« Contra », un nom qui ne laisse pas de marbre les anciens, qui titille la curiosité des nouveaux et qui réunit finalement toutes les générations. Déclinée en 1987 sur arcade puis sur consoles, la licence a connu un sacré tour de piste sur différentes machines. Ainsi, tout remettre en ordre est un foutoir de level 99, d’autant plus que la saga a embrassé la diversité des noms : c’est dire si la résolution du puzzle demande de la patience ! Symbole de l’effervescence de Konami, Contra a su s’imposer en tant que maître du run and gun teinté de shoot’em up. Puis la firme a décidé de se mettre en retrait du paysage vidéoludique, sans doute lassée par le manque à gagner, ce qui constitue une forme d’ironie malsaine, vous en conviendrez. Ah, chienne de vie ! Puis vint le navrant Contra : Rogue Corps qui aura eu l’immense mérite de nous faire marrer, tout en nous enfonçant encore plus la tête sous l’eau de la rivière du deuil. C’était factuel : Konami a abandonné les sympathiques lapichons que nous sommes pour vivre une autre vie. Sans doute que nous ne méritions pas le retour de notre amour porté envers une société qui a su écarquiller nos mirettes des années durant. Mais tel un père indigne se décidant à revenir à la maison après un temps prolongé tout en maintenant sa version de la sortie « afin d’aller chercher des clopes », le géant nippon a décidé de miser sur ses lieutenants les plus fidèles afin d’effectuer « Ze comeback » ! En outre, après avoir fait soulever les foules avec l’annonce de Metal Gear Solid Delta, futur remake (mais probablement pas « relecture »…) du troisième opus, voilà que Contra : Operation Galuga déboule de nulle part, nous laissant entrevoir le bout de son canon.
Laissons donc le cerveau à la cantine, la littérature dans le ravin et la poésie aux cabinets afin de se concentrer sur les masses de muscles, les fusillades et les grosses bestioles. Mesdames et Messieurs : à la charge !
Contra reverrai-je
Commençons de suite par ce qui irrite dans les chaumières, histoire d’évacuer les mauvaises ondes dispensables : la Direction Artistique, au niveau visuel, est une catastrophe industrielle. Voilà, c’est dit ! Les couleurs sont criardes, l’utilisation du moteur foirée et le chara-design est tout juste passable. Une exception sauve le tout : les Boss ! Heureusement nous direz-vous, car leur gigantisme représente l’essence même de la série Contra. En outre, le reste est en deçà de nos attentes surtout si nous prenons en compte l’historique de la saga. En effet, le bijou de Konami représentait clairement un blockbuster avant l’heure ! Ici, nous avons une sensation de jeu au budget limité, où les créateurs ont été contraints de couper dans le steak à de multiples reprises. Le pire est que cela pose parfois des soucis de lisibilité et si les changements d’angle dynamisent un peu l’action, l’impression de superflu est en général belle et bien présente, à notre grand dam !
Cependant, hors de question de tout fracasser à l’instar de nos héros complètement reboostés ! Le sound-design rattrape confortablement le précédent écueil. En effet, Contra : Operation Galuga bénéficie d’une OST très convenable, parfaitement dans le ton de l’esprit « série Z » désiré, instaurant une ambiance quasiment palpable. Et même si nous nous fichons complètement de l’histoire, celle-ci dispose d’une narration magnifiée par la qualité des doublages, eux aussi en harmonie avec l’atmosphère. Un bonus que nous n’attendions pas forcément mais qui a le mérite d’être à l’image du gameplay, tout aussi ingénieux qu’industrieux !
Contra dans le désert (depuis trop longtemps)
Point de remise en question d’une recette qui régale encore et toujours les amateurs ! À l’inverse de Rogue Corps, qui cherchait à tout démolir pour au final se planter à tous les étages, Contra : Operation Galuga transpire le respect de l’œuvre passée tout en apportant du sang neuf, ce qui sied comme un gant à la thématique du jour. En allant chercher le studio WayForward Technologies, déjà responsable de l’opus Contra 4 sur DS, Konami annonce la couleur : la continuité avant tout. C’est d’ailleurs en ce sens que cette opération se présente tel un remake/relecture/prolongement du premier épisode. On retrouvera d’ailleurs au fil de l’épopée des situations qui nous évoqueront celles d’antan, pour notre plus grand plaisir !
Au lieu de se contenter d’une refonte purement graphique, ce qui aurait été insultant, Contra : Operation Galuga se pare d’atouts séduisants afin d’offrir la meilleure expérience pour tous. Le principe reste le même : on avance, on défouraille, on claque et on recommence ! S’il existe 3 modes de difficulté, les 8 niveaux offerts sauront vous résister, même en « facile » pour ceux qui débarqueraient sans être informés de la proposition. Et il faut reconnaître une chose : les stages sont très bien équilibrés, ni trop longs ni trop courts, et le challenge est bien dosé. Certes, cela reste ardu mais rien n’est insurmontable grâce à un apprentissage constant ! De plus, le mode « histoire », dont la durée de vie est inférieure à 4H (morts incluses), fera office d’entraînement calibré avant d’attaquer le plat de résistance : les modes « arcade » et « défi ». Évidemment, c’est à cet instant que se dévoile le « vrai jeu » et il va sans dire que si vous faites l’acquisition de Contra : Operation Galuga juste pour le terminer, vous passerez à côté de sa nature car ce qui compte avant tout ici, c’est le scoring !
