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Critique Cinoche : Indiana Jones et le cadran de la destinée – Le mythe tire sa révérence

Yaeck [Rédacteur]
Je lis, je joue, je regarde. Puis j'écris. Et parfois, j'arrive même à être drôle.

INDIANA JONES ET LE CADRAN DE LA DESTINEE a été vu en séance avant-première

Un vieil homme se réveille brutalement alors que son crétin de voisin abuse une fois de plus en écoutant bien trop fort son infernale musique venue de ce groupe de Beatnik dans le vent natif de la Perfide Albion. Exaspéré et hors de lui, il frappe à la porte de l’inopportun qui n’aura que mépris et sarcasme pour cette personne âgée qui semble au bout du rouleau.

Après quelques échanges peu productifs le malotru s’en retournera à sa stupéfiante surprise-partie soi-disant en l’honneur du « Jour de la Lune » tandis que le vieillard désabusé entamera sa routine matinale avant d’aller à son dernier jour de travail. Car aujourd’hui, en ce 13 août 1969 dans un New-York accueillant triomphalement l’équipage d’Apollo 11, c’est le départ à la retraite pour cette âme solitaire qui vit au milieu de ses souvenirs dans ce petit appartement de Manhattan.

Ô VIEILLESSE ENNEMIE

Ce vieil homme, c’est Indiana Jones. Et il est bien loin le temps où il courait à travers les jungles exotiques du monde entier. De jungle, il ne subsiste que l’urbaine, entre la 5ème avenue et le Hunter College où il enseigne désormais depuis une dizaine d’années.

Images frappantes d’un héros emblématique alors au crépuscule de sa vie. Loin du fringuant beau gosse au sourire ravageur pourchassant trésors, explorant temples ou dézinguant nazis. Le temps n’épargne personne, pas même Henry Jones deuxième du nom. Pas même les plus grandes icônes du 7ème art. Quelle sensation étrange de se dire que ce vieux papy délaissé qui marche d’un pas las vers le bistrot du coin pour noyer sa tristesse fut l’idole de notre jeunesse, celle-là même qui nous donna le goût du voyage et de l’aventure.

Mais Indy reste Indy quel que soit son âge et quand sa filleule pointe le bout de son nez pour le tirer de sa torpeur et le remettre en selle, il ne lui faudra pas bien longtemps pour sortir de la naphtaline son blouson de cuir et son célèbre Fedora. Il se mettra alors en quête de l’Anticythère d’Archimède, objet qui obséda son ami Basil Shaw – et père d’Helena sa filleule – jusqu’à sa mort. Un artefact d’une puissance rare, car selon la théorie de Basil une fois les deux parties de l’antique rouage réunis, il permettrait rien de moins… que de remonter le temps !

Une telle prouesse attire forcément du monde et parmi eux Jürgen Voller, ancien scientifique allemand ayant bénéficié du programme Paperclip mais qui sut garder secrète ses véritables accointances bien au chaud durant de longues années. Un homme qu’Indy a déjà rencontré par le passé alors qu’il recherchait la Lance de Longinus dans un château des Alpes détenu par l’armée allemande lors de la guerre.

Indiana Jones et le Cadran de la Destinée s’ouvre sur un prologue dantesque se déroulant en 1944 quelque part dans notre bonne vieille France, avec un héros rajeuni par le truchement du numérique. Un court-métrage de 22 minutes sur le célèbre aventurier alors au summum de sa carrière. Action, humour, situations désespérées qui s’enchaînent les unes derrière les autres, course-poursuite nerveuse, un château ténébreux, un train qui fonce dans la nuit… un véritable feu d’artifice tout à la gloire du personnage créé par Steven Spielberg et George Lucas. Un pur plaisir de fan.

À condition de ne pas trop tiquer face à la Vallée de l’Étrange devant ce visage d’un Harrison Ford dans la force de l’âge (enfin, 45 ans). Soyons honnête, certains plans fonctionnent mieux que d’autres mais à moins d’être d’une grande mauvaise foi, l’effet est plutôt réussi. Pas parfait au pixel près c’est sûr, mais pas loin.

