Alors qu’il nous contait les années folles du début des années 90 dans son premier ouvrage (à retrouver ici), Pascal continue son voyage à travers le temps pour nous en dévoiler davantage sur le constructeur historique au travers d’un deuxième tome en cours d’écriture.
Si vous avez aimé découvrir le premier volume des chroniques de Maître SEGA, nous vous proposons de lire le début de l’introduction du prochain chapitre de cette histoire, qui promet d’être encore plus palpitante !
Vous pouvez également retrouver ici l’interview de Pascal, rencontré en toute détente dans une salle d’arcade parisienne !
Merci à lui pour le partage de ces lignes et bonne lecture à tous !
TRON STORY
Ou comment je suis devenu Maître Sega.
Dans le précédent volume des « Chroniques de Maître Sega », je souhaitais mettre l’accent en me focalisant essentiellement sur ce qu’il est convenu d’appeler maintenant « les années folles » du jeu vidéo, autant dans un effort de mémoire, de divertissement et aussi de pure nostalgie : une cuvée aussi exceptionnelle que fantastique pour Sega en France, en Europe et un peu partout dans le monde. Et s’il ne devait rester qu’un souvenir de la grande épopée de Sega en France ce serait évidemment celui-là ! Si la montée des eaux avait très certainement commencé vigoureusement dès 1989, à fortiori 1990 c’est surtout pendant les années 91, 92 et 93 que cette montée s’est transformée en raz de marée emportant vraiment tout sur son passage.
C’est dans l’écume abondante de cette tempétueuse agitation océanique qu’a jailli tout aussi frénétiquement que fièrement « Maître Sega ». Il s’illuminera de mille feux et rayonnera comme le Soleil généreux marquant définitivement le coeur et l’esprit du grand public, joueurs comme non joueurs. Il était très important pour moi de vous transmettre, de vous faire partager et peut être même, pour beaucoup d’entre vous, de vous faire revivre ces années d’illuminations vidéo ludique maximum, gorgées de fêtes, de rencontres, de liesse vécues par des millions de jeunes, comme de moins jeunes joueurs, à travers l’œil d’un des plus grands, sinon le plus grand privilégié de cette époque en France : the « Sega Master », dont je fus l’un des avatars, et pour lequel je reste l’un des plus fidèles acteur et maintenant narrateur. Nous avons porté et nous avons rempli cette mission le plus souvent avec passion bien sur, une joie intense et contagieuse, une ambition certaine, une motivation absolue et parfois même jusqu’à la dévotion.
J’ai donc spontanément raconté le début de mon histoire Sega, en partie du point de vue du « Gaming » bien entendu, mais probablement bien trop succinctement pour de nombreux « lecteurs joueurs », car je voulais vraiment que les années 91/92/93 soient au coeur du premier Tome et qu’elles soient perçues exactement comme ce qu’elles ont été et qu’elles resteront dans l’inconscient collectif : absolument démentielles et surtout merveilleusement humaines ! Comme s’il s’agissait peut-être, également, de répondre, et de tordre le cou, une bonne fois pour toutes, aux tristes sirs, à toutes celles et tous ceux qui n’ont jamais rien compris aux jeux vidéo et ne comprendront jamais rien, qui ont tenté de le vilipender, le mettre au rang des accusés, des mêmes maux aussi stupides que ceux qui seront tombés auparavant sur la littérature, la musique, la radio, le cinéma et la télévision : ces nouvelles et donc ces « sous-cultures » !?! Avant qu’elles ne gagnent en respectabilité. Avant qu’elles ne bouleversent définitivement la hiérarchie.
Le jeu vidéo est maintenant reconnu comme un art majeur, n’en déplaise à certains, mais il l’était depuis ces débuts, même si ça n’était pas forcément des plus flagrants quand deux raquettes, ou plutôt deux grandes barres lumineuses se renvoyaient frénétiquement un petit carré sur le fond d’un encore bien sombre écran ! Art et divertissement majeur qui s’absorbent, se partagent et se transmettent… Mais comme toute chose, il ne faut pas en abuser, et à fortiori il faut continuer à cultiver sa curiosité, ces envies sans qu’aucune ne puisse éradiquer définitivement les autres. Sans qu’aucune ne puisse prendre toute la place, et ne rien laisser aux autres sinon peut-être quelques miettes. Cette passion intense du jeu vidéo, qui me faisait parfois jouer douze heures sur vingt quatre, six jours sur sept sur de petites périodes de quelques semaines, ne m’a jamais empêché de me socialiser, de me sociabiliser, même si pas autant que j’aurais aimé, n’ayant hélas pas le don d’ubiquité mais combattant souvent ma timidité, précisément par cette passion à travers les évènements et les salons.
