Apollo Justice : Ace Attorney Trilogy a été testé sur Xbox série X à partir d’un code de téléchargement fourni par l’éditeur.
La mode est un éternel recommencement. Le jeu vidéo aussi. Il suffit de voir l’avalanche de remasters, remakes et autres reboots réalisés avec plus ou moins de talent qui inondent les rayons physiques et encore plus les stores dématérialisés. En surfant sur la vague de la nostalgie sous couvert de « faire découvrir aux jeunes générations les merveilles vidéoludiques du passé », Capcom a très bien compris que beaucoup de ses licences légendaires peuvent potentiellement se retransformer, en faisant des efforts, en poule aux œufs d’or.
Des succès comme les remakes des Resident Evil 2,3 et 4 poussent en ce sens. Et puis le développeur nippon a aussi des licences endormies mais dont le succès d’antan résonne encore très fort dans les esprits au point d’envisager une ressortie du fin fond des tiroirs sur les supports actuels.
Et voilà comment en ce début d’année 2024, Capcom nous propose de revivre l’une des sagas phares des consoles portables de Nintendo entre 2004 et 2016 : Ace Attorney, plus précisément une compilation des épisodes 4-5 et 6 sobrement intitulée Ace Attorney : Apollo Justice Trilogy. Le bon moment pour moi de plonger dans cette saga que je ne connais que de réputation.
Apollo Justice League
Pour les deux du fond qui se sont endormis et pour toute personne ayant hiberné toutes ces années, Ace attorney est une série de visual novel que l’on pourrait caricaturer en « un Shônen pays des tribunaux ».
Chaque opus de la saga est ainsi divisé en épisodes, rappelant la forme d’un animé. Si les trois premiers épisodes nous mettait uniquement dans la peau de Phoenix Wright, un brillant avocat au talent démesuré, la trilogie qui nous intéresse aujourd’hui, dans une tentative de renouvellement, nous propose d’incarner, dans l’épisode 4, Apollo Justice, un maître du barreau en devenir mais qui pour le moment a tout à prouver en matière d’efficacité judiciaire.
L’épisode 5 met en avant Athena Cykes son assistante. Leur point commun, en plus de leur investissement total pour faire éclater la vérité et innocenter des victimes que tout accuse, c’est de posséder un pouvoir spécial : si Phoenix Wright maîtrise le pouvoir de faire sauter les « verrous-psychés », c’est-à-dire forcer les témoins réticents à avouer une vérité peu rutilante, Apollo Justice est capable de détecter les tics nerveux et ainsi de séparer le vrai du faux d’un témoignage nébuleux. Athéna Cykes quant à elle, peut déverrouiller les émotions cachées des témoins sous pression.
Ces facultés surhumaines sont surtout l’occasion de briser la monotonie inhérente au genre visual novel, dont le gameplay consiste majoritairement à appuyer sur un bouton pour faire défiler les dialogues ; rechercher un spasme de sourcil incontrôlé trahissant une vérité cachée, ou scanner un témoignage pour déstabiliser un témoin que l’on soupçonne incohérent sont autant de tâches diversifiantes et bienvenues.
Certains personnages secondaires font aussi l’objet de mini-jeux comme le prélèvement d’empreintes de chaussures ou de pneus de voitures avec l’experte scientifique accroc à la nourriture Ema Skyes ou encore la prêtresse du sixième épisode et ses pouvoirs de divination.
Ainsi, à l’instar de tout Shônen qui se respecte, le déroulement d’un épisode complet se présentera globalement toujours de la même manière : après une petite cinématique dénonçant un meurtre au coupable soigneusement masqué, on se retrouve défenseur, souvent malgré nous, de la personne accusée du méfait. Les phases de procès alterneront avec des phases « sur le terrain » synonymes de recherche d’indices pouvant innocenter notre client.
Une phase indispensable à la victoire mais malheureusement assez plate puisque reposant principalement sur le fait de balayer l’écran avec un curseur pour déceler les éléments qui pourrait disculper notre protégé(e). Du Point’n’Click trop simplifié pour être vraiment passionnant et victime d’un défaut majeur récurrent au genre : le fait de rester bloqué parce qu’on a pas discuté d’un sujet précis avec un personnage précis, et souvent sans rapport avec notre investigation.