Puis subitement on tombe sur ce fameux pépère Henry Jones, comme décrit plus haut. La claque est énorme. Où sont passées nos vertes années ? Harrison Ford, 80 ans, retrouve Indiana Jones, 70 ans (le personnage est né en 1899) pour une cinquième aventure cinématographique. Après la débâcle du « Crâne de Cristal » on était en droit de s’inquiéter de ce retour, de surcroît sous le giron Disney. Et d’autant plus suite à des immenses problèmes de production, de projections tests peu glorieuses et de nombreux reshoots pour rectifier le tir.

La surprise est donc d’autant plus grande de découvrir un film plutôt bon, et surtout respectueux du personnage. On se permet même un peu d’humour en rendant sa haine des nazis – bien compréhensible – tellement viscérale qu’elle en devient malicieusement caricaturale jusqu’à l’extrême, insultant sans vergogne et avec verve tous les représentants du IIIème Reich. En sous-texte on pourrait même interpréter son désintérêt pour l’expédition lunaire par le fait que ce sont les recherches des savants allemands qui permirent la création des premières fusées (on ne va pas refaire l’histoire du V2 ici…).

Certains glosent sur le vieil âge de l’acteur, que cela rend le métrage ridicule, et même pourquoi pas stupide. Comme si la vieillesse n’était pas un sujet « acceptable », qu’il s’agissait d’une chose qu’il faudrait cacher. Alors que justement le cœur d’Indiana Jones vient du fait qu’il est un témoin de son époque et que de le voir dans cette Amérique à l’aube des années 70 se révèle justement très pertinent. Le pays a énormément changé et Indy sent très bien qu’il ne fait plus parti de ce monde-là. Le décalage renforce d’autant plus notre empathie à son égard. Un boomer avant l’heure en quelque sorte.

VOYAGE, VOYAGE…

Il ne sera cependant pas seul au cours de ce périple. Pour accompagner la star on découvre Phoebe Waller-Bridge dans le rôle d’Helena. L’élément déclencheur de toute cette histoire. Elle faisait clairement partie de la colonne des craintes mais se révèle au final plus ambiguë et complexe qu’attendue. Elle reste un poil prétentieuse mais c’est pour mieux dissimulé ses inquiétudes et ses doutes. Son double-jeu permanent fait cependant qu’elle n’a pas entièrement gagné notre sympathie même si on lui laisse le bénéfice du doute.

Elle forme avec Teddy un duo atypique dans l’univers de l’archéologie. Ce dernier est un jeune homme plein d’entrain qui lui sert de bras droit et de compagnon de route pour ses combines. Interprété par Ethann Isidore , un acteur français, il faut bien avouer que sa bonne humeur et son dynamisme sans faille lui confèrent une aura de bienveillance provenant de notre part.

Dans des rôles de moindre importance, on retrouvera John Rhys-Davies en Sallah et Antonio Banderas en capitaine de bateau miteux ; ainsi que Toby Jones lors des passages en flash-back. Voilà pour les alliés. Changeons d’axe pour présenter les vils vilains avec au premier chef Mads Mikkelsen donnant vie à un Voller bien retors. Parmi ses chiens de garde, un se dénote particulièrement, Klaber, un sale type à la gâchette facile et clairement pas le couteau le plus affûté du tiroir. Il y a aussi Hauke, la grosse brute que joue Olivier Richters, qui mesure pas moins de 2m18 (!). Sacré gaillard.

De New-York, la petite troupe voyagera jusqu’à Tanger, puis sur les côtes grecques avant de terminer son périple à Syracuse, en Sicile. De quoi nous montrer de beaux paysages bien ensoleillés tout le long du parcours. Seules les scènes se déroulant à New-York souffrent d’un aspect visuel en deçà du reste, en grande partie dû à des effets de fond vert ou de CGI mal exploités.

Rassurez-vous tout de même, ce n’est pas aussi moche que la célèbre scène des lianes avec Mutt qui se la jouait Tarzan. Les autres environnements sont eux parfaitement mis en valeur, avec en point d’orgue un véritable lieu de l’île italienne que nous passerons sous silence pour ne rien divulguer de l’intrigue. Un endroit réel et fort étonnant qui fera écho chez tous les baroudeurs en herbe que nous sommes.

