La saga Double Dragon. Voilà bien des jeux qui auront su nous tenir en haleine lors de notre lointaine jeunesse. Nous n’étions pas très doués du haut de nos 10 ans et ces fichus combats incessants auront su nous tenir en échec un moment durant nos longues parties.
Cela ne nous empêcha pas cependant de passer des heures de pur plaisir sur cette licence qui semble connaître un regain de popularité ces derniers temps. Mais trêve de nostalgie car le titre qui nous intéresse ici n’est point un de ceux mettant en scène les Frères Lee, mais un lointain descendant de leurs aventures dans les rues malfamées de River City. À la fois modernisation et hommage à l’incommensurable série des Kunio-Kun, River City Girls procure t-il autant de plaisir que ses modèles ?
RIVER CITY STORY
À l’origine il y eut la série des Kunio-Kun, des studios japonais Technōs. Toute une armada de jeu dont nous avons très peu entendu parler en territoire PAL. Tout au plus le jeu de foot sur NES et le design des personnages principaux qui ne nous est pas inconnu. Pourtant la série est très populaire au Japon et aux États-Unis (et oui certainement aussi par des joueurs en France qui n’hésiteront pas à nous le faire savoir).
Ce que nous avons connu de plus approchant, ce furent donc les Double Dragon, du même studio, et qui eux surent arriver jusqu’à nos petites paluches. Une série devenue un brin désuète désormais mais qui le temps passant à su faire partie de ces vieilles licences ayant droit à une certaine reconnaissance, accompagné d’un revival de bon aloi.
Surfant sur cette vague nostalgique, Wayforward a développé un jeu remettant au gout du jour – tout en restant dans un style « Pixel » – la licence Kunio. C’est ainsi qu’ils nous donnèrent River City Girls.
Dire que nous fûmes séduits dès les premiers visuels est un doux euphémisme. C’est graphiquement superbe, avec une palette de couleurs chatoyante du plus bel effet. Le Pixel-art, devenu presque un cliché pour les jeux indépendants, est ici justifié par ses aïeux mais sans pour autant en faire un copier-coller sans imagination.
Belle alliance entre la technique actuelle et la cohérence d’une saga vieille de plusieurs décennies. Une symbiose mise au service d’une série entrant de plain-pied dans la modernité, tout en conservant son essence et son esprit un brin Rock’n’roll.
L’animation elle aussi a été grandement revue: plus rapide, plus souple, permettant des enchainements bien plus fluides.
Pour finir, l’ambiance sonore qui est juste à tomber, entre ballade pop électro et morceaux bien punchy qui mettent parfaitement dans l’ambiance de la castagne en continu.
River City Girls OST- The Hunt – YouTube
Ci-dessus, un lien vers un extrait de la mirifique Bande Originale du jeu. Toute la musique est à l’avenant. Une merveille.
Le scénario est simplissime, et amène à une suite de développements tous aussi absurdes qu’inattendus. Kyoko et Misako apprennent que leurs petits amis Kunio et Riki ont été enlevés. Ni une ni deux, elles se lèvent et quittent la classe pour partir à leur rescousse.
On débute l’aventure dans le lycée et elle se poursuit à travers toute la ville afin de retrouver les amoureux manquants. Six zones et tout autant de boss qu’il faudra vaincre.
Précisons le tout de suite, nous avons affaire là à un titre qui mise plutôt sur l’absurde et le non-sens en matière de récit. Mais également sur le cool et le fun pour ce qui concerne tout le reste.
DOJO & DRAGON (punch)
Alors concrètement, comment ça se passe ? Et bien c’est un Beat’em All assez classique dans le fond, avec une légère notion de RPG. Notre héroïne est munie de quatre actions (saut, coup de poing, coup de pied, chope) qui combinées aux différentes directions peuvent fournir des coups spéciaux plus ou moins puissants.
Ces coups spéciaux sont déblocables au dojo des Frères Lee contre monnaie sonnante et trébuchante. Chaque adversaire vaincu lâche en effet une petite somme d’argent qui permet l’achat dans les nombreux magasins qui parsèment les différentes zones.
Ceux-ci se divisent en trois catégories: les dojos, les boutiques d’objets et les boutiques de soins. Chaque échoppe offre des mets ou des accessoires aux prix et effets variables. À vous de repérer les bonnes affaires des arnaques.
Le personnage possède un inventaire pour les soins et un autre pour les objets. Celui des objets est non limité mais celui des soins augmente dans une limite de 10 emplacements en fonction de votre niveau. Car oui il y a la notion de niveau présente dans le jeu. Trente pour être exact et qui bien entendu s’engrangent au fur et à mesure des victoires accumulées.
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- Tableaux des soins et des objets. Les premiers redonnent de la vie et les seconds augmentent certaines statistiques tant qu’on les portent
Il y a présence également d’une capacité de recrutement. Explication. Parfois lorsqu’un dernier adversaire est défait, il implore votre pardon à genoux et il y a possibilité par l’intermédiaire d’une touche d’en faire un personnage d’appui. Celui-ci sera disponible pour vous prêter main-forte dès que vous le convoquerez via la gâchette dédiée.
Son aide consistera en un coup spécial qu’il faudra employer judicieusement. Quelques contraintes sur l’utilisation de cette feature: une barre qui se doit d’être complète avant d’invoquer la recrue (mais elle se remplit rapidement), et ladite recrue ne possédant seulement que quelques cœurs de vies qui pourront s’épuiser rapidement si vous ne faites pas attention.
