Mon nom est Erca Keb, scribe au service des Terres de l’Héliaume qui s’étirent jusqu’à l’horizon et de sa grande capitale Méridian. Une estimable fonction qui fut la mienne dès la fin de mon apprentissage. En tant que fille du Grand Jokka Keb, orateur et gardien des manuscrits des Haut-Faits du Roi-Soleil, mon statut est d’honorer la charge de mon géniteur. À cet égard, le Glorieux Souverain, dans son infinie sagesse, me confia une tâche digne de mon rang : consigner par écrit les exploits de la Sauveuse.
Mais la Nora aux cheveux de feu est difficile à suivre. Après avoir sauvé notre royaume elle disparut durant des mois, que je mettais à profit pour visiter sa tribu, enclavée dans les terres abruptes de l’Est. On m’y raconta son enfance en tant que paria. On m’amena à sa demeure, juchée au sommet d’un mont glacial. On me témoigna des nombreuses rumeurs sur sa personne. Plus qu’une vie, c’est d’une légende dont on me fit l’écho. Je crois que peu en vérité la connaissaient vraiment.
C’est alors que nous retrouvions la civilisation et la modernité de la Grande Cité qu’un marchand ambulant nous transmit la nouvelle : La fière Héroïne était de retour ! Mais une fois de plus j’arrivai trop tard. Elle n’avait été que de passage, comme me le confirma l’illustre Être Solaire qui éclaire nos vies et nos cœurs. Venue s’enquérir de ses amis et constater un étrange phénomène à La Flèche, elle était depuis repartie à l’aventure.
Auréolée de l’aval du vénérable Roi-Soleil ainsi que des conseils érudits de mon paternel (chez lequel il me semblait déceler une pointe d’inquiétude à mon égard), je me mettais alors en route sur les traces d’Aloy. Accompagnant un convoi de marchands braillards et vantards, je me retrouvai presque malgré moi à me rendre dans ces terres sauvages que tous avaient appris à redouter : L’Ouest prohibé.
LE BOUT DU MONDE
Atteindre l’ouest de l’Héliaume est en soi une odyssée qui mériterait à elle seule de noircir son lot de parchemins. Les attaques des machines furent cependant peu nombreuses, en grande partie dû au fait que nous empruntâmes des sentiers à flanc de montagnes qui laissaient peu de place aux mauvaises rencontres. Chaque jour de voyage se révéla plus rude que le précédent, que le froid mordant rendait encore plus pénible.
Enfin nous arrivâmes au ‘’Pont Volant’’ pour la plus étrange des traversées : à bord d’une plate-forme suspendue à un système de câbles nous descendions pour atteindre la dernière vallée du monde connu. Nous étions tels des oiseaux-tempêtes, entre ciel et terre. C’est ainsi que nous découvrîmes les landes les plus éloignées de Méridian du côté du couchant. J’étais prise entre l’excitation de la découverte et l’anxiété de faire face à tous ces nouveaux dangers.
Notre petite troupe (une quinzaine de personnes, vendeurs de bien divers principalement mais également quelques chasseurs aguerris ainsi qu’une scribouillarde du Palais – moi) se mit en marche en direction de Scoroc, la dernière ville avant la grande Porte de l’Ouest. De fait de ville, il ne s’agit plutôt que d’un gigantesque atelier où se travaille le bois pour toute la région. On y rencontre principalement des bûcherons, des charpentiers et des menuisiers.
Tenant une place centrale au milieu des commerces et des lieux d’habitation se trouve un immense lieu de vie faisant office à la fois de bistrot, de restaurant, de forge, de lieu de ‘rencontres’, de salle de jeu, de scène de spectacle et même de centre administratif ! Un bien drôle d’endroit où l’étiquette de la capitale semble avoir pris ses aises. Ici les Oserams règnent en maîtres et leur rudesse ainsi que leur enthousiasme très volubile font de Scoroc une halte bucolique pleine de plaisirs divers.