Ma passion du jeu vidéo fut illimitée pendant près de vingt ans mais elle n’a jamais évacué, jamais remplacé, mes éternelles passions pour le Cinéma, les contes et les légendes en général, la mythologie grecque en particulier, l’astronomie, l’astrophysique et les sciences de l’éveil et de la vie. Une insatiable curiosité qui aura trouvé dans et autour du jeu vidéo, de très nombreuses années, des découvertes et défis de toutes natures, architecturant avec bonheur et délice mes petits circuits neuronaux, à fortiori le schéma intellectuel comme émotionnel de mes pensées et de ma conscience ! Même si je ne renierai jamais une partie de « Mortal Kombat », de « Streets of Rage » ou de « NHL Hockey », je me suis gavé et donc rempli de jeux de stratégie, de réflexion, d’aventures et de rôles. Megalomania, Sim City, Ultima 4, Phantasy Star, Shining Force, Landstalker, Rings of Power, Bubble Bobble, Centurion, Dune, Tomb Raider, Bust A Move, Dr Robotnik’s Mean Bean Machine, Ecco le Dauphin, j’en passe et des meilleurs. Comme auparavant j’avais pu me rassasier des contes d’Andersen, des 1001 nuits, des contes de Grimm, ceux de Charles Perrault et tant d’autres. Tant et tant de jeux vidéo qui ouvrent de nombreuses portes de notre imagination, offrant donc la possibilité d’en ouvrir de nouvelles. Si le jeu vidéo est un Art, il est également une fête immense, continue et partagée, dans un salon ou dans une cours de récré, et j’espère lui avoir rendu l’hommage sincère qu’il méritera toujours pour nous donner autant de bonheur.
Dans ce deuxième Tome des Chroniques, le gaming va revenir au coeur de l’action. « Le Jeu » : ce si puissant moteur, ce for intérieur, qui parfois peut se transformer en addiction, voire en véritable Démon, chez beaucoup de gamers, en particulier chez les passionnés de Sega, et pas que les Masters, amateurs plus qu’aucun autre de sensation forte, et au moins à cette époque… Voici donc, et en détails cette fois : Où, QUAND et COMMENT le Démon du jeu vidéo s’est emparé de moi. Me poussant inévitablement au destin qui sera le mien : celui d’un Maître Sega, marqué au fer rouge et pour toujours.
1978. Claude François meurt électrocuté dans sa baignoire. Carton de sa chanson « Alexandrie, Alexandra ». Dorothée lance et présente Récré A2 : Première diffusion de Goldorak, des millions d’enfants, comme moi, complètement accrocs ! La chanson du robot géant, interprétée par Noam, se classe parmi les meilleures ventes 45 tours de l’année. Le film « Les Bronzés » sort au cinéma (il a un malaise le peignoir ?) Premier Paris Dakar. Premier succès pour le chanteur Daniel Balavoine et « ça plane pour moi » pour Plastic Bertrand.
Et ça va planer pour tous les geeks du monde entier. Je découvre la première console de jeux vidéo pour le grand public, la Magnavox Odyssey, il s’agit donc de ma première grosse « injection ». Suivront les Game & Watch de Nintendo, dans les cours de récréation avec notamment Donkey et le Plombier pas Polonais, puis le Commodore 64 au début et au milieu des années 80 et dans les salons. Si les sensations et le plaisir étaient déjà très intenses, elles ne m’avaient pas préparé aux chocs que j’allais vivre huit ans plus tard en deux temps et trois mouvements ! 1986 sera comme la grosse, la très grosse injection, le mega shoot historique, overdose à la limite, connexion mystique, et qui va me rendre totalement accroc, et dans des conditions qui flirteront avec le péché !!!
J’avais entendu parler des bornes d’arcades, ces magnifiques et spectaculaires mobiliers installés dans des bars et autres cafés, offrant le plus souvent des aventures vidéo ludiques aussi intenses que colorées, aussi riches que merveilleusement sonorisées et rythmées. Probablement les avais-je déjà approchées de près, à l’occasion y avais-je même joué, en quelques circonstances diverses et variées, dévorant des fantômes de toutes les couleurs sur Pac Man ou blastérisant des hordes de soucoupes volantes rangées comme des boites de sardines dans un supermarché comme dans le jeu Space Invaders. Toujours en étant accompagné par des adultes, certainement mes parents, car les enfants seuls n’étaient pas autorisés à venir, et surtout à rester près de ces machines infernales. Expériences déjà hypnotiques mais trop courtes pour y plonger tout entier. Il en sera tout autrement en 1986.