Contra te travaille
Si Contra : Operation Galuga propose de base 2 protagonistes bien connus, à savoir Bill et Lance, le casting s’étoffera au fur et à mesure pour compter jusqu’à 6 membres. Chacun disposera de compétences propres, comme le vol ou le grappin, et à vous d’exploiter ce qui convient le mieux. Surtout qu’il y a moyen de jouer jusqu’à 4 en coopération (en mode arcade). Certes, à l’écran, cela ressemble à un joyeux bordel mais ce que nous perdons en visibilité, nous le gagnons en fun jusqu’à tutoyer le délire extrême ! Néanmoins l’idéal, en toute franchise, est de traverser le jeu à 2 afin de percevoir l’équilibre action/stratégie. En effet, tout se calcule et tout a son importance ! Ainsi, vous gagnerez de la monnaie pour acheter des perks et, croyez-nous, ce détail est capital ! Vous pouvez en équiper 2 par personnage afin d’augmenter votre nombre de vies, disposer d’un bouclier et d’autres tas de bonus. Vous souhaitez survivre ? Choisissez bien, choisissez l’but !
L’autre point majeur de ce Contra est le switch entre vos 2 armes. Et il y en a un paquet ! À vous de mémoriser ce que signifient les lettres M, H, S (et on en passe) afin de disposer certes d’une puissance de feu non négligeable mais surtout efficace en fonction de la situation rencontrée . De facto, il sera parfois plus efficient de dégainer le lance-flammes, la mitrailleuse ou la « machines à boulettes qu’on balance partout » ! Une manière d’obliger le joueur à sortir de sa zone de confort en s’adaptant perpétuellement. De plus, ramasser une seconde arme de même type fait passer un niveau à celle-ci, augmentant sensiblement l’efficacité de l’arsenal. Charge à vous de ne pas ramasser par inadvertance un gun dont vous ne voulez pas au milieu d’une pétarade de haut vol ! En tout cas, la nervosité est extraordinaire et l’impact des shoots est réellement grisant, hissant la jouabilité de ce Contra vers l’excellence.
Contra Nostra
Et s’il ne fallait retenir qu’un seul coup de génie de ce Contra : Operation Galuga, ce serait celui-ci : la surcharge ! Le principe est clair et limpide : si vous perdez une vie, votre power-up disparaît. Avouez que c’est plutôt fâcheux ! Or, la fameuse surcharge permet d’utiliser un pouvoir caché d’une arme qui vous aidera soit à tout péter, soit à vous protéger. Une libération de compétences offensives ou défensives qui se fera au prix de la perte du power-up mais plutôt que de tomber au combat, autant laisser déferler votre colère sur vos assaillants, non ?
Ceux-ci disposent d’ailleurs de patterns bien définis et toutefois trop limités, ce qui constitue un petit regret. Au demeurant, les affrontements sont toujours aussi vivants et se déroulent à toute vitesse, ce qui nous rappelle de bonnes sensations et ce qui évite tout sentiment de frustration, quand bien même l’aventure s’avère corsée. Cependant, l’apprentissage se fait naturellement et il est rare de pester contre une plateforme ou un affrontement mal dosé, à l’exception d’un passage franchement mal fichu. Mais il fallait bien une erreur au milieu d’une progression fluide qui assume son rang de « titre néo-rétro » !
Contra : cramé contre cramé
Qui dit « ouverture » dit « inquiétudes ». Point d’affolement chères lectrices et chers lecteurs ! Si Contra : Operation Galuga nous donne les moyens de dompter la difficulté inhérente au soft, il n’en oublie pas non plus les vétérans. Certes, nous disposons d’une barre de vie constituée de plusieurs segments (exit le one-shot !), de possibilités de ravitaillement, de checkpoints à débloquer et de facilités en tout genre. Toutefois, il serait bien pingre de ne pas ouvrir la voie à un autre collectif sans le brûler sur la place publique en raison de son incapacité à boucler un niveau. Ce serait donner une bien piètre image du rétro et néo-rétro, mmmh ?
A contrario, il est tout à fait possible de se passer de ces features pour se la jouer « à l’ancienne » et prouver que le roi du scoring, c’est vous ! Le challenge prend alors une autre dimension et les développeurs ont même pensé à intégrer la visée à 8 directions si vous estimez que celle à 360 facilite grandement les choses. Et comme si ça ne suffisait pas, le mode « défi » vous imposera des contraintes et des handicaps durant les rixes afin de mettre vos nerfs et votre dextérité à rude épreuve. Sans parler de la difficulté maximale qui a fait tant souffrir vos serviteurs…
En clair, c’est donc ça le jeu vidéo : accueillir l’ensemble des gamers sous sa bannière. Fût-elle sanglante !