J’y passais quelques jours où je recueillais scrupuleusement témoignages et tranches de vie. C’était la seconde fois en peu de temps que quelqu’un s’intéressait à ces gens humbles et travailleurs. La Sauveuse était passée par ici et avait comme à son habitude laissée des traces à la fois dans les corps et les esprits.
La bande de vauriens se prétendant marchands avait filé dès le lendemain de notre arrivée et c’est donc avec Refau (un jeune chasseur plein d’entrain) et un tailleur de pierre que je me rendais à la carrière qui éventrait tout un pan de montagne. L’activité n’y cessait jamais, de jour comme de nuit. Les gaillards qui y donnaient des coups de pioche n’étant pas des plus bavards je ne m’y attardai pas. Un garde nous accompagna Refau et moi-même jusqu’à Cagnard, qui marquait la limite du royaume de l’ Héliaume. Nul ou presque ne s’était aventuré au-delà de la Grande Porte depuis la fin des sinistres Raids Rouges.
C’est ici que Refau me quitta pour rejoindre un groupe de chasseurs prêts à partir pour une traque qui prendrait bien des jours et des nuits. De mon côté je restai des heures à observer ces territoires mystérieux depuis les derniers remparts du monde civilisé. Par-delà ces enceintes, la sauvagerie, la cruauté, la bestialité de peuples ignorants. Et c’est là qu’il me fallait voyager pour accomplir mon devoir !
Je passai une journée entière à me préparer pour ce périple. De très nombreuses armes étaient disponibles, et ce pour toutes les bourses. Lances, arcs, pics, lance-pierres à ne plus savoir qu’en faire. Je me décidai pour un lance-disque de facture artisanale mais avec de nombreuses possibilités d’améliorations grâce à des bobines que je ne tarderai certainement pas à dénicher sur des machines belliqueuses. Je complétai avec une lance robuste mais sommaire qui je le savais ne ferait pas long feu (et encore moins que je ne le pensai). J’ajustai également ma tenue pour affronter des terrains hostiles de tout climat.
Là aussi le choix était large, entre vêtement de cérémonie et armure légère. J’optai pour une approche médiane, à la fois fonctionnelle et classieuse d’inspiration Carja avec une touche de Nora. Là encore des tissus ajustables permettront d’augmenter les capacités de mes habits en fonction de mes besoins. Pour le moment cela ferait l’affaire. Il le faudrait bien, mes finances avaient atteint leur limite.
Le lendemain à l’aube, je franchissais la frontière en compagnie de ferrailleurs bien trop jeunes à mon goût pour affronter l’inconnu.
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- Vestige des temps anciens. La ligne au sol marque la démarcation officielle entre le Royaume du Roi-Soleil et les Terres Claniques des Tenakths.
CHOC DES CULTURES
Je reprends ce journal après bien des péripéties. Pour tout dire je pensais l’avoir égaré et c’est avec surprise que je le retrouve ce soir au fond de ma besace alors que je tente de me reposer auprès d’un feu bienvenu. Autour de moi se dressent les messages holographiques des « Dix », les Anciens autour desquels toute une civilisation s’est construite : les Tenakths.
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- Un édifice en mémoire des Dix, de valeureux combattants de l’Ancien Monde qui inspirent toutes les croyances Tenakths
Fiers guerriers – trop selon moi – ils viennent de traverser une guerre civile opposant les rebelles de Regalla aux restes des trois tribus qui composent ce peuple. Cette rébellion aura eu pour effet bénéfique d’unir les différents clans qui cessèrent de se taper dessus pour faire face à une plus grande menace. Répartis entre les Tenakths du Ciel, de la Terre et du Désert, le Bosquet de la Mémoire où je me trouve actuellement constitue le centre culturel et religieux de ces trois peuplades. Un lieu neutre où trône leur Commandant Hekarro, chef à la fois plein de sagesse et de force qui maintient tant bien que mal la paix, fragile sur ses terres.