A NOUS LES PETITES ANGLAISES !
1986 la bien heureuse, nous y arrivons. Année de la première cohabitation sous la cinquième république. Jacques Chirac devient le premier ministre de François Mitterand. Le FN de Jean Marie Le Pen entre à l’assemblée avec trente-cinq députés : c’est le choc pour une très grande partie de la population française. Mais nous sommes alors surtout, nous les jeunes, les ados, tournés vers la musique, la fête et ses nombreuses « Booms » !!! Et ça tombe bien car c’est également la folie du « TOP 50 » et il s’est invité chez tous les jeun’s pour une année particulièrement faste côté musique, les artistes français comme étrangers avec notamment la New Wave et Depeche Mode en tête. Le nombre de boite de nuits explose et je ferai donc le mur, à l’occasion et comme beaucoup d’autres, avec mon frère ainé, littéralement avec une échelle, et pour sortir de ma chambre au premier étage, puis à dos de MTX Honda et pour aller danser dans des clubs plus ou moins perdus, autour d’Auxerre, et bien avant l’incontournable et monopolistique « Styliss ».
C’est une année de confirmation et même de consécration pour le Top 50, avec l’émergence des clips vidéo qualité cinématographique, des Rita Mitsouko, des Démons de Minuit, d’Eve lève-toi, de Comme un Ouragan, de Mylène Farmer et de sa Libertine et en passant par Indochine. Catherine Lara chante « Nuit Magique » (elle deviendra bientôt accroc aux consoles Nintendo) et un petit jeune nommé Marc Lavoine se fait connaitre avec son « Parking des Anges » (Un parking très heureux que je trouverai également cette année !?!). Le chanteur également des « Yeux revolvers », deviendra Sega Maniaque et passera toute une après-midi enchantée avec nous, les Maîtres Sega, quelques années plus tard. On lui collera quelques baffes dans Street of Rage. C’est aussi la disparition de Daniel Balavoine dans un accident d’hélicoptère sur le Dakar et celle de Coluche à Moto. Et je peux refermer la parenthèse avec le carton de « L’Aziza » de Balavoine, comme réponse volontaire et assumée à la montée du Front National.
Je suis donc un ado, et comme la plupart de ceux qui m’entourent : en pleine surtension émotionnelle, nous sommes alors en quête d’aventures XXL. Mon camarade de classe Julien Xavier et moi sommes en voyage scolaire de fin d’année scolaire, près d’Oxford en Angleterre, et nous avions eu la merveilleuse idée, pour certains, la très fâcheuse idée pour d’autres, de siffler et d’interpeller de joyeuses et espiègles « petites anglaises » devant la maison de nos hôtes, le premier ou le deuxième soir de notre arrivée. Une initiative qui venait totalement de Julien mais je l’accompagnerai et l’encouragerai fort bien. Les adolescentes locales semblaient particulièrement très réceptives à ces propositions d’interactions et de connexions diverses et variées et nous pensions vraiment pouvoir améliorer nos capacités linguistiques par cette rencontre aussi exotique que spontanée!
Le tunnel sous la manche n’existe pas et les transferts importants anglo-français de population de part et d’autre n’ont donc pas encore commencé : nous bénéficions donc à plein de cette réputation de « french lovers » ainsi que d’un effet de rareté ! « A nous les petites Anglaises », une comédie de mœurs française très légère de 1976 et encore populaire dix ans après, devait certainement résonner dans nos têtes d’ados insouciants, en pleine explosion et autres perturbations hormonales ! La bande annonce du film était très claire : « Envoyer vos enfants en Angleterre » avec un extrait du film des plus racoleurs « Puisque je te dis qu’elles baisent les Anglaises c’est connu !!! Là-bas on aura qu’à lever le petit doigt !!! ». Pas sur que le film ait rencontré le même succès des deux côtés de la Manche mais en France, il fut longtemps un « référence » (bonne ou mauvaise) pour nombre d’ados, pas encore « finis », tout juste commencés !!!
Nos prospectives sur le sujet semblaient vouloir être couronnées de succès et nous aurions nous aussi « nos petites Anglaises », mais c’était sans compter notre famille d’accueil, comme celles du voisinage et donc de celles de ces naïves britanniques, et ça se finirait donc plutôt par : « No, No, No !!! Petites anglaises » ! Nous avions franchi une ligne rouge et devenions alors immédiatement le danger de tout un quartier ! Nous allions le payer aussitôt. Pour être sûr que nous ne ferions pas de bêtises, nos deux hôtes vont nous embarquer tous les deux, toute la soirée, dans leur Pub ! Mais comme nous ne sommes pas majeurs, ils vont nous abandonner, nous enfermer le temps de la soirée dans une petite salle juste à côté, avec un ridicule paquet de chips goût vinaigre !?! Une boisson et avec, pour seule distraction, et pour plusieurs heures, une borne d’arcade !!! Que je n’avais pas vraiment calculée dans les premières minutes de notre arrivée, car elle était inerte, débranchée comme nous pouvions l’être nous mêmes à cet instant: vidés.