Donc à l’écran la dernière péripétie du Professeur Jones s’en sort plutôt pas mal, mais passons un peu derrière la caméra car là aussi il y a pas mal de choses à dire. Et pour débuter, on va commencer par la fin. Celle du ‘produit fini’ a connu pas mal de remous, d’écriture et de réécriture. Il fut envisagé pendant un temps que Jürgen Voller parvienne (presque) à ses fins, mais bien que l’idée soit alléchante sur le papier, la mise en place de telles séquences aurait fait exploser le budget d’un projet déjà fort coûteux (on parle d’environ 350 millions de Dollars, sans frais marketing…).

D’autres versions voyaient une fin définitive pour notre pilleur de tomb… pardon, archéologue préféré. Et on ne fera qu’évoquer les rumeurs qui parlaient d’une réappropriation de l’histoire de notre héros par une Phoebe Waller-Bridge un peu trop enthousiaste quant à son rôle.

Quoi qu’il en soit une première fin fut bien tournée, on ignore laquelle, et fut entièrement remplacée par l’actuelle suite à des projections tests où les spectateurs rejetèrent en masse cette conclusion peu enthousiasmante. La césure témoignant de ce changement radical est tout ce qu’il en reste dans le montage final : un écran noir soudain suivi d’une ellipse gigantesque dans le récit. Selon toute vraisemblance, Indy a joué son destin sur cet épilogue…


Et il y a évidemment tout le reste – le Covid, le départ de Spielberg du poste de réalisateur, la mort d’un opérateur caméra au Maroc, l’acteur principal blessé etc… – qui n’aidera pas à boucler un tournage capricieux autour du monde.

L’HOMME DORÉ JOUANT À LA MONTAGNE

Il faut dire aussi que bien qu’il soit loin d’être un manche, James Mangold n’est pas Tonton Steven. Là où l’aura du papa d’E.T. permet par sa simple présence et son expérience de prendre rapidement des décisions drastiques pour maintenir la cohérence de l’équipe et de la technique, le réalisateur ici en charge sera plus là pour mettre en place des contre-feux face à la montagne de problèmes qui s’accumulent au quotidien.

Une fois tout cela clairement établi, il faut bien reconnaître que ce cinquième Indiana Jones s’en tire avec les honneurs. Et ce n’est pas parce que Spielberg ne le dirige pas que c’est forcément un fiasco (on rappelle qu’il a mis en boîte le quatrième, qui est bourré de faux raccord, d’âneries scénaristiques et de personnages inutiles).

Mangold tourne « à la manière de » pour mieux retrouver l’esprit de la trilogie tout en apportant une certaine touche de modernité dans sa mise en scène ; le tout sans dénaturer l’atmosphère si particulière de la saga.

Toutefois il loupe le coche sur bien des aspects, mineurs certes mais qui sautent aux yeux. Et le plus marquant sera l’absence totale de transition entre le début du film en 1944 et le saut dans le temps en 1969. À la limite du consternant. Un volet « à la Lucas » aurait fait le travail syndical minimum au lieu de ce simple changement de plan d’une confondante banalité. Une erreur de débutant pour quelqu’un qui ne l’est pourtant pas du tout.

Pour les esprits chafouins, certaines cascades pourront paraître peu crédibles au vu de l’âge avancée du héros vieillissant ; cela dépendra surtout de la suspension d’incrédulité que vous voudrez bien mettre lors de votre visionnage.

Pour continuer sur les mauvais points, et ce sera sans doute là le plus gros défaut du métrage, il n’invente rien ou pas grand-chose et se contente de recycler de vieilles idées venues d’ici ou d’ailleurs. L’abominable scène des insectes, un jouvenceau débrouillard en guise de faire-valoir, une séquence dans un temple qui rappelle l’introduction du deuxième film Tomb Raider (période Angelina Jolie) et pour citer quelque chose de récent une scène de combat au couteau sur le toit d’un train sous un tunnel, quasiment faite à l’identique dans le dernier Mission Impossible (dans ce cas précis, on laissera le doute sur un hasard fortuit). On peut s’amuser à retrouver les nombreuses ‘inspirations’ tout le long du visionnage.

