« Sache, ô Gamer des Temps Modernes, qu’entre l’époque qui vit le Crack du Jeu Vidéo et celle qui fut témoin de l’avènement des premières grandes consoles, il y eut un Âge insoupçonné, au cours duquel des royaumes resplendissants s’étalaient à la surface des écrans. Le plus illustre des royaumes de ce monde était l’Atari, dont la suprématie était incontestée dans tout l’Occident rêveur ».*
C’est sur cette époque de légende que nous allons revenir, ô adorateur de Pixels colorés, et plus particulièrement sur le second contenu additionnel que propose ce musée virtuel concocté par Digital Eclipse, conservateur des mémoires d’antan. Une période pleine de noirceur et de mystère, que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître. Antérieure même – c’est à peine croyable – à internet et aux smartphones ! Une ère de ténèbres…
AUX ORIGINES DU MONDE
Au début de l’univers vidéoludique, il n’y avait rien. Puis apparurent soudainement sur l’écran deux barres blanches verticales et un carré virevoltant. On appelle cet événement le Big PONG.
En vérité, il y eut un avant Pong mais ce fut de fait le PREMIER jeu vidéo à avoir du succès auprès du grand public, en cet an de grâce 1972. C’est l’un des nombreux exemples d’information que l’on apprend quand on parcourt Atari50, ce formidable « Jeu Vidéo Documentaire » sorti en 2022. Un travail d’orfèvre de la part du studio qui nous offre dans cette compilation aussi bien des jeux que des documents d’époque et même des interviews récentes d’acteurs de l’industrie ayant connus ou analysé cette période.
Dans une frise chronologique interactive on retrace donc l’histoire d’Atari, et par là même la naissance du jeu Vidéo. Lorsque cette frise croise la sortie d’un jeu célèbre de l’époque, par une simple touche – Hop ! – on bascule sur le jeu en question. C’est propre et efficace. D’autant plus que le décorum (habillage visuel et sonore) est à l’avenant et nous replonge dans l’ambiance de l’époque avec délectation.
On trouve par exemple, en plus de l’inévitable Pong of course, le tout aussi inévitable Asteroids (toujours aussi addictif), Maze Invaders, Swordquest, des jeux de sport titré seulement du nom de leur discipline (pourquoi s’embêter ?), Save Mary, l’improbable Ninja Golf et bien d’autres !
Pas moins de cinq périodes sont évoquées, de l’origine de l’arcade dans les années 70 jusqu’à la sortie de la compilation en 2022. Chaque période offre une frise distincte largement documentée qui vous occupera des heures, et ce sans parler même de jouer aux titres présentés !
À ces chapitres de base se sont ajoutés deux supplémentaires sous forme de DLC. Le premier, sorti en septembre de cette année, revenait sur l’univers étendu d’Atari, l’influence et les références que la société eut sur la culture en général et sur l’industrie du jeu vidéo en particulier.
-
- Parfois on trouve de belles choses dans les livrets numérisés, comme ce comics présent dans Swordquest
Le second est lui paru le 8 novembre. On y narre ce qui fut une période troublée, dont seuls les vétérans se souviennent à demi-mot : la première « Guerre des Consoles ».
C’est sur ce chapitre en particulier que nous allons revenir aujourd’hui. Ouvrez vos cahiers, prenez vos stylos et nous voilà parti pour une belle leçon d’histoire !
LA GUERRE DU FEU
C’est en 1980 que Mattel sort l’Intellivision, pour concurrencer Atari qui avec sa 2600 commence à prendre trop de place dans le business du jouet. Malgré les capacités supérieures de la machine elle ne parvient pas à s’imposer et ne vendra « que » deux millions d’exemplaires, là où l’Atari 2600 en avait 10 millions dans les foyers.
En 1982 fut donc prise une grande décision : des jeux Intellivision sortiront chez Atari, sous le label M Network. Et c’est là qu’on entre au cœur du sujet. Détail amusant, à quelques rares exceptions, les jeux Intellivison et 2600 sortiront sous des noms différents, bien qu’il s’agisse des mêmes…
Des 17 titres sortis par Mattel sur la machine d’Atari, la compilation nous en offre neuf « officiels » – comprenez réellement sorti à l’époque – et quatre « rescapés » – des jeux dont le développement avait débuté en leur temps mais laissé en suspens quand la division Mattel Electronics a fermé lors du crash de l’industrie en 1983 et revenus à la vie par des fortunes diverses.