C’est donc un peu, beaucoup, la soupe à la grimace, quand nous arrivons. Nous nous installons, mais après avoir soufflé bon nombre de fois par dépit, voire par désespoir, en repensant à ces jeunes et jolies anglaises toutes émoustillées, je découvre tout le trésor potentiel et l’extraordinaire pouvoir mystérieux de ce mobilier vidéo ludique qui est là, tout près de moi, mais qui ne montre, pour le moment, aucun signe de vie. Je me rappelle tellement précisément de ce moment incroyable ou j’étais attiré physiquement, totalement, par cet objet fantasmatique !
Des vibrations, des ondes d’une puissance inimaginables s’exerçaient alors sur moi et comme un aimant magnétique, j’avancerai vers lui comme un aimant mystique. Il me faudra rencontrer la plus souriante et la plus attirante des femmes, plus tard, pour me faire au moins autant d’effets. La situation était mémorable car j’étais seul physiquement, ou presque, intégralement nu psychiquement, débarrassé de tout le reste, du moindre parasite, et donc totalement ouvert à cette machine qui me paraissait gigantesque, en prenant l’intégralité de mon champ de vision. Elle semblait n’être là que pour moi en cet instant tragi-comique, ou j’abandonnais illusions comme pulsions plus ou moins « romantiques » !!! Le temps était suspendu et il le restera dans un coin de ma mémoire, près de quarante après.
J’étais comme Indiana Jones trouvant l’Arche d’Alliance ou le Cadran de la Destinée. J’étais comme Arthur Pendragon s’approchant de l’Épée Excalibur plantée dans son rocher. Une aura magique extrêmement puissante et vibrante entourait cet artefact technologique et elle s’emparait de moi, me pénétrant et me modifiant déjà en profondeur. C’était visuellement exactement comme dans le film « Tron » de Walt Disney, ou le héros avançait vers cette machine, un ordinateur, pour passer, pour entrer dans une autre dimension. « Je rêvais sans arrêt d’un monde que je pensais ne jamais voir, et un jour il s’est passé quelque chose, quelque chose d’extraordinaire… » Comme le racontera « Kevin Flynn » le héros de Tron a son fils Sam. Rejeton également talentueux, sur les traces de son père, il s’avancera lui aussi jusqu’à la porte de Tron, après être passé entre de nombreuses vieilles machines d’arcades poussiéreuses et débranchées.
La Borne tout droit sortie de mes rêves, totalement surnaturelle, m’apparaissait donc comme le plus incroyable et le plus fascinant des Graals : plus grande que je ne l’étais du haut de mes treize ans, et d’autant plus, qu’à cet instant, elle dormait comme un dragon endormi au fond de sa cachette, dans une grotte aussi profonde et sombre, que secrète, et il n’était pas certain qu’on puisse la réveiller, la faire émerger ! Elle n’était pas branchée mais moi j’étais survolté, le courant, entre nous, allait forcément passer. Entre le jour de ma naissance et celui de ma mort, le Destin, impeccablement et toujours aussi majestueusement, s’était invité, et il avançait près de moi plus près que jamais. Je prenais facilement mon courage à deux mains pour tenter de réanimer la bête assoupie, en la branchant sur le secteur, et en me révélant alors, dans quel univers fantastique, elle allait bien pouvoir me faire basculer. Mon âme tout entière tomberait à la renverse si ça n’était pas déjà le cas. L’adrénaline jaillissant à profusion, le temps s’était, une nouvelle fois, arrêté, j’étais transporté par mille sensations et autant d’émotions pour un voyage probablement sans retour.