Sous leur aspect rustre et leur attitude méfiante se cache toutefois une certaine culture qui mérite d’être découverte. Avec en point d’orgue le jeu de plateau Attakth, qui se révèle étonnamment bien plus stratégique et fin que ne le laisse supposer le premier coup d’œil. J’avoue humblement n’être à ce jour qu’une novice, malgré mes nombreuses parties (toutes plus laborieuses les unes que les autres). Mais je ne désespère pas et persévère dans mon initiation, chaque partie perdue me rapprochant du moment où j’obtiendrai enfin une victoire.
Leur immense royaume s’étend d’une mer de sable aride au sud aux montagnes enneigées du nord en passant par une jungle luxuriante nichée dans la plaine centrale. Des vestiges lumineux de Las Vegas à la rusticité hivernale du Rempart bien à l’abri derrière sa haute muraille naturelle, que de contraste et d’environnements changeants !
L’étendue de ces territoires me laisse souvent songeuse car malgré mes nombreux voyages en leur sein, je n’ai fait qu’effleurer leur superficie. Il faudrait mille vies pour en parcourir l’intégralité !
Les Tenakths ne furent pas les seuls que je découvrais en ce pays étrange. De nature aussi douce que ces derniers sont rudes, les Utarus occupent les terres comprises entre celles des guerriers tenaces et l’Héliaume. Cette zone intermédiaire sert alors de tampon ténu entre nos deux mondes et les gens qui y vivent se retrouvèrent bien malgré eux au centre des conflits sanglants qui nous opposèrent du temps des Raids Rouges.
Très liée à la nature et vivant en symbiose avec une catégorie de machines laboureuses qu’elle vénère telles des déesses, cette peuplade a su adapter son mode de vie à son environnement de la plus harmonieuse des manières. Il est étonnant de trouver de telles personnes coincées entre les violents Tenakhts et les conquérants Oserams, et encore plus de constater que leur civilisation perdure malgré leurs turbulents voisins.
Au nord de Mélopée leur capitale, se cache une vallée perdue qui semble avoir été préservée de toutes les turpitudes de l’histoire. C’est un endroit sacré que peu d’étrangers ont eu l’honneur de découvrir et c’est avec une certaine fierté que je me vante d’en faire partie.
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- Des Utarus prenant une pause lors de leur travail des champs. On aperçoit un laboureur en arrière-plan, rare exemple de communion réussie entre humain et machine
À l’ouest de l’Ouest Prohibé, on arrive à ce qu’il semble être le bout du monde. Une étendue d’eau sans fin, plus que je n’aurai jamais pu le croire, s’étend jusqu’à l’Horizon. Arkim, l’éclaireur d’un petit village du littoral m’apprit que l’on nommait cela « L’Océan ». Un certain vertige me gagna devant l’immensité de ce qui se trouvait devant moi. Je pense que je n’étais pas prête pour une telle découverte.
Durant la majeure partie de ma vie, mon monde se limitait aux murailles de Méridian, avec L’Héliaume comme frontière indépassable. Au-delà, il n’y avait que Ténèbres, Machines et Mort. Ces derniers jours me donnèrent tort. Il y a bien plus par-delà L’Héliaume qu’aucun Carja ne saurait l’imaginer dans ses rêves les plus fous.
Mon trouble ne fit que grandir quand je rencontrais les Quens, qui prétendent venir de territoires situés depuis « l’autre côté de l’Océan ». Comment cela est-il ne serait-ce que possible ?! Voyageant à bord d’embarcations aussi grandes que plusieurs bâtiments, ils sont parvenus jusqu’ici afin de résoudre leur problème de pénurie d’eau potable et de nourriture. La Sauveuse leur vint en aide et une partie d’entre eux rebroussèrent chemin pour faire rapport de leurs découvertes à leur Empereur tandis qu’une délégation prit position dans les ruines de ce qui fut autrefois une ville majeure des Anciens, un lieu presque entièrement sous les eaux portant le nom d’un certain François, de toute évidence sanctifié.
