Beyond The Ice Palace 2 a été testé sur Switch à partir d’un code fourni par l’éditeur. Merci à lui ! Screenshots issus de cette même version.
Il existe des noms ayant cette capacité quasi mystique à nous faire voyager dans le temps. Beyond The Ice Palace est de cela. Prononcer ce titre m’a soudainement fait me retrouver presque 40 ans en arrière, devant mon Amstrad CPC 6128 (celui de mon grand frère pour être tout a fait exact).
Je me revois encore insérant la disquette 3 pouces de ma compilation « Arcade Hit IV » où je pouvais choisir entre jouer à l’adaptation des Cosmocats, au très plaisant Buggy Boy, ou un casse brique dont le succès m’était encore totalement inconnu : un certain Tetris ! Mais entre tous ces bangers en puissance, se tenait une intrigante jaquette où flottait une sorte de grosse abeille dans un décor tout de glace vêtu.
Mais je me souviens surtout qu’au-delà de ses atours graphiques flattant la rétine et de l’animation soignée du personnage principal et de sa chevelure jaune, le jeu d’Elite Systems me toisait par sa difficulté abyssale et injustement punitive.
Un challenge insurmontable pour le jeune joueur que j’étais, auquel s’ajoutait une maniabilité improbable forcément due à la précision douteuse de mon joystick Konix SpeedKing. Comme quoi « la faute à la manette », ça ne date pas d’hier !
Mais maintenant tout ceci appartient dorénavant au passé, cette suite inespérée quelques 37 ans plus tard, pourra t-elle enfin m’ouvrir les portes du palais de glace et même bien au-delà ?

Beyond The Ice Palace 2 reprend là où son ainé nous avait laissé. Après avoir vaincu la sorcière maléfique responsable des maux du royaume, notre champion sans nom désigné par les dieux devint ainsi le nouveau roi. Comme pour affirmer son statut, chaque année, une flèche sacrée vient le transpercer, prolongeant ses pouvoirs afin d’assurer protection et sérénité à son peuple.
Mais cette suprématie engendre la jalousie de quelques adorateurs des forces du Mal qui décide d’ensorceler le projectile divin, menant le souverain élu dans sa dernière demeure. Le champ ainsi libre, les Ténèbres envahissent à nouveau le monde, ne laissant derrière eux que mort et désolation. Grâce aux prières de quelques résistants, notre héros revient à la vie et part en quête de vengeance afin de rétablir une paix jusqu’ici perdue.
Difficile de reprendre le flambeau d’un titre techniquement assuré par un certes encore débutant mais déjà très prometteur David Perry. c’est en effet le futur papa de Earthworm Jim et de Cool Spot qui fut en charge de la conversion CPC sur laquelle votre humble serviteur s’est de nombreuses fois cassé les dents.
Mais force est de constater que les efforts conjoints des développeurs des studios PQube et Story Bird Studio leur ont permis de relever le défi avec brio.
Sans atteindre l’excellence graphique d’un Blasphemous, Beyond The Ice Palace 2 flatte la rétine. Les environnements que va traverser notre roi déchu sont variés et se parent d’une beauté lugubre du plus bel effet. Une excellence graphique qui s’applique également à l’ensemble des sprites qui animent ces mondes, offrant un bestiaire varié entre petites créatures perfides et boss colossaux et somptueusement détaillés.
L’originalité ne sera, par contre, pas de mise puisque l’inspiration de Castlevania et notamment des épisodes sur Pc Engine est flagrante. Mais qu’importe, les qualités esthétiques ce Beyond Ice Palace 2 sont indéniables et donnent ce sentiment que le jeu sort tout droit des machines qui ont succédées aux micros 8 bits de l’époque. Une astuce bienvenue et qui évite d’emblée la comparaison avec des cadors du Pixel Art aux moyens assurément plus importants. Une belle réussite.
On comprend dès lors que ce nouvel épisode se veut résolument « old school » et refuse de céder aux sirènes du néo rétro tel qu’on le connait actuellement. Car contrairement aux apparences, Beyond The Ice Palace 2 n’est pas un Metroidvania, et encore moins un de ces Rogue-Lite-Machin-Truc-Bidule-Procédural-Pouêt Pouêt qui inondent le marché.
Non ! La nouvelle proposition de l’éditeur PixelHeart est un plateformer/action linéaire qui assume fièrement la nature de son aïeul. Certains crieront au scandale. Les fans de la première heure tout comme ceux et celles qui cherchent de nouvelles expériences « à l’ancienne » (!) s’en réjouiront.
