Un véritable défi pour des testeurs ? Évoquer un jeu narratif. Or, Ghost Trick : Détective Fantôme est de cette catégorie ! Titre incontournable de la Nintendo DS sorti en 2011, voilà que la production de Capcom se pare de ses plus beaux atours afin de conquérir un nouveau public, celui des consoles de salon sous la forme d’un portage HD. Or, les remastérisations, ce n’est point ce qui manque dans le milieu ! La question est toujours du même tonneau : l’opportunité est-elle profitable au public ou bien l’est-elle pour l’éditeur ? Un véritable casse-tête pour vos serviteurs qui oscillent entre la perspective de la redécouverte et le soutien implicite d’un potentiel appât du gain. Néanmoins, pour le cas de Ghost Trick, les choses semblent limpides et la proposition est plus qu’honnête pour peu que vous accrochiez au concept…
Mettons-nous en route pour une intrigue loin d’être banale tout en étant clivante… Cela dépendra de votre définition du jeu vidéo !

Ghost Trick est donc présenté comme un point’n click, genre évidemment plus majoritaire sur PC, et comme tout bon représentant de sa discipline, ce dernier se doit de se parer d’un scénario en béton armé. C’est en cela que la création nous dévoile assez rapidement ses charmes ! L’ambiance est extraordinaire, l’histoire plaisante et l’écriture pertinente. Un véritable triomphe issu d’un travail d’orfèvre.
Rien que le synopsis annonce la couleur : vous incarnez Sissel, personnage charismatique… qui vient d’être assassiné ! Par qui, pourquoi ? Nul ne semble le savoir… En tant que fantôme amnésique (ok sur ce point, on vous accorde le fait que ce soit un peu facile), et grâce à vos pouvoirs spéciaux, vous serez amené à sauver des vies tout en essayant de percer les mystères de votre propre trépas. Pour ce faire, vous devrez prendre possession des objets (définis) de votre environnement pour vous mouvoir ou même remonter le temps afin de modifier le destin des divers personnages que vous rencontrerez. Nous reviendrons sur ces points précis mais, vous l’aurez compris, tout est basé sur la résolution d’énigmes.
En dépit d’une certaine lenteur globale, ce qui constitue finalement le défaut majeur de cette épopée, les événements s’enchaînent parfaitement dans Ghost Trick si l’on fait donc fi des temps morts (oui, la vanne est foireuse !). Les interactions entre les personnages sont savoureuses et chaque personnalité est marquante. Chacun dispose d’un caractère bien spécifique et malgré le sujet central (le meurtre et ses commanditaires), l’humour plutôt subtil entraîne un paradoxe qui offre un véritable cachet à ce conte urbain. Jamais nous ne nous sommes surpris à souffler de lassitude durant une conversation et si nous déplorons quelques légères coquilles, la traduction reste de très bonne facture, évitant toute confusion pour la compréhension du récit.
D’un point de vue narratif, Ghost Trick remporte donc son défi haut-la-main !
Trick amorti
Il faut dire que tout est pensé pour que ce soit le cas ! Si aucun doublage n’est de la partie, le sound-design fait son office tandis que la musique renforce l’immersion. Celle-ci, agrémentée de nouvelles compositions, se permet même le luxe d’effacer complètement la performance de l’OST « de base » ! Bref, cet ensemble auditif constitue un régal de chaque instant, habillant Ghost Trick efficacement afin de détourner le joueur du chemin de l’ennui. La cocasserie, ou au contraire la tension de certaines saynètes sont efficientes et bénéficient de cette majestuosité sonore qui colle très bien avec l’aspect visuel, tout aussi réussi.
En effet, cette version réajustée dispose de graphismes bien plus aboutis que son modèle d’origine. Normal nous direz-vous ; en outre, cette upgrade sublime la direction artistique du jeu, dont la palette de couleurs dodeline entre le clair et l’obscur, avec une accentuation délicieuse du rouge et du orange. Le contraste et la lumière sont également ahurissants de justesse ! De quoi donner à notre rétine des indices afin de déterminer les caractéristiques, attributs ou intentions de chaque acteur de cette pièce de théâtre extravagante !