C’était vraiment comme dans un rêve et finalement ça le serait : on se rapproche et on caresse la perfection ! Car quelques secondes plus tard, j’allais découvrir dans un bonheur plus grand que l’Everest lui-même, j’allais pouvoir prendre et revêtir, l’armure étincelante du Roi Arthur !!! Non sans avoir fait glisser une première pièce de monnaie. Le légendaire Arthur Pendragon qui est à la recherche de sa dulcinée, traversant ruines, cimetières et enfers peuplés de démons volants et autres hordes de morts vivants, le Roi Arthur associé à la fabuleuse histoire des chevaliers de la table ronde !!! J’étais fasciné, surement comme beaucoup d’autres, par cette légende et j’étais encore rempli des vibrations et de l’émotion suscitées du film cultissime de John Boorman de 1981, mais vu personnellement très récemment. Je connaissais par cœur la formule magique de Merlin l’enchanteur (Annallnafratt…) le très puissant souffle dragon. Je connaissais tous les protagonistes : de Perceval, De Galaad, de Morgane, de Guenièvre, de Gauvains, de Mordred, de Lancelot, d’Uther Pendragon, souvent joués par de jeunes acteurs en devenir comme Gabriel Byrne, Liam Neeson, Patrick Stewart, Helen Mirren et tant d’autres.
Je découvrais donc l’incroyable, et désormais mythique partout dans le monde entier, jeu vidéo « Ghost’n Goblins » de la non moins mythique société « Capcom ». Javelot, dague, hache, torche, bouclier et crucifix me permettront de combattre et de me débarrasser de mes ennemis, et peut être retrouver ma tendre et très aimée Guenièvre, qui attend beaucoup de moi, pour la tirer de ce très mauvais pas. Car oui, en pure magie hypnotique, je suis bien devenu instantanément Arthur Pendragon !!! Le jeu est aussi fantastique qu’il peut être difficile, et même très difficile. Et il avait surtout subitement transformé ce moment aussi lymphatique que tragi-comique en pur moment de Bonheur, d’Évasion et d’Exaltation !!! Ouvrant une nouvelle porte à mon imagination en quête d’aventures et de défis et me sortant immédiatement de ma cloche de verre et donc de prisonnier. Avec une joie et une ardeur sans précédent, sinon peut être celles de l’enfant en bas âge, ouvrant ces merveilleux cadeaux de noël. J’avais de nouveau cinq ou six ans et j’étais accroc : clair, net et définitif. Je ne serai jamais Nintendo, je n’étais pas encore Commodore, pas encore Sega: j’étais juste CAPCOM à cet instant là !!!
Ces mobiliers magiques attiraient irrésistiblement chaque enfant ou adolescent passant à leurs côtés, du reste fallait-il encore être assez grand pour pouvoir se pencher sur l’écran. Quand c’était le cas, vous étiez, le plus souvent, saisi par ce pouvoir hypnotisant dont il était très difficile de se débarrasser une fois qu’il vous avez pénétré. Fort heureusement, ces machines se rendaient difficilement accessibles. Elles étaient, d’une part, réservées aux adultes, sauf à se retrouver coincé avec elles, dans des circonstances exceptionnelles, et surtout destinées à ceux qui étaient capables de l’alimenter par de nombreuses pièces, car ces dernières se faisaient dévorer en un rien de temps. Les bornes d’arcades devenaient vite, et souvent, une ruine pour ceux qui mettaient la main dessus ! Un accès limité donc et des plus exigeants, autant physiquement qu’économiquement pour un adolescent, et pourtant, à moins de se faire enfermer dans un bar ou un café, cette équation à trois inconnues, ou, quand et comment, serait résolue prochainement, dans des circonstances des plus singulières: uniques !?!
Nous rentrerions à Auxerre, avec des images « so british » plein la tête, des souvenirs le plus souvent très culinaires: des choses horribles à manger, du sucré avec du salé et au petit déjeuner, des chips au vinaigre, des tartines de gelée, de confitures et de viandes !?! BOUAAARRRRKKK ! Mais moi je rentrais surtout avec ce goût de l’Aventure incarné par ce bon roi Arthur sautant et gesticulant, avec ou sans armure, dans tous les sens pour se débarrasser de ces poursuivants obscurs plus vilains les uns que les autres par leurs natures. Ma vie en serait définitivement et totalement modifiée: incontestablement, mon Futur !!!
Cette première chute « au fond du chaudron » dont je ne me remettais pas, aller être suivi très très rapidement d’un rappel, encore plus puissant, bien plus violent et déstabilisant. Je serai alors pénétré dans chacune et la moindre de mes cellules ! Si l’Éternité peut être 1 jour, elle doit également pouvoir être une fraction de seconde. L’émotion transcende le temps et l’espace. Je n’avais pas encore quatorze ans, l’âge de nombreux tourments, et j’allais découvrir ma première salle d’Arcade, ma première grande chapelle du jeu vidéo, comme pour mon vrai baptême et à travers la très joyeuse fête foraine de fin d’année scolaire qui s’installait, comme chaque année, sur le grand parking de « La Noue », entre mon collège, que je fréquenterai de la 6ème à la 3ème donc, et le Stade de l’Abbé Deschamps, le temple footballistique de l’AJA et de son magicien : un certain Guy Roux. Un autre Maître Absolu dans sa catégorie; qui montrera que la passion, la jeunesse, la fougue, le travail, le bleu et le système D peuvent tout emporter et atteindre les sommets, la Gloire et le succès, au moins quelques instants, mais des moments gravés pour l’éternité.