Une frustration d’autant plus grande quand on a compris où les auteurs veulent nous amener, mais la rigidité du script nous empêche d’aller droit au but. Elles restent cependant rafraîchissantes, nécessaires au bon déroulement de l’histoire et évitent le huit clos judiciaire qui serait redondant sur le moyen/long terme.
Le tribunal sera l’occasion de joutes verbales réjouissantes car très bien écrites. Un face-à-face passionnant entre deux avocats charismatiques avec pour arbitre un juge plutôt naïf (malgré quelques fulgurances aussi rares que pertinentes) aux réactions souvent drôles. D’ailleurs, il faut préciser que Capcom a fait l’effort de traduire intégralement en français les épisodes jusqu’alors inédits dans notre langue de Molière.
L’occasion de saluer aussi la qualité du travail effectué, que ce soit pour les références adaptées à notre culture ou pour les jeux de mots des noms des personnages que nous croiseront tout au long des procès, avec une mention spéciale à Sou Ih’vel Guihd, jeune guide touristique de son état et injustement accusé de meurtre dans Spirit Of Justice.
Et si là encore on peut reprocher l’impossibilité d’aller droit au but quand la solution se devine, la pièce de théâtre, parfaitement maîtrisée dans ses dialogues, qui se joue devant nous fait mieux passer la pilule. Et bien sûr, impossible de ne pas afficher un sourire satisfait quand le premier « Objection » si caractéristique de la saga apparaît à l’écran, malgré le fait qu’on ne puisse plus le hurler dans le micro de sa console, comme au temps de la DS et 3DS.
Attor(n)ey à travers
L’une des grandes forces de cette trilogie (et aussi des épisodes précédents bien évidemment) c’est de réussir à faire cohabiter des situations, des protagonistes au destin tragique mais toujours avec une certaine légèreté non dénuée d’humour et en gardant une certaine cohérence malgré des circonstances complètement dingues .
Une ambiance prenante, jonglant entre des personnages fantasques limite grotesques, situations dramatiques, dialogues foncièrement amusants, et enjeux importants avec une maestria suffisamment rare pour être soulignée, à l’instar d’un Ryo Saeba capable de passer de son rôle de nettoyeur implacable à celui de coureur de jupons insatiable en une fraction de seconde tout en restant crédible dans les deux rôles.
Et si il est impossible d’aborder en profondeur les scénarios des affaires que l’on mène sans divulgâcher les rebondissements et éventer tout ce qui fait le sel des histoires, sachez simplement que : personnages charismatiques + alternance de situations farfelues/moments dramatiques + rebondissements incessants = des aventures passionnantes à suivre malgré un challenge quasi inexistant puisque le jeu est plutôt permissif, le fatidique « Jugé coupable », le Game over judiciaire, n’ayant aucune conséquence.
Mais est-ce vraiment du challenge et du gameplay que l’on vient chercher dans ce genre de jeu ? Assurément non.
Un véritable travail d’orfèvres scénaristique est soutenu par une fiche technique sans faute : graphiquement très agréable ce Ace Attorney : Apollo Justice, avec sa patte graphique tout en 2D rappelant bien évidemment les mangas, on sent le passage à la 3DS puisque ce style visuel laissera place à une 3D cell shadées pour les deux autres opus du plus bel effet.
Sans oublier la présence de véritables dessins animés en guise de transitions/cinématiques absolument délicieux. Quant aux musiques, elles apportent ce qu’il faut pour intensifier un peu plus encore toutes les péripéties supportées par les membres de « l’agence à tout faire Wright » et de leurs clients.
Mais que serait un si beau gâteau si il n’y avait pas la cerise qui vient parfaire l’ensemble ? Et encore une fois Capcom n’a pas lésiné sur les moyens puisqu’en plus d’intégrer les épisodes jusqu’alors uniquement disponibles en DLC, Ace Attorney Trilogy nous ouvre les portes de son « Musée », véritable concentré de bonheur pour tous les fans de la série.
Au programme, la possibilité de revivre un épisode en particulier, les musiques en libre écoute ainsi que des versions orchestrales des thèmes les plus emblématiques, des illustrations et croquis préparatoires par dizaines, une sorte de diorama pour mettre en scène soi-même les personnages, ou encore des costumes alternatifs de plus ou moins bon goût certes mais jamais de mauvais goût. Une générosité qui fait plaisir à (rece)voir.









