais contrairement à certaines disparitions brutales, son abandon ne signifie pas que l’idée du jeu-service est enterrée chez Sega. Comme le résume Utsumi, l’entreprise continue de surveiller le marché et attend simplement la prochaine bonne opportunité. Et connaissant Sega, celle-ci pourrait bien surgir là où personne ne l’attend.

