La fin des jeux vidéo en boîte n’est pas qu’une question de technologie ou de coûts : pour de nombreux joueurs, elle touche directement à la notion de propriété. Ken Kutaragi, souvent surnommé le père de la PlayStation, reconnaît comprendre cette inquiétude, alors que Sony s’oriente vers un avenir davantage tourné vers le numérique.
Lors d’un entretien accordé à Video Games Chronicle pendant l’événement Game Republic New Horizons, organisé à Middlesbrough, au Royaume-Uni, l’ancien dirigeant est revenu sur les tensions que suscite l’éventuelle disparition des disques physiques sur PlayStation. Il estime que cette évolution peut se comprendre du point de vue économique, tout en admettant qu’elle provoque des réactions négatives chez une partie des passionnés.
Pour Kutaragi, le changement des habitudes est lié à la place qu’a prise Internet dans notre quotidien. À l’époque de la PlayStation 2 et de la PlayStation 3, les consoles disposaient déjà de capacités réseau, mais les connexions n’étaient pas aussi répandues qu’aujourd’hui. Désormais, une grande partie du public est connectée en permanence, ce qui transforme progressivement la manière d’accéder aux jeux et aux autres contenus numériques.
Là où son analyse devient plus délicate, c’est sur la question de la possession. Il reconnaît que les disques physiques sont devenus, aux yeux des joueurs, un symbole concret du fait de posséder un jeu. Il comprend donc que certains refusent de renoncer à leurs boîtes et à leurs collections. Il compare toutefois cette perception à celle d’un smartphone, dont les utilisateurs ne réclament généralement pas de support physique pour chaque contenu, convaincus que leurs achats resteront accessibles en ligne.
« Je comprends vraiment cette mentalité », explique-t-il en substance, tout en jugeant économiquement peu raisonnable de continuer à soutenir indéfiniment les supports physiques. Selon lui, le débat tient donc autant à la perception de la propriété qu’aux réalités économiques du secteur.
L’ancien responsable rappelle néanmoins qu’il ne dirige plus Sony Interactive Entertainment. Il observe que l’entreprise compte aujourd’hui de nombreux collaborateurs issus d’autres secteurs, notamment du streaming et de sociétés comme Gaikai. Ces profils peuvent envisager la PlayStation non plus uniquement comme une console de jeux, mais comme un terminal permettant d’accéder à différents contenus grâce à la connexion réseau.
Cette approche explique, selon lui, une partie du décalage entre la stratégie de Sony et les attentes historiques de ses joueurs. Il reconnaît que cette évolution a créé des frictions avec les amateurs de jeux vidéo, particulièrement attachés aux supports physiques.
Reste que la question dépasse largement le simple choix entre un disque et un téléchargement. Les éditions en boîte permettent de collectionner, de revendre ou de prêter ses jeux, tandis que le numérique repose davantage sur les conditions d’accès définies par les plateformes. Comprendre l’évolution du marché ne signifie donc pas que tous les joueurs doivent abandonner le physique sans regret. Le débat entre praticité numérique et possession concrète reste bien vivant, et les déclarations de Ken Kutaragi montrent que cette opposition ne se résume pas à une simple question de nostalgie.
À noter : la date de janvier 2028 évoquée dans le texte source concernant l’arrêt des disques physiques est à considérer comme une information rapportée, et non comme une décision officielle de Sony confirmée ici.