Chaque personnage secondaire est pourvu d’une attaque spéciale qui lui est propre, plus ou moins efficace et/ou puissante. Choisir avec discernement quel sidekick saura le mieux vous correspondre.
Comme dans tous les jeux du genre, divers objets ou autres ustensiles pourront servir d’arme pour mieux défaire les racailles qui s’en prennent constamment à vous. Outre les traditionnelles caisses, poubelles ou chaines de vélo pourront aussi être trouvés des poêles, des ballons, des yo-yos ou même des épées laser ! Chacune de ces armes de fortune pourront soit frapper soit être lancée, jusqu’à ce qu’elle soit réduite à néant.
Et c’est donc avec tout ce panel de mouvements et de possibilités que vous devez vous frayer un chemin jusqu’à la fin du jeu, en tabassant au passage des centaines de bougres et bougresses…
MAUVAIS COUPS
Tout n’est cependant pas parfait en ce joli royaume de la Cité de la Rivière. À commencer par cette incompréhension en ce qui concerne la touche ‘Action’ multitâche. Servant à la fois pour donner un coup de poing, à ramasser les objets… et à changer de tableau !
Il arrive fréquemment qu’au cours d’un combat, si on est trop près du bord de la zone signifié par une icône de porte verte, on change de tableau sans le vouloir ! Car c’est la même touche pour deux fonctions bien différentes ! Pareil quand on se trouve sur l’emplacement d’un objet : au lieu de frapper le malandrin, elle va ramasser l’objet, ce petit laps de temps permettant au susdit de vous en mettre plein la tronche.
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- Ici la touche carré à trois fonctions : changer de tableau, frapper les adversaires et ramasser le yo-yo (la boule orange). Seul le destin décidera de ce qui se passera quand on appuiera dessus…
N’y avait-il pas moyen de mettre les fonctions ‘attraper un objet/changer de zone’ sur une autre touche ? Comme une gâchette par exemple ? Car je vous assure qu’au bout d’un moment cela devient véritablement agaçant, tant et si bien qu’on apprend très vite à combattre en milieu de zone, pour éviter la gaffe.
Il y a aussi les ennemis qui vous foutent un pain dès que vous arrivez sur un nouvel écran, sans que vous ne puissiez rien y faire n’ayant même pas encore repris le contrôle de votre protagoniste. Heureusement ce n’est pas souvent mais quand cela arrive c’est très frustrant.
Un mot sur la garde, très exigeante et qu’il faut savoir placer au bon moment pour parer l’adversaire lorsque celui-ci vous enchaîne. Vous pouvez aussi bien sur en user avant de vous prendre le premier coup mais si vous vous loupez, casser un combo se révèle extrêmement difficile. Cela reste possible, mais dans 98% des cas, cela ne fonctionnera pas. Il y a clairement une histoire de tempo à adopter mais bien difficile à saisir.
INVERSION D RÔLE
Pour finir faisons une petite analyse de ce qui se déroule dans ce jeu, car à bien y réfléchir il se pourrait bien qu’il s’agisse d’une œuvre plus subversive que ne le laissent présager ses atours enjôleurs. Pour ce faire nous allons devoir spoiler un brin, vous voilà prévenu.
Kyoko et Misako, qui pendant toute leur Odyssée répètent à l’envi être les petites amies de Kunio et Riki se révèlent au final n’être que de vagues connaissances desdits garçons. Ces derniers ne connaissant même pas leurs prénoms !
Au vu de ce rebondissement de dernière minute – et de tout ce qu’on a traversé pour en arriver là ! – on pourrait en déduire que les deux lycéennes ont eu envers leur ‘crush’ un comportement de ‘stalkers’* depuis un certain moment (*anglicisme voulant signifier le ‘harcèlement passif’ envers une personne précise). Les épiant, les suivant et allant même jusqu’à prétendre sortir avec eux.
Alors c’est traité sous le puissant bouclier de l’humour mais c’est une lecture qui ne laisse pas indifférent. Dans la continuité de cette idée, il est évident que les deux nénettes ont de graves problèmes psychologiques et un attrait évident pour la violence, celle-ci leur servant à résoudre leur moindre problème.
Mais songez donc à comment débute leur périple : dans un lycée, elles tabassent des dizaines d’étudiants pour leur piquer leur argent de poche… Ne serait-ce pas là purement et simplement… du racket ?
Encore une fois c’est une appréciation tordue d’un titre qui se veut simplement Funky mais cela a le mérite de laisser entrevoir en sous-texte le fait que les deux soi-disant héroïnes ne sont en fait que deux Loubardes qui se refusent à l’admettre. Et cela est amené assez subtilement, sans que l’on s’en rende compte.
On joue en fait deux gamines perturbées qui se font respecter dans la rue à coups de batte de baseball et de genou dans les parties, rackettant les écoliers, se battant contre les autres gangs, savatant les agents de sécurité en clamant haut et fort faire tout cela au nom de l’Amour, pour des gars qui ne les ont jamais véritablement calculés.
Bien que cela n’altère en rien notre immense sympathie envers ce jeu, il est intéressant de constater l’ambiance de « petites frappes » inhérente à cette fameuse série des Kunio-Kun qui tranche radicalement avec celle des Double Dragon et ses deux frères redresseurs de torts affrontant les gangs des bas-fonds afin de sauver leur dulcinée (notez qu’ils la partage).
Dans River City Girls, on est un peu aux antipodes de cette morale et cette double-lecture roublarde ajoute au coté farfelu de l’ensemble du jeu et accrédite la théorie qu’en fait les ‘Méchants’ n’existent pas.
Il n’y a que des points de vue différents.