Collégien dans la petite ville d’Auxerre, et depuis différentes fenêtres des salles dans lesquelles j’étudiais les Maths comme le Latin, je verrai débarquer chaque année des dizaines et des dizaines de forains dans leurs grands et beaux camions, sur ce parking de La Noue, immense parc de stationnement, qui sert également à accueillir tous les véhicules d’amateurs de football et de l’AJA. Il va alors, petit à petit, se transformer en cette vaste fête à laquelle chaque jeune souhaitait ardemment, et plus que tout, participer, d’une manière ou d’une autre : Trains fantômes, Palais des Mirrois, Auto tamponneuses, Barbes à papa, Pommes d’Amour, Bateaux Pirates, Roue géante, j’en passe et de plus sensationnels qui remplissaient les ventres ou les vidaient ! Il deviendrait bientôt « mon Parking des Anges ».
Bien que friand de toutes ces manèges, mon attention serait vite et même très vite accaparée par de nouvelles attractions : les jeux vidéo ! A fortiori les machines d’arcade qui commencent alors à proposer des mobiliers offrant de vraies sensations physiques aussi inédites qu’excitantes. Si d’un côté je pouvais jouer à des jeux vidéo sur des « mobiliers standards » comme Pac Man ou le déjà très célèbre et très recherché « Ghost’n Goblins », une très importante société de jeux vidéo proposait des bornes bien plus avancées et donc plus immersives, pour des expériences paraissant bien plus réelles! Il ne me restait plus qu’à le vérifier par moi-même. SEGAAAA !!!
Sega m’apparaissait alors pour la première fois, avec ces grosses et magnifiques lettres azurées, et m’offrant immédiatement de très précieux avantages : à commencer par le sensationnel, l’unique, l’irrésistible, l’absolument phénoménal HANG ON, l’un des premiers jeux 16 bits d’arcade, technologie proposant alors une palette de 32 000 couleurs différentes !!! C’est aussi l’un des premiers jeux dits « Taikan » du constructeur Japonais, qui permettait donc ici de reproduire certaines sensations de la course d’une moto, en chevauchant directement une reproduction de moto GP 500 et pas n’importe laquelle, celle du Champion du monde de l’époque : Freddie Spencer, soit pour la course reine des compétitions moto. Une expérience de MALADE à cette époque, une dinguerie pour ados, si vous n’aviez pas encore eu la chance de pouvoir piloter un de ces bolides infernaux à deux roues !!!
Il y aurait un avant et un après Hang On pour tous ceux qui en seraient et ceux qui voudront en être !!! Hang One, le premier jeu ou vos pieds ne toucheraient plus terre !!! Au propre comme au figuré. Le premier jeu Whaoooooooouuuuuuoooouuuuoouuuuuuuuhhhh accompagné de cette humidité qui commence à recouvrir vos yeux avant qu’elle ne se transforme en cette petite larmichette d’émotion et de bonheur absolu. C’est trop bon, c’est trop fort, c’est trop de sensations, c’est comme la clé en or d’un premier fabuleux trésor. Le Bleu et l’immensité de l’Océan seraient également ceux de « Sega » ! « Sega Hang One » pour commencer et en accélérant comme jamais auparavant, comme personne d’autre ne le fera autrement avant très longtemps. Hang On était absolument fabuleux car disruptif mais aussi incroyable que cela puisse paraître, il n’était qu’un amuse bouche, l’Apéro d’un repas Gargantuesque qui durerait une bonne dizaine d’année en Arcade.
C’est le premier coup de « Maître » du concepteur et génial créateur « Yu Suzuki » dès 1985, et à cette époque, on est certainement plus près du tour de magie que du jeu vidéo ! « Suzuki » en Maître de la compétition Moto GP chez Sega !?! On pourrait dire que ça ne s’invente pas !?! Suzuki serait donc Bleu comme aucun autre : de celui du multiple champion du monde GP à celui de Sega, un grand passionné de motos et de compétitions de vitesse qui allait immédiatement marquer l’histoire du jeu vidéo avec cette première création sensationnelle. En 1987 il remettrait le couvert avec Super Hang On et son bouton turbo permettant de dépasser les 300kms/heure !