Ce qui frappe également dans Ghost Trick, c’est ce chara-design absolument génial qui transcende les interlocuteurs. Du héros principal au PNJ le plus insignifiant, le bon goût est de mise et il va sans dire que l’aura de tous est consolidée, même dans les situations les plus burlesques (la discussion avec le chien bon sang !). Un sans-faute harmonieux qui témoigne de tout l’amour des développeurs pour leur univers qui, sans se soucier de gigantisme, gagne en profondeur. Néanmoins, il faudra composer avec des tableaux plutôt restreints, stigmates des origines sur portable. Les habitués de point’n click ne seront en outre pas dépaysés, quant aux autres, cela constituera immanquablement une limite difficilement acceptable. Comme nous le disions, Ghost Trick s’adresse à un public plus large mais ne cherche en aucun cas l’unanimité, objet de convoitise de tant d’autres productions…
Ghost fera tout
Cette relecture de Ghost Trick est en tout cas bénéfique pour les animations, pourtant déjà bien détaillées dans le matériau initial. Il faudra néanmoins composer avec des menus peu ergonomiques (quand ce n’est pas repoussant) et une taille réduite de l’écran, des petits détails qui auraient mérité une attention plus particulière. Au rayon des bonus, c’est un peu le désert de Gobi avec une proposition maigrelette, entre la possibilité d’écouter les morceaux ou d’admirer le design des personnages. C’est peu mais, comme évoqué plus tôt, la refonte justifie tout de même de (re)passer à la caisse !
Du point de vue du gameplay, pas de révolution. Pour progresser, vous allez devoir faire fonctionner votre boîte à méninges afin de résoudre des puzzles, plus ou moins difficiles selon vos appétences. Cela définira la durée de vie de Ghost Trick puisque le principe même repose sur des essais (parfois infructueux) qui vous amèneront, ou non, à la conclusion d’un chapitre. D’ailleurs, même si quelques variantes existent, la solution est toujours unique.
On pourrait craindre que le spectre de la répétitivité soit de sortie et lors du premier contact, cette angoisse est plutôt légitime. Au final, vous passez votre temps à posséder les objets pour vous frayer un chemin afin de vous rendre à un point précis, avec pour contrainte un rayon de déplacement limité. A vous de trouver la bonne interaction (pousser un ballon, déplier un lit, lever un drapeau…) avec de temps à autre la nécessité de respecter un timing précis, quoique généreux. Vous pourrez aussi changer de lieu via le réseau téléphonique, histoire d’être « au bon endroit au bon moment » (vous comprendrez en jouant !). Une formule qui n’évolue pas vraiment tout au long de vos péripéties mais par chance, les concepteurs ont de la suite dans les idées.
Trick Hunter
En effet, les situations sont diversifiées et nécessiteront plusieurs tentatives pour être bien appréhendées. Certes, cela peut agacer lorsque vous enchaînez quelques échecs mais réussir votre coup est réellement gratifiant ! On déplore tout de même cette lourdeur lorsqu’il s’agit d’interagir avec chaque appareil et cet inconfort de la maniabilité avec la manette pour quelques phases de jeu, heureusement relativement marginales et tardives. Car si de base la jouabilité est très intuitive, il y a bien des scènes qui demandent un poil de dextérité complémentaire et nous sommes soulagés de constater que cela ne constitue pas un sacerdoce qui aurait pu être le fossoyeur de Ghost Trick.
Afin de renouveler l’intérêt et ne pas sombrer dans le ronron désespérément vide de « l’habitude », l’œuvre vous balance des épreuves chronométrées qui pourront mettre vos nerfs à vif puisque la moindre erreur se paie cash, avec une perte de temps non négligeable. Par bonheur, les checkpoints sont généreux et si vous vous emmêlez les pinceaux, vous pouvez toujours reprendre la séquence du début. Simple et efficace : le dynamisme n’en est qu’augmenté !
C’est donc avec plaisir que vous pourrez donc découvrir ou parcourir à nouveau Ghost Trick, dont la conversion sur nos machines de salon est justifiée. Pas forcément le jeu du siècle mais une friandise, à l’image d’un bon vieux Ace Attorney, qui ravira les amateurs ou ceux qui souhaitent vivre une expérience sans complexité du gameplay. Pour les hermétiques en revanche, le jeu de Capcom ne sera certainement pas celui qui fera chavirer leur cœur.
Mais après tout, la mort nous va si bien…