Ouvert au dialogue mais avec réserves, leurs coutumes sont déconcertantes. Toutefois ils semblent être plus proches de notre civilisation en termes d’avancées scientifiques que ne le sont les Tenakths. Voir même peut-être plus avancées encore. Ce qui me perturbe profondément. Des gens qu’il faut garder à l’œil – j’enverrai un courrier à Père à leur sujet dès que possible.
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- Des Quens se sont installés sur cette île sinistre. Leurs navires sont impressionants, ainsi que leur gens…
À plusieurs reprises on me rapporta également l’apparition de mystérieux individus tout de blancs vêtus et capables de prouesses digne du Soleil lui-même. Flottant dans le ciel, manipulant la lumière, changeant de forme… De belles balivernes mais les témoignages abondent de braves gens qui pourtant ne se sont jamais côtoyés, ce qui est assez stupéfiant. Je reste curieuse de connaître le fin mot de cette histoire.
LA SAUVEUSE
Après de longues recherches et beaucoup d’insistance, c’est dans une ruine de l’ancien monde que je rencontrai enfin Aloy. L’endroit était rien de moins qu’extraordinaire, bien qu’un peu austère. La froideur de ces murs était cependant contrastée par la présence de plantes et d’objets décoratifs provenant visiblement de toutes les cultures connues, ceci dans le but évident de tenter d’égayer l’atmosphère des lieux. Sans succès.
Après que ma guide Utaru m’ait fait attendre dans une salle commune qui semblait faire office de bar, je la voyais enfin de mes propres yeux. La Sauveuse de Méridian. Je ne l’avais aperçue qu’une seule fois, de loin, lors de la Grande Bataille qui eut lieu dans le Palais. Mais de près elle était encore plus impressionnante. Avec sa chevelure flamboyante et sa posture impériale, elle dégageait une aura et une confiance en elle qui semblait sans bornes. Elle me proposa de nous asseoir autour d’une table munie d’un plateau d’Attakh, où une partie laissée en suspens n’attendait que de se poursuivre. Une bonne idée pour briser la glace.
Elle se révéla une aussi piètre joueuse que moi, ce qui nous fit beaucoup rire. En arrière-plan je distinguai deux personnes qui vaquaient à leurs occupations. La première était une jeune fille élégante en tenue blanche qui semblait être la jeune sœur d’Aloy (d’où sortait-elle ?) et la seconde un homme d’âge mûr à l’air méprisant qui se déplaçait en silence. On ne me les présenta pas.
Compte-rendu de la conversation entre Erca Keb, scribe Honoraire de l’Héliaume et Aloy de la tribu des Noras, Sauveuse de Méridian.
Moi : Pourquoi être venu dans cette partie du monde ? Qu’êtes-vous venue chercher ?
Aloy : Ce serait un peu long à expliquer mais disons qu’en gros je suis venue en territoire Tenakth pour restaurer une entité du nom de Gaia, qui avait besoin de retrouver trois de ses ‘enfants’ pour pouvoir être assez forte afin d’en récupérer un quatrième qui lui menace le monde. Oui il s’agit d’une famille assez dysfonctionnelle. Ce faisant je me suis retrouvé embarquée dans une histoire de rébellion qui cachait quelque chose de plus grand et de fil en aiguille j’ai dû aider beaucoup de personnes de la région pour arriver à mes fins. Ce fut assez complexe mais très enrichissant.
Moi : il semblerait que vous ayez réussi votre entreprise. Tout danger est donc écarté ?
Aloy (avec une moue) : À un certain niveau oui. Mais un problème bien plus grand a fait surface depuis suite à de grandes révélations… Je crains qu’un danger bien plus difficile à combattre ne se précipite vers nous. Mais le moment n’est pas venu d’évoquer ce sujet…
Moi : Vraiment ? Et si je me permets d’insister ?
Aloy (avec un regard appuyé) : Et bien n’insistez pas !
Moi : OK, très bien. (silence pesant, puis je reprends). Passons à un autre sujet si vous le voulez bien. Qu’elle a été la découverte la plus surprenante pour vous dans l’Ouest Prohibé ?