S’il n’avait pas inventé l’effet « Whaaoooouuuuuuuh », il allait le rallonger jusqu’à ce que vous en perdiez votre souffle, avec des frissons de la tête jusqu’aux pieds, et il cherchera des années à le renouveler encore et encore, emportant avec lui des milliers, des millions de passionnés et d’amateurs de sensations et de vitesse !!! Hang On sera donc la première incroyable borne d’arcade de la série « Taikan » cherchant à reproduire les sensations physiques et corporelles des machines de courses, de conduite et plus tard celles de combats mécaniques, aériens ou terrestres. Un premier séisme dans l’histoire du jeu vidéo et qui connaitrait de nombreuses répliques.
Dès 1986, je goutais donc, en salle d’arcade, et pour la première fois, à cette expérience abasourdissante de Hang On: chevauchant cette superbe représentation de moto des grands prix « GP ». Autant le dire simplement, je venais, une nouvelle fois, de passer dans une autre dimension : j’aimais déjà beaucoup le jeu vidéo en général, mais si celui-ci se transformait également en expérience « physique », avec des sensations de cette nature, nul doute qu’il s’agissait dès lors, d’atteindre des niveaux très relevés de plaisir, de compétitions, de frustrations et de satisfactions. L’impression de vitesse était réellement bluffante et le reste même près de quarante ans après, avec en bonus ces mouvements presque naturels pour la faire pencher à gauche ou à droite, et quand bien même nous restions encore assez loin de la réalité : on s’y croyait !!! J’étais déjà Arthur et Capcom et je le resterai, mais je devenais également Freddie Spencer, Suzuki et surtout « SEGA », et encore un peu plus à chaque partie, à chaque nouveau défi, chevalier et guerrier d’un côté et pilote de vitesse moto de l’autre.
Je ne bouderai pas mon plaisir sinon par le fait que ces parties coutaient relativement cher ! Ce qui participait également à l’excitation et à l’émotion de pouvoir y participer à chaque fois, une nouvelle fois, de manière sporadique certes, mais finalement nécessaire pour garder et entretenir une certaine frustration, nous maintenant dans un désir jamais complètement rassasié. Je retrouvais également mon très précieux « Ghost’n Goblins » en amateurs d’Heroic Fantasy inconditionnel et pour quelques parties toujours tout autant frustrantes que satisfaisantes !?!
Cette première vraie découverte salle d’arcade 1986, totalement époustouflante, couleurs Sega, couleurs Suzuki, couleurs Hang Hon, s’achevait, se refermait avec le départ de la fête foraine, pour une autre ville, mais elle laisserait derrière elle, une porte géante ouverte, sur une nouvelle dimension qui allait très vite s’étendre et s’épanouir comme une immense toile d’araignée tissée par les mains de Maîtres de l’arcade, par les Maîtres de l’illusion et également maintenant par les Maîtres « Taikan » c’est à dire les sensations physiques et corporelles. Il y avait bien eu Atari, Capcom, Namco ou Taito également mais il y aurait maintenant SEGA. Maintenant et pour toujours !?! Avec en particulier Suzuki et son fabuleux département AM2. Les nouveaux Dieux bodybuildés, surpuissants, incontestables de l’Arcade proposant d’incroyables et d’inégalables sensations et pour un bon moment.
Je devenais alors vraiment et irrésistiblement SEGA et même SUZUKI mais cette fois le constructeur ! Quelques mois ou plutôt quelques très petites années plus tard, ma première vraie moto sera une RG Gamma couleurs historiques course Moto GP et ces dégradés de bleu et sa toute puissance de feu ! A laquelle je rajouterai tout de même un nouveau pot de détente Polini histoire d’avoir aussi mon mode Turbo ! J’abandonnerai alors ma première moto Honda MTX toute Rouge ! Le rouge franchement ça ne va pas aussi vite que le Bleu !!! Pffff… Mais je garerai quand même, au lycée Fourrier, ma RG Gamma à côté de la NSR Honda, elles pourront toujours re raconter des histoires de courses. La chevauchant, je pourrai alors me rappeler de mes premières parties de Hang On lorsque j’enchainerai plusieurs vitesses et que le décor défilerait de plus en plus vite autour de moi. Mais en attendant, je retournais à mes études et attendrais sagement la nouvelle saison du jeu vidéo Arcade !!!