Un autre secteur qui ne réinvente rien mais cette fois pour le plus grand bonheur de tous : la musique. John Williams renfile les gants pour composer une bande sonore dans la pure continuité des autres aventures du héros au chapeau en reprenant avec délectation les thèmes d’autrefois. C’est – littéralement – sans fausse note.

Il faut tout de même signaler une séquence d’exploration sous-marine plutôt bien menée et pleine de tension avec ses terribles murènes par dizaines (Brrr…), ce qui l’air de rien constitue une petite nouveauté inédite dans la franchise.

Malgré tout, le film est un énorme flop au box-office. Comme d’habitude les critiques sont diverses, allant du « c’est pas mal » au « c’est honteux ». Une certaine détestation de Disney n’est pas non plus à mettre de côté dans cette débâcle: la firme à la Souris traverse une période difficile. Mais sans doute aussi qu’Indiana Jones est l’icône d’une époque révolue, loin des super-héros aseptisés, des The Rock interchangeables ou des Vin Diesel tournant au sans plomb.

On se contentera de rappeler que ce ne sont pas les chiffres qui font un bon ou un mauvais film, car à ce moment-là, le meilleur des Indiana Jones serait le « Crâne de Cristal », de loin le plus gros succès de la licence dans les salles obscures (comme quoi). On table plus sur un succès d’estime sur la longueur, un film qui gagnera ses galons avec le temps.

On pourrait même pourquoi pas espérer un sixième épisode qui conclurait vraiment la vie d’Henry Jones Jr. tout en passant la main à la génération suivante, à l’instar de ce qu’a su faire la saga Rocky. Le retour sur le devant de la scène de Ke Huy Quan (Demi-Lune) pourrait permettre une passation de pouvoir entre les deux acteurs, avec pourquoi pas un retour d’Helena et Teddy pour former un trio éclectique. Mais cela reste peu probable au vu du four monumental que se prend ce « Cadran de la Destinée » et de l’âge avancé de l’acteur principal. Le temps n’épargne personne, pas même Harrison Ford.

AVIS DE LA REDAC

Après la débâcle du précédent opus, c’est à reculons que nous entrions dans la salle de cinéma pour voir la dernière aventure cinématographique de l’iconique Indiana Jones. Et il faut bien avouer que lorsque apparut le générique de fin nous étions agréablement surpris de la qualité de ce cinquième opus dirigé non plus par Steven Spielberg mais par James Mangold (Copland, Logan…). Certes il commet quelques erreurs (montage, FX…) mais sait garder l’essence de ce qu’est à la base Indy : un héritier des vieux Pulps d’antan. Alors oui on est loin du baroudeur intrépide qui en 1981 entrait sans peur à l’intérieur du Temple de l’Idole Sacrée des Hovitos dans l’inoxydable introduction de « L’Arche Perdue » mais c’est que le personnage a pris de l’âge, comme son comédien. Et c’est sans doute là le point le plus frappant du métrage, d’assumer à bras-le-corps les thèmes de la vieillesse, du temps qui passe et des regrets. Mais de regrets vous n’en aurez point en allant voir Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, dernier film sur l’archéologue le plus connu du 7ème art. En attendant un sixième ?...

CONCLUSION DU SCHMURZ

LES PLUS
  • Retrouvailles avec Indy
  • Un rythme haletant
  • Une introduction hommage qui déboîte
LES MOINS
  • Les effets numériques utilisés abondamment
  • Peu inventif
  • Problèmes de production qui se ressentent dans le montage
  • Vraiment la fin ?
69
%
CA PASSE BIEN

2 Commentaires

  1. Avatar

    Bravo Yaeck, tu a fait un très bon article sur le film, tout en ne dévoilant pas trop l’intrigue, tu a bien résumer les points positifs, et négatifs (et oui!)
    Oui Indiana a vieilli, comme nous tous…Le temps passe mais les héros sont éternels, dans nos cœurs et a l’écran, et Indy est maintenant une légende du 7ème art
    que les anciens spectateurs apprécie toujours, et que les plus jeunes découvrent et dont ils reparleront encore dans quelques années comme le symbole des
    films d’aventures…

    Répondre
    • Yaeck [Rédacteur]

      Merci beaucoup pour ce charmant commentaire 🙂
      Et oui, une icone du 7ème art…

      Répondre

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