Directement depuis la Frise ou bien en passant par le menu de la bibliothèque des jeux (dont vous décidez du tri du listing) on lance une partie et nous voilà replongé quarante ans en arrière…
Et le constat est là : le jeu vidéo a bien évolué en quatre décennies. Lancer un Star Strike (ersatz de la scène du X-Wing dans la tranchée de l’Étoile Noire) ou un Armor Ambush (ancêtre de World of Tank) fait montre du chemin parcouru. À la fois en matière de maniabilité et de graphismes.
Toutefois on (re)découvre un certain plaisir de jeu simple et direct, allant droit au but. Sans fioritures aucune, on comprend les enjeux rapidement – qu’il s’agisse d’un score, d’une poursuite, d’un combat – même si la manière d’y arriver peut parfois rester complètement opaque (le jeu de Football US Super Challenge Football dont on arrive même pas à lancer un match…).
Le jeu de tank (Armor Ambush, on y revient) ou des grenouilles (Frogs and Flies) sont de très bons exemples de titres très vite rigolo et addictif à deux joueurs, procurant un plaisir immédiat après une ou deux petites minutes d’apprentissage des touches et de la maniabilité. Le jeu de foot tout en pixel (International Soccer) est quant à lui parfait pour se marrer en toute mauvaise foi avec un pote en début de soirée !
Les deux jeux spatiaux pour leur part (Astroblast – un sous Space Invaders – et Star Strike (« Étoile Noire ») ont certes un certain charme (surtout Star Strike) mais restent bien trop contraignants et punitifs pour qu’on puisse s’y pencher au-delà des deux minutes de nostalgie réglementaire.
Pour ce qui est de Dark Cavern (un jeu de tir) et Air Raiders (avion de combat) il y a sincèrement de quoi creuser car ils proposent un gameplay plutôt intéressant et un challenge qui reste du domaine du possible, tant qu’on reste attentif et vif comme l’éclair (on avoue que certaines subtilités de jouabilité nous manquent encore, comme comment échapper à un poursuivant dans Air Raiders…).
Du côté des «nouveautés », autrement dit les jeux auxquels pour la première fois ou presque a accès le grand public, on trouve un « vie ma vie de fourmilier » (Antbear), de la stratégie navale très opaque (Sea Battle), de l’affrontement de sabre laser (Swordfight) et une aventure très typée « Donjons & Dragons » – avec beaucoup d’imagination – (Tower of Mystery). Clairement ce ne sont pas des titres sur lesquels vous passerez vos soirées, même si le jeu d’escrime version Star Wars ou le parcours du combattant dans la Tour du Mystère mérite sans doute qu’on s’y attarde.
L’AN 0
Le passage du Joystick Atari aux manettes modernes a ses bons et mauvais côtés. La fameuse tige à « 8 directions » se retrouve tout naturellement portée sur le Joystick analogique gauche mais très rapidement c’est avec la croix directionnelle que vous dirigerez la grande majorité de vos jeux, car plus simple dans la plupart des cas et surtout plus approprié au gameplay de l’époque.
On peut sauvegarder/charger quand on le souhaite via le menu, sur lequel est également à disposition le manuel d’instruction (en anglais) et les commandes (parfois fort utile !). Des filtres et autres modes d’affichage sont également en option. Notez que la mode du « Rewind » n’a pas cours ici, et ce n’est pas forcément un mal…
Pour ce qui est du sonore « in-game », place aux vieux « bip bip » et autres « Kraboom » de l’époque, là encore sans fioritures. Pas de musique sauf parfois un thème lors de l’écran de présentation (rare). Autrement dit, c’est dans son jus d’origine.
Et pour en revenir au visuel, il faut bien savoir de quoi on parle – c’est-à-dire les tout débuts du médium – sur lesquels il convient d’être démagogue envers les jeunes pour leur faire montre d’où on vient. On tombe quand même parfois sur quelques véritables prouesses (Crystal Castles arcade) et même des jeux en véritable 3D (Club Drive, venu tout droit de la Jaguar).
On note tout de même une évolution certaine des graphismes entre les premiers titres parus entre les débuts et la fin des années 80. De simples fonds noirs font place à des fonds colorées, des notions d’espace en « trois dimensions » sont parfois présentes (le jeu d’avion notamment) et on relève même parfois quelques tentatives de mise en scène ou de réalisation (la nuit qui tombe dans Frogs and Flies).
Ce présent test est principalement centré sur le dernier DLC en date qui fait l’actualité mais nul doute que nous reviendrons à l’occasion sur des titres particuliers de cette fabuleuse compilation, qui compte tout de même un peu plus de 150 jeux ! Et il y a beaucoup à dire sur les premiers balbutiements du média devenu Roi du divertissement!
Mais ceci est une autre histoire…*
*D’après Robert E. Howard