Aloy (après un instant de réflexion) : Je dirai les nouvelles machines. Elles ont des fonctions similaires à celles de chez nous mais avec des formes différentes. Apparemment elles sont toujours inspirées d’animaux du passé mais certains modèles viendraient d’espèces éteintes depuis avant même l’apparition des Anciens. J’avoue ne pas tout saisir moi-même. Dans tous les cas elles restent extrêmement ardues à combattre, même si avec l’expérience et un matériel adéquat on parvient à en venir à bout plus facilement.
Moi : Certains affirment vous avoir vu voler à dos de machines volantes. Est-ce vrai ? Les machines terrestres ne vous suffisaient plus ?
Aloy : C’est vrai. Je songe même à créer une escadrille avec des combattants Tenakths volontaires. C’est actuellement en pourparlers mais je ne doute pas que cela va se faire très rapidement. Mais pas de précipitations. Avant de passer aux Ailes-D’Hélion ils devront maîtriser des montures comme les coureuses ou les Galop-Griffes. On étendra ensuite aux autres peuples après quelque temps.
Moi : J’ai entendu dire également que vous formiez des gens à cet étrange appareil que vous nommez Focus. Dans quel but ?
Aloy : Pour la vérité. Le monde tel que nous le connaissons est une conséquence de graves erreurs du passé. Les Anciens n’étaient pas aussi vertueux que nous voulons bien le croire. Ils ont mené la Terre à sa perte et ont tenté d’y répondre de la pire des manières. Et ma propre ancêtre Elisabet Sobeck a tout fait pour préserver la vie. D’une manière audacieuse et inattendue certes mais elle y est parvenue.
Moi : La Terre ? Elisabet Sobeck ?
Aloy (avec un air amusé) : Voilà la raison pour laquelle il vous faut un Focus à vous aussi. La Terre est la planète sur laquelle nous vivons. Elisabet Sobeck était une femme à la tête d’Aube Zéro lors de la disparition des Anciens. Et mon ancêtre.
Moi : Une planète ? Je ne sais plus trop quoi dire… Vous connaissez visiblement beaucoup plus de choses que ce que toutes les histoires qu’on entend sur vous ne le prétendent…
Aloy : Vous en saurez bientôt quasiment autant que moi. Et une planète oui. Il va vous falloir bosser dur pour vous mettre à jour question astronomie, parce que ce fameux nouveau danger qui nous menace débarque tout droit des étoiles.
Je restai interdit. Je ne comprenais pas un mot de ce que disait la Sauveuse. Devant ma mine déconfite elle se leva et sortit un petit objet triangulaire de son sac de réserve. Un Focus. Elle me le tendit et m’encouragea par ces mots :
« Bienvenue dans l’équipe ! »
ERREUR DE CODES
Cela fait bien longtemps que je n’ai pas écrit dans ce journal. Il faut dire que ces dernières lunes furent bien remplies. Depuis que j’ai découvert les capacités du Focus, tout a basculé. Je restai un long moment à la base d’Aloy où l’on m’enseigna l’histoire, la géographie, les mathématiques… et surtout la culture des Anciens suivi de la vérité de leur disparition. Une tragédie remplie de destins brisés. Mes nuits restent encore et toujours hantées par les voix des ancêtres affrontant leur mort imminente lors de la chute de l’Ancien Monde.
Je suis de retour à Méridian, bien à l’abri dans l’officine de mon père qui m’accorde désormais un espace pour pouvoir accomplir mon devoir envers Aloy. Deux pièces entières, c’est plus que je n’en aurai jamais demandé. Elles servent principalement de salles d’étude pour ceux qu’on a décidé de nommer les Devins (expressions venues du peuple Quen) : des Carjas triés sur le volet auxquels on confie des Focus afin de répandre la vérité. Afin surtout de les préparer à la menace qui gronde. On connaît quelques échecs mineurs contrebalancés par de franches réussites.