« Sur le parking des anges plus rien ne les dérange. Quand leurs corps se mélangent dans la lumière étrange… » Une année était passée et, de nouveau, la fête foraine allait débarquer sur le parking de La Noue, nous sommes donc en 1987 et mon attente sera richement récompensée. SEGA a cartonné partout dans le monde avec son Hang On. La demande est telle qu’ils ont du mal à produire toutes les unités demandées !!! L’explosion, le séisme Taikan ne fait que commencer ! Avant les années folles « Consoles de salon », Sega va connaitre des années extraordinaires en salle d’Arcade, de Hang On au R360 en passant par Space Harrier, Out Run et After Burner. Beaucoup « d’intervenants » du jeu vidéo ne saisiront jamais complètement ce qu’était réellement SEGA pour être passé totalement à côté ou au travers de ces années Arcade. « L’Arcade » n’étant alors pour eux, au mieux, qu’un adjectif comme un autre, ou une sorte d’épice qu’on saupoudrait de temps en temps sur les plat(e)s consoles pour en relever le goût , la saveur.
Sega va alors surenchérir très rapidement, et chaque année voire chaque semestre, en avançant de nouveaux pions, de nouvelles bornes : pour de nouvelles et toujours plus extraordinaires sensations. Ils sont partis pour conquérir le monde entier, et ils vont bien casser la baraque, tout faire exploser ! Les concurrents n’auront que les miettes de ce marché. Ce vent divin soufflera alors très fort sur la Master System en Europe, mais aussi et surtout sur la Megadrive dans tout l’Occident avec son génial processeur central « 68 000 » comme celui de Hang On en arcade !
Presque déjà culte et Bestseller dès sa sortie, on se l’arrache malgré son prix, ébouriffante, l’époustouflante « Out Run » la simulation de course ou plutôt de conduite comme le précisera lui-même Yu Suzuki. Vous prenez place dans une reproduction complète et fidèle de Ferrari Testa Rossa décapotable et, cerise sur le gâteau, vous pouvez choisir la musique qui vous accompagnera pendant cette expérience. Pas une salle d’arcade qui ne se respecte, ne manquera ce nouveau saut extrêmement qualitatif dans le Futur ! Et pour ne rien gâcher, Super Hang On et son mode turbo ainsi que Space Harrier, première borne avec siège et vérins hydrauliques complèteront ce merveilleux triplé « Taikan »: toujours plus fort, toujours plus vite, toujours plus sensationnel. Sega/Yu Suzuki mettent le feu dans les salles d’arcade avec ces machines qui écrasent ou flinguent complètement la concurrence ! Je suis, et surement comme de très nombreuses personnes, totalement ébahi, du haut de mes quatorze ans, par de telles productions ! J’aime les jeux vidéo sur consoles ou sur micro mais impossible de rivaliser avec de telles propositions qui explosent tous les compteurs, créent et repoussent immédiatement de nouvelles limites ! Jusqu’où Sega pourra t’il pousser le bouchon ? Quand d’autres moustachus en sont réduits à réparer ou à passer dans des canalisations ?
Ces nouveaux horizons plus lointains et vidéos ludiques, ne m’empêcheront pas de continuer à jouer sur des jeux plus standards en 2D, comme Rastan Saga et Black Tiger : deux autres productions « Heroic Fantasy » et en fan de Conan Le Barbare que je suis ! Ils sont nettement moins spectaculaires à première vue, définitivement moins sensationnels physiquement, mais une fois dedans, la magie opère merveilleusement et tout autant. Il n’empêche que si je peux enfin jouer à ces jeux d’arcade sans être accompagné par des adultes, au moins dans le cadre de la fête foraine, leur utilisation est encore sensiblement limitée par le cout d’utilisation. Et c’est peut être dans ces conditions limitées qu’un « Maître Sega » va naitre car « la fin justifie souvent les moyens » et j’allais le vérifier.
Excité comme jamais par cet incroyable Gameplay qui explose tout ce qu’on aurait pu imaginer simplement deux ans auparavant, mais plutôt réservé à ceux qui en ont les moyens si vous deveniez rapidement addict, et ce alors que j’étais fauché comme le blé et comme la plupart des ados de quatorze ans. Je devais trouver une solution ! Gagner de l’argent bien sûr !!! Mais à moins d’avoir un vrai job, je n’en aurai jamais assez !?! Et là, je dois bien le confesser, je suis surement devenu « Maître Sega » : dans le péché ! Le jeu vidéo allait me transmettre une maladie ou bien pire encore : le Démon du jeu. Tout deviendrait alors jeu et ne serait plus que défi ! Et si ça n’était que dans et à travers le jeu vidéo, ça ne serait pas trop grave.
Si vous êtes arrivés jusqu’ici, c’est que vous êtes de vrais fans de SEGA. Et le Schmurtz vous aime.