Et pour rester dans le chapitres des réjouissances, pour succéder à l’immense David Whittaker responsable du score du premier opus, Beyond The Ice Palace 2 s’est offert les services du non moins immense Allister Brimble. Un compositeur au CV long comme mes deux bras réunis et qui nous offre un panel de compositions atmosphériques sublimant à merveille le monde dans lequel notre protagoniste va devoir avancer.
Il se paiera même le luxe de nous offrir un réarrangement de la bande originale… originelle ^^ puisque mes petites recherches me laissent à penser que les deux musiciens se sont souvent croisés tout au long de leur carrière !
C’était mieux avant !! …enfin pas toujours quand même ^^
Cette volonté affichée de coller au maximum à l’expérience d’époque n’ a cependant pas empêché les développeurs de ponctuer cette suite de quelques touches modernes plus que pertinentes à notre époque.
Ainsi, pour palier au caractère Die And Retry trop radical du premier épisode, Beyond The Ice Palace 2 est doté de checkpoints réguliers, associés à la possibilité de se téléporter d’un lieu à l’autre de la carte. Cela évite des allers-retours rébarbatifs souvent signe de palliatif à une durée de vie trop courte et en plus, démontre que le level design a été murement réfléchi, au contraire des jeux micros d’époque pour qui ce terme n’existait même pas.
De plus, notre personnage verra sa panoplie de d’actions s’étoffer tout au long de l’aventure : s’accrocher avec ses chaines, unique arme à disposition, les faire tournoyer pour achever un combo, utiliser un dash multi directionnel pour ouvrir la garde des ennemis ou détruire quelque paroi cachant des trésors, ou encore double saut seront autant de possibilités qui vous aideront à affronter vos ennemis durant la dizaine d’heures nécessaires pour rétablir la paix dans le royaume.
Toujours au rang de la modernité, une jauge de rage fait son apparition. Se remplissant au fur et à mesure que vous terrasserez vos adversaires, celle-ci, une fois pleine, vous octroie vitesse et puissance accrue pendant un temps limité pour venir à bout des plus belliqueux d’entre eux.
Enfin un système d’amélioration de votre jauge de vie, de votre puissance ou de votre capacité à reprendre plus de santé avec les items de restauration vient compléter cette touche de modernité salvatrice pour un jeu aux origines plus que trentenaires.
Si près du but… Et cette fois, ce n’est pas la faute à la manette !
Tout dans ce Beyond The Ice Palace 2 semble donc être calibré pour offrir une expérience réussie. Et si on passera volontiers l’éponge sur quelques errements techniques très ponctuels aperçus dans cette version Switch comme un scrolling parfois souffreteux, il va être plus difficile de fermer les yeux sur ses lacunes et imprécisions en matière de gameplay.
Ainsi, le manque de synchronisation entre ce scrolling et l’animation de marche du héros donne cette impression bizarre de « moonwalk » en marche avant. notre personnage semble plus glisser sur le sol que vraiment arpenter les chemins.
De plus, les hitboxes des ennemis s’avèrent régulièrement grossières, comme par exemple avec l’ours putréfié lorsqu’il se dresse sur ces pattes arrières ainsi que la plupart des belligérants armés de grandes lames. Une impression qui se ressent plus fortement encore pendant les affrontements contre les boss, les rendant plus crispant que grisant.
Dans la même lignée, le système de contre offre une petite phase d’invincibilité permettant de passer dans le dos de votre adversaires pour lui asséner un coup plus puissant, moyennant le bon timing (évidemment !). Seulement votre ennemi à souvent tendance à se décaler légèrement en arrière au moment où vous redevenez vulnérable.
Conséquemment, c’est vous qui vous retrouvez en position de faiblesse, vous faisant non seulement perdre de la vie mais en plus vous retrouvant incapable de porter la moindre attaque. Un comble !
Mais le plus frustrant reste ce côté presque aléatoire lorsqu’on veut s’accrocher aux anneaux pour se balancer et franchir des obstacles insurmontables à l’aide d’un simple et même d’un double saut. Cela n’aurait pas été plus rageant que cela si ce n’est que ces passages sont nombreux et réclament un timing impeccable et rigoureux au fur et à mesure de votre progression.
Des qualités que ne peut pas offrir en l’état la prise en main actuelle de ce Beyond The Ice Palace 2. Je veux bien accuser des Joy-cons de la Switch qui n’ont jamais eu la prétention d’être des foudres de précision et de réactivité (encore heureux d’ailleurs) mais l’excuse est malheureusement insuffisante.