Le modèle commun que l’on m’a chargé de distribuer est un Focus de type PS4 première génération, de bonne facture mais pas le dernier existant. L’appareil connaît tout de même quelques ratés, plus ou moins contrariant. Il arrive par exemple fréquemment qu’il se coupe pour charger de nouvelles données, ce qui donne un léger écran noir qui dure quelques secondes. Cela se produit sans prévenir en des endroits très divers et non définis. Les modèles PS5 sont paraît-il bien plus performant dans le domaine du traitement de l’information. Je ne demande qu’à le croire.
Il se peut aussi lors de trajets à dos de monture mécanique que l’on perde le contact avec notre animal robotique. On se retrouve alors coincé quelques instants à ne pas savoir quoi faire d’autre qu’à houspiller notre pauvre bête, le temps qu’elle reprenne ses esprits. Et bien entendu, les machines se dérèglent toujours au pire des endroits, à savoir à proximité d’autres machines, qui elles n’hésitent pas à nous sauter dessus pour nous découper en tranches. Peut-être les robots non-apprivoisés parviennent-ils à pirater nos montures à distance et les perturber ? Cela reste une possibilité.
Il existe également des problèmes d’affichage du Focus lorsqu’on se met à zoomer. Apparition/disparition de végétation, des pans de murs qui manquent de textures ou de détails, des lumières clignotantes, ce genre de choses. Les premières fois cela reste tout de même assez perturbant mais rien de bien dramatique. On s’y fait.
Autre phénomène étrange qui m’a fortement agacé. Est-il dû à un air contaminé, à des plantes toxiques ou à un quelconque dérèglement physiologique ? Quelle qu’en soit la raison cela nous fait perdre le contrôle de nos moyens. On veut aller à droite mais on part à gauche. On veut escalader vers la paroi en hauteur mais on saute sur la plate-forme en contrebas. On dirige notre monture pour qu’elle contourne l’obstacle par l’aval mais elle le franchit par l’amont. Je me demande souvent si le problème ne viendrait pas en fin de compte de cette fichue bière Oseram bon marché sur laquelle il va sérieusement falloir que je ralentisse ma consommation…
Le plus gros souci que je rencontrai fut de loin lorsqu’aux feux de camp de manière récurrente je tombai purement et simplement dans les pommes. J’en ignore la raison mais d’après Gaia, le système de sauvegarde de mon Focus était corrompu, ce qui entraînait ce dysfonctionnement très désagréable. Lorsque cela se produisait l’appareil expulsait le disque de données et il me fallait tout faire repartir depuis le menu. Cela me contrariait au plus haut point et je finis même par me demander si je serai capable de poursuivre jusqu’au bout ma mission. Ce qui fut Heureusement le cas.
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De mon voyage dans l’Ouest Prohibé je retiendrai principalement mes nombreuses rencontres, des aventures étonnantes et des environnements qui laissent bouche bée. Aussi des combats ardus contre des machines vraiment retorses où j’ai bien trop souvent frôlé la mort (je n’ose imaginer combattre les mastodontes dont Aloy semble faire peu de cas. Elle est clairement d’un autre niveau). J’y eut de plus des révélations qui bousculèrent complètement ma vision du monde et ce jusqu’au plus profond de mon âme. Le Soleil a désormais atteint son zénith en mon for intérieur et l’avenir qui se dessine semble certes empli de dangers mais aussi de folles espérances.
Depuis mon retour de cet éprouvant périple je lève souvent les yeux vers les étoiles en me demandant quelles autres surprises elles nous réservent. Père reste circonspect face aux révélations que L’Héroïne m’a demandé de rapporter au Palais mais il me soutient tout de même face à la cour du Roi-Soleil. Son Éminence elle-même est convaincue des dires de la Sauveuse, pour laquelle il a le plus profond respect. Et sous l’excitation de ce futur pourtant redouté nous attendons tous les prochaines aventures d’Aloy qui j’en suis certaine ne tarderont pas à se faire connaître.
Erca Keb
Scribe Honoraire du Palais de Méridian, capitale de l’Héliaume




